Plus connu sur les réseaux sociaux (notamment Instagram) sous le pseudonyme de « La nuit sera mots », Martin Boujol publie un premier ouvrage, le Trésor des livres aux éditions Grasset, à la faveur de la lecture, entre récit de vie et considérations intellectuelles. Ni tout à fait journal, ni tout à fait essai, le texte invite à retrouver la simplicité dans l’acte de lire.

Repenser la lecture à l’époque des réseaux sociaux
L’ouvrage de Martin Boujol s’inscrit dans un contexte paradoxal. D’un côté, la diminution du temps de lecture. En France, le CNL note un recul significatif, puisque seuls 56 % des Français se disent lecteurs réguliers en 2025, soit 5 points de moins par rapport à 2023. De l’autre, la consommation de contenus sur les livres explose sur les réseaux sociaux. Et Martin Boujol, premier influenceur littéraire francophone en sait quelque chose : si l’on prête attention aux taux d’engagement des contenus relatifs au monde du livre, le mot-clef « bookstagram » surclasse de loin les contenus liés à la mode, au voyage, et même à la cuisine. Autrement dit, le désintérêt annoncé est loin d’être avéré.
La lecture et l’imaginaire
Alors comment donner ou redonner le goût de la lecture ? Dans son livre, Martin Boujol partage son expérience dans ce qui pourrait ressembler à un récit initiatique de lecteur. Dès l’introduction, il écrit :

« Quand j’étais enfant, mes parents me lisaient des histoires […] Ce rituel devait remonter à l’aube de l’humanité. »
En nous incluant dans son expérience personnelle, l’auteur insiste sur l’importance des premières lectures, celles qui forgent un imaginaire et élargissent notre représentation du monde :
« J’imagine que vous aussi, cher lecteur […] vous avez au fond de vous ces histoires et ces images […] qui vous rappellent la nuit, votre lit d’enfant, votre salle de classe ou les nuages qui prennent des formes dans le ciel. »
Derrière le sentiment nostalgique, c’est surtout à une expérience quasi universelle que Martin Boujol nous ramène, comme pour nous inviter à retourner au point de départ de nos lectures.
Pour une dimension réflexive de la lecture
Martin Boujol s’aventure également sur les terrains plus réflexifs de la littérature. Il réouvre ici de nombreux débats : littérature savante et littérature populaire, le caractère pédagogique de la lecture – par laquelle l’on acquiert de nouvelles connaissances – ou encore la capacité à établir des liens entre les livres, et donc, à construire une pensée. En effet :
« La lecture sans réflexion distrait et fait passer le temps. Mais on peut aller encore plus loin. Pour entamer un vrai dialogue avec un texte et son auteur, il est nécessaire de le questionner. »
Ici, c’est la posture du lecteur qui est discutée. Devenir lecteur actif, c’est prendre part à une démarche de pensée, cruciale tant pour l’individu que pour le collectif.
Désacraliser la lecture pour se remettre à lire
Mais alors, qu’est-ce qui nous empêche de lire ? Impossible pour répondre à cette question de ne pas mentionner le rôle de l’école, qui ouvre, émancipe, ou rebute des générations entières de jeunes lecteurs. Surtout, l’auteur s’attaque au sentiment de culpabilité, à cette « pression absurde, souvent auto-infligée : cette peur de ne pas finir son livre. » De même qu’aucune règle n’oblige à terminer un livre, aucune n’interdit non plus de lire plusieurs livres à la fois. Autrement dit, Martin Boujol propose ici de désacraliser le livre et la lecture, pour y retrouver du plaisir.
Le Trésor des livres parlera aux lecteurs, et sans doute plus encore, aux fâchés de la lecture. C’est un cri, non pas d’alarme, comme le sont les discours catastrophistes sur le sujet. Un cri pour retrouver la joie de lire.
Article rédigé par Rémi Letourneur
La photo de couverture est tirée du film Men, Women and Children de Jason Reitman (2014)