Julie Pacino. Si son nom vous semble familier, c’est normal, il s’agit de la fille d’Al Pacino, acteur de légende qu’on ne présente plus. Mais Julie Pacino est bien plus que cela. Elle est avant tout la talentueuse réalisatrice d’un premier film d’horreur à la distribution quasi-intégralement féminine, I Live Here Now, où l’on suit les pas de Rose (Lucy Fry, vue notamment dans la série Godfather of Harlem), une jeune actrice débutante sur les épaules de qui pèsent les pressions de Hollywood, à la recherche perpétuelle du corps parfaitement proportionné. C’est après avoir réussi un casting qu’elle découvre qu’elle est enceinte de son compagnon bellâtre et falot ; ses rêves de gloire pourraient bien lui échapper. Pour se retrouver et réfléchir à son avenir, elle se retire dans un hôtel étrange dont les occupants semblent cacher de lourds secrets. C’est alors que son traumatisme d’enfance profondément enfoui refait surface… Entre horreur, conte de fées et surréalisme, mi-cauchemar lynchien (la distribution comprend d’ailleurs Sheryl Lee, la fameuse Laura Palmer de Twin Peaks) et mi-expérience visuelle à la Argento, autant Alice au pays des merveilles que Magicien d’Oz, I Live Here Now réussit à toucher à de nombreux thèmes (la poursuite de la perfection à tout prix, le poids des traumatismes familiaux, la question de l’avortement et le tabou du pouvoir matriarcal) tout en installant définitivement dans le paysage du genre de l’horreur, univers jusqu’à présent majoritairement masculin, une nouvelle génération de femmes talentueuses. C’est dans le cadre de son passage à l’Étrange Festival, qui a lieu tous les ans en septembre au Forum des Images, pour l’avant-première de son film, que la revue À Rebours a pu échanger en exclusivité avec Julie Pacino.

À Rebours : C’est votre premier long métrage, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le cinéma ?
Julie Pacino : J’ai grandi, par la force des choses, dans le milieu du cinéma. L’un de mes tout premiers souvenirs d’enfance, c’est de me retrouver errant sur le plateau de tournage de mon père, totalement fascinée par ce monde alternatif. Je savais bien que ce monde-là n’était pas réel, mais il y avait quand même dans l’air un sentiment de mystère et de danger qui planait. Je me suis mise à réaliser des courts métrages à l’âge d’environ dix ans. Mon père m’avait acheté une petite caméra vidéo. J’ai rassemblé tous mes amis, et alors qu’ils voulaient aller jouer dehors, je leur ai dit : « Non, venez plutôt tourner un film avec moi. » Tout a donc commencé quand j’étais très jeune. Je suis vraiment chanceuse d’avoir su si tôt ce que je voulais faire et quelle voie je devais prendre. En cela, le cinéma et la photographie m’ont vraiment aidée à exprimer mes sentiments.
Ce projet est né il y a quatre ans, quelle en a été la genèse ? Il semble que vous ayez été inspirée, dans l’écriture du scénario, par la série de photographies du même nom que vous avez réalisée, puisque vous êtes vous-même photographe portraitiste, comme on peut le voir sur votre compte Instagram.

Oui car j’adore les gros plans. Ce projet a commencé en 2020, pendant la pandémie, sous forme d’un scénario de court métrage de dix pages que j’ai écrit et intitulé I Live Here Now. Il racontait l’histoire d’une fille coincée dans un Airbnb avec d’autres locataires très étranges. J’avais d’abord l’intention de le tourner avec mes amis. Puis, en réfléchissant aux idées qui me venaient petit à petit, j’ai réalisé que je souhaitais une histoire moins littérale et plus métaphorique, qui symboliserait cet enfermement que nous étions nombreux à endurer à ce moment-là. Cela s’est imposé tout naturellement, comme une évidence. Les idées ont continué à prendre de l’ampleur et ce qui était au départ un projet de dix pages est devenu un scénario beaucoup plus étoffé. J’ai également pris quelques photos que je trouvais inspirantes. À un moment donné, Lara [Clear, actrice du film] et moi avons fait une lecture à haute voix du scénario et je me suis rendu compte qu’il y avait là suffisamment de matière et d’idées pour en faire un long métrage. Il y a diverses raisons qui peuvent expliquer cette prise de décision, mais il faut dire que, bien que j’aie réalisé plusieurs courts métrages auparavant, je ne pensais pas être prête tout de suite à sauter le pas du long métrage. Après coup, j’ai appris qu’on n’est jamais tout à fait prêt. C’est quelque chose qui vous tombe dessus comme ça. Et cela a été le cas pour moi. Il m’a fallu cinq ans, presque jour pour jour, pour concrétiser ce film, depuis les premières lignes que j’ai écrites jusqu’à la présentation en salle.
Au vu de vos antécédents familiaux, faire vos preuves en tant que cinéaste débutante a-t-il représenté un défi plus complexe, plus difficile à relever ?
J’ai vraiment eu la chance d’avoir des parents qui soutiennent toute forme d’expression artistique et qui m’ont toujours encouragée à poursuivre mes rêves dans ce domaine. J’ai aussi pratiqué de nombreux sports et tout un tas activités qu’ils soutenaient également. Tous les deux m’ont poussée à persévérer dans ce qui semblait être ma voie naturelle. Ils ont rempli à merveille leurs devoirs de parents, et sans eux, je ne sais pas ce que j’aurais pu faire d’autre. Ma mère était coach d’acteur et mon père est toujours acteur. Ce que je préfère dans la réalisation, c’est travailler avec des comédiens et de parler ce langage particulier que j’ai appris avec mes parents, qui ont été pour moi deux sources d’inspiration idéales. J’en tire parti le plus possible.
Le film suscite des avis parfois assez tranchés ; appréhendiez-vous ce genre de réactions, surtout pour un premier film, ou au contraire cela vous motive-t-il à persévérer ?
Je suis heureuse, quelle que soit la réaction que mon film suscite. Je considère que l’art a pour objectif de provoquer une réponse émotionnelle ; qu’elle soit fortement positive ou non, cela m’importe peu, tant que mon travail est reconnu efficace. En toute franchise, je suis simplement reconnaissante envers quiconque se rend dans une salle de cinema pour consacrer 87 minutes de son temps à mon film. Ensuite, chacun est libre de réagir comme il le souhaite. Tout me convient.
Vous avez fait le choix du 35 mm, au détriment du numérique. Était-ce parce que vous souhaitiez un rendu des couleurs particulier et aboutir à cet aspect désaturé ? Ou pour une autre raison ?

Il y a plusieurs raisons, le rendu des couleurs étant la principale. Je fais aussi de la photographie argentique, donc je suis à l’aise avec ce support. Le piège avec le numérique, c’est que lorsque je filme, j’ai l’impression que j’ai besoin de multiplier les angles de prise de vue pour me rassurer, ce que je peux me permettre de faire car, avec cette technique du numérique, il est possible de tourner indéfiniment. Cela me pousse alors à mettre ma vision artistique de côté, à abandonner ce que j’avais l’intention de faire au préalable, ce qui peut créer une certaine confusion sur le plateau mais aussi provoquer un bordel complet au montage parce que vous avez trop d’images à disposition. L’avantage de la pellicule, c’est qu’elle requiert davantage de préparation. Au moment de filmer, je fais confiance à mon instinct pour évaluer ce dont j’ai besoin et ensuite passer à autre chose, au lieu de remettre perpétuellement en question mes choix.
On peut y voir une référence à Dario Argento dans le traitement des couleurs, Suspiria était-il un film que vous aviez à l’esprit lors de la réalisation du film ?
Oui, Aaron, mon directeur de la photographie, et moi considérons Suspiria comme une référence absolue. Et nous avons pensé à un tas d’autres films également, dont Persona bien sûr, qui a été une source d’inspiration importante. Mais les couleurs de Suspiria étaient sans aucun doute possible magnifiques. Nous nous sommes donc dit : « Essayons de faire pareil ! »
On ne peut nier qu’il y ait une influence et une atmosphère lynchiennes assez importantes, tant au niveau de la structure narrative que du style visuel. Par exemple, lorsque Rose s’installe dans sa chambre d’hôtel, elle se rend rapidement compte que tout n’est pas ce qu’il semble être, ce qui nous rappelle cette célèbre citation de Twin Peaks (« Les chouettes ne sont pas ce qu’elles semblent être ») ; l’hôtel représente la psyché de Rose, son esprit désordonné, son moi intérieur, où passé et présent, cauchemar et réalité se confondent, comme dans Mullholland Drive. En quoi David Lynch a-t-il été un modèle pour vous et qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans son cinéma ?

Ce que j’ai toujours trouvé réconfortant chez David, c’est la façon qu’il avait d’aborder son processus créatif. Je pratique moi-même, tout comme lui, la méditation transcendantale. Et le fait qu’il parle si ouvertement de son inspiration et de la manière dont il matérialise cela en une forme d’art m’a encouragée à faire de même et à explorer mes sentiments et mes idées, tout comme lui. Évidemment, il a été une source d’inspiration pour de nombreux autres artistes ; Jane Schoenbrun, à qui l’on doit I Saw the TV Glow and We’re All Going to the World’s Fair, en est un parfait exemple. Je sais également que Zach Cregger, qui vient de tourner Évanouis et Barbare, a aussi été influencé par Lynch. Je ne suis certes pas la première personne à avoir suivi ses pas. Cependant, je suis vraiment reconnaissante envers David d’avoir pavé la voie au surréalisme. Pour répondre à votre question, par cette sorte de rite méditatif, et grâce à l’engagement qu’il avait de se vouer avec succès à un art résolument fidèle à sa personnalité (plutôt que de sacrifier à une linéarité absolue), j’ai pu acquérir la confiance dont j’avais besoin pour suivre mes instincts d’artiste. Il est l’un des metteurs en scène les plus importants de tous les temps pour cette raison-là.
L’une de vos actrices est justement Sheryl Lee, une icône lynchienne, qui est le personnage central de Twin Peaks. Comment ce choix s’est-il opéré et de quelle manière avez-vous travaillé avec elle ? Ne craigniez-vous pas que cette ombre lynchienne risque, peut-être, d’étouffer votre film ?
Choisir Sheryl Lee n’était pas mon idée au départ. C’est mon producteur, Bob MacCready, qui l’avait recommandée. À l’époque, je ne savais pas à quoi m’en tenir, car je ne l’avais vue dans aucun film et je ne savais pas à quel point elle était sélective. Partant de là, j’ai pensé que c’était une excellente idée, car Sheryl est une actrice tellement talentueuse et capable d’incarner toute une palette de rôles différents. Comme vous pouvez le remarquer, son personnage n’a rien à voir avec ceux qu’elle joue dans Twin Peaks ou Sailor et Lula, c’est même tout le contraire. J’ai simplement suivi mon instinct en acceptant de la rencontrer pour la première fois, et nous nous sommes tout de suite très bien entendues. Elle a compris le scénario à la perfection et en a adoré les idées. Elle y a ajouté les siennes, et à partir de là, j’ai su que notre collaboration allait être vraiment spéciale. Dans tous les cas, quand je me livre au processus créatif, je ne me soucie pas vraiment du résultat qui en sortira ni de la perception qu’on en aura. Je fonctionne tout simplement par intuition. C’est globalement ainsi que les choses se sont déroulées.
Le film est divisé en chapitres. Pour quelle raison ? Est-ce parce que vous vouliez en faire un conte de fées ?
Exactement. L’élément le plus représentatif du conte de fées est cette sorte de bible rose, ce livre qui accompagne Rose et qui l’aide à se prémunir de la sombre vérité qui est en elle. Au fur et à mesure qu’elle en dévoile les couches successives et que le film avance, elle s’enfonce de plus en plus profondément dans les méandres de ce conte. Et à la fin, [alerte divulgâchis], le livre disparaît, il brûle. Elle n’en a plus besoin. Tout vient désormais de son moi intérieur.
Le personnage de Rose vit cette expérience comme si elle devait en quelque sorte apprendre à faire encore et encore le même cauchemar, alors que son monde imaginaire est en train de s’écrouler. On peut dire qu’il s’agit d’un récit d’apprentissage, comme Alice au pays des merveilles ?
Tout à fait. C’était une référence majeure. Cette jeune fille, Alice, qui ne s’intègre pas vraiment dans le monde extérieur, qui lui semble étrange et froid, finit par tomber dans un terrier de lapin ; tout lui semble d’abord bizarre mais étrangement assez familier, et à la fin, elle devient la reine du pays des merveilles… C’est exactement comme ça que je vois mon film. C’était tout à fait délibéré.
Le film développe une réflexion sur les contraintes qui sont imposées dans nos sociétés aux femmes, au travers de leurs corps notamment, et qui sont conditionnées au détriment de leur propre bien-être psychologique et physique. A l’heure post MeToo, pensez-vous que les choses ont évolué dans le bon sens de ce point de vue-là ? Ou y a-t-il encore des efforts à faire ?
Il y a toujours plus d’efforts à faire…
I Live Here Now est, comme le titre l’indique, une affirmation de la subjectivité, et plus précisément de la place de la femme, comme si elle prenait le pouvoir. Il est vrai que la lutte pour le pouvoir est, et c’est peut-être un cliché, essentiellement vu sous le prisme masculin. Mais cette lutte peut également être féminine et c’est ce que vous montrez ici. En effet, c’est en apparence un film contre la domination du patriarcat, mais finalement, c’est plutôt une figure féminine, celle de la belle-mère, qui est la principale antagoniste. Les attentes sont renversées. Cette réflexion sur la recherche du pouvoir et la misogynie chez la femme est un sujet peu exploité dans le cinéma, pour quelle raison à votre avis ?

C’est une excellente question. Je ne saurais pas dire pourquoi, je sais seulement que je suis d’accord avec vous. Je trouve intéressant ce concept de misogynie intériorisée et de patriarcat en tant que structure de pouvoir, qui n’est pas nécessairement spécifique à un genre. J’essaie en quelque sorte de comprendre d’où cela part dans la chaîne rationnelle. Je trouve cela vraiment passionnant et c’est un sujet que j’explore un peu dans le film. Vous avez raison, c’est la belle-mère, l’antagoniste, du moins dans la première partie du récit ; ensuite, c’est le combat de Rose contre elle-même qui est montré. J’aimerais beaucoup approfondir et explorer davantage ce thème. C’est ce que je m’emploie à faire dans le projet que je suis en train d’écrire.
La représentation de la maternité dans votre film est assez dure : la mère de Rose est absente, la belle-mère est un personage cruel. Pourquoi cette interprétation ?
Il est très amusant que cette question n’ait pas été relevée plus souvent car j’ai en réalité une excellente relation avec ma mère. C’est une femme extraordinaire. Et même après que je lui ai montré une prise, elle était genre « C’est quoi ce bordel ? », et moi je répondais, penaude « Hmm je ne suis pas sûre, M’man… ». Je ne sais pas si c’est une représentation littérale de la mère ; du moins, mon intention et mon interprétation consistaient à explorer la figure intérieure de la mère et le point de jonction entre matriarcat et patriarcat. Étant artiste et réalisatrice, je pense que le processus créatif est similaire à la maternité dans le sens où vous concevez et donnez naissance à cette entité, qui vit ensuite sa vie par le monde duquel vous tentez de la protéger sans y parvenir tout à fait, même si vous essayez de la contrôler autant que possible. Donc je mets mon expérience à profit dans ce domaine. La géniale Lucy Fry et toutes les femmes qui ont travaillé sur ce projet ont été très coopératives quand il s’est agi de traiter de ce sujet. Je pense que leur propre conception de ce qu’est la maternité a dû irriguer l’ADN du film. Il n’y a pas que moi dans cet objet fini, c’est une sorte de composé de toutes les femmes qui ont collaboré à ce projet.
Vos actrices livrent une performance très physique. Leur avez-vous demandé d’aller au-delà de leurs limites et des attentes pour exprimer cette force dans leur jeu ?

Oui, en effet. J’ai été claire à ce sujet dès le départ, en leur disant que cette expérience allait être très intense. Ce ne serait pas du style : « Vous vous pointez quatre jours avant le tournage, vous vous mettez au diapason et vous faites votre numéro. » Nous nous sommes toutes réunies et avons commencé à travailler bien des mois avant le tournage pour établir un cercle de confiance dans lequel nous pourrions à loisir, si le besoin s’en faisait sentir, nous encourager les unes les autres à aller au-delà de nos limites respectives. Je suis très reconnaissante envers elles d’avoir répondu présentes et accompli ce travail avec moi, et également de m’avoir fait confiance dans la matérialisation de cette idée. Elles ont été formidables et je continuerai à travailler avec elles encore longtemps.
« Pourquoi est-ce que tu rends tout aussi bizarre ? » est une des répliques du film. On pourrait vous poser la même question.
J’adore cette question, cette réplique était tellement intentionnelle ! Je me posais déjà la question au moment de l’écriture du scénario, je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs… Je suppose que c’est parce que je suis tout simplement bizarre moi-même. Ça me rassure de le penser. Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est que je suis maintenant connectée à d’autres gens bizarres qui me comprennent. C’est très amusant de trouver d’autres gens aussi dingos que soi. Je trouve aussi ce festival [l’Étrange Festival] très cool, il est tout à fait approprié à mon film et vice versa. Nous avons fait notre première au Festival FanTasia [à Montréal en juillet], c’est super de voir ces endroits s’ouvrir à de nouvelles expérimentations. Je crois que le monde a besoin de plus d’étrange !
Il y a quelques éléments propres au pur film d’horreur, comme le “body horror” et deux-trois “jump scares”, mais le film est davantage axé sur la psychologie. Est-ce que l’aspect “gore” était un piège à éviter ?
Vous prévoyez un ou deux « jump scares » au début du film pour vous en débarrasser et montrer au public que oui, vous aussi savez les faire. Ça vous aide à faire monter la tension. Je n’en suis pas vraiment fan mais je sais qu’il est nécessaire d’en faire un ou deux simplement pour être honnête avec le public et fidèle au genre. Je n’aime pas trop le gore non plus, il y a des réalisateurs qui sont bien meilleurs pour ça. Je n’ai jamais eu l’intention de faire de I Live Here Now un film qui rend mal à l’aise, comme Coraline. Vous avez raison quand vous dites que c’est davantage un film psychologique, comme une sorte de psychodrame. Mais les quelques moments sanglants et dérangeants sont tout à fait intentionnels, car les scènes dans lesquelles ils surviennent exigeaient une cruauté brutale et dérangeante.
Le film d’horreur en tant que genre a longtemps été très codifié et relevait, il faut le dire, d’un monde masculin (qu’il s’agisse des metteurs en scène, des acteurs…). Les femmes ont souvent été représentées comme des personnes en détresse qu’il faut sauver (King Kong) ou qui se font poursuivre par des monstres (Halloween, Massacre à la tronçonneuse, Shining…). Elles extériorisent également beaucoup leurs sentiments, par des pleurs ou des cris (Shining toujours ou Possession de Zulawski). Il y a malgré tout eu des exceptions, avec Rosemary’s Baby par exemple. On a assisté récemment à une évolution des mentalités dans cette représentation de la femme dans le genre (Midsommar, A Quiet Place, Grave de Julia Ducournau et surtout The Substance). Investir l’horreur quand on est une femme représente-t-il encore un défi ? Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

L’horreur me semble être un genre maintenant très ouvert. En plus des femmes que vous avez mentionnées, j’ajouterais également Nia DaCosta, qui a réalisé Candyman. Son 28 Ans plus tard : le Temple des morts va bientôt sortir et elle a atteint désormais un niveau très élevé. Il y a beaucoup de femmes qui cartonnent en ce moment et qui ouvrent la voie. Je suis très optimiste sur l’évolution du film d’horreur au féminin. Pour moi, c’est passé comme une lettre à la poste car les gens sont toujours très enthousiastes à l’idée de voir un film d’horreur. Et nous sommes chanceux d’avoir à disposition des femmes influentes qui sont capables de réaliser des films audacieux et dérangeants et qui repoussent sans cesse les limites de ce que signifie un film d’horreur. Le genre semble toujours s’étendre et se développer, parfois se contacter, mais finalement il s’élargit encore davantage chaque fois. Je pense que c’est le moment idéal pour être une femme dans le monde de l’horreur. Je suis très chanceuse.
Dans presque chaque plan du film se trouve un symbole ou une métaphore. Est-ce pour laisser le champ libre à l’interprétation du spectateur ?
Oui, puisque c’est de l’art, par définition ouvert aux interprétations, je suis d’ailleurs très impatiente de voir les gens tirer leurs propres conclusions. Cela dit, comme vous l’avez précisé, chaque image du film renferme une intention symbolique de ma part, de la part des acteurs, de la production, du directeur artistique, du directeur de la photographie… C’était, là encore, délibéré. Sur le plateau de tournage, je partageais toujours avec l’équipe ma propre interprétation. Quand il s’agit de cela, je suis un livre ouvert. Je suis heureuse de répondre aux questions qui portent sur ce que je pense de tel ou tel élément du film, de partager mon point de vue et de lancer des conversations à ce sujet. Mais j’adore également écouter ce que les autres ont à en dire, cela m’ouvre l’esprit à des choses auxquelles je n’aurais pas pensé, qui pourraient être là sans que j’en aie jamais eu conscience. Même si je détiens toutes les réponses, je considère qu’il existe plus d’une interprétation, là se trouve la vérité.
Même si nous n’allons pas révéler la fin, nous pouvons quand même dire qu’elle est plutôt optimiste puisque Rose reprend le contrôle de son corps. Était-ce important pour vous de terminer sur cette note d’espoir ?
Tout à fait. Depuis le tout début, quand je présentais ce projet, et en raison de son intensité, je martelais le message et le mantra selon lesquels la fin du film est triomphale. Je pense au symbole de la couronne que Rose porte, au fait qu’elle accouche et donne naissance, toutes ces épreuves qu’elle a traversées… Elle en porte le poids avec fierté. Le titre même, I Live Here Now, est une proclamation de triomphe. C’étaient les premiers éléments que je donnais à tous les interlocuteurs que je rencontrais en amont du tournage pour bien mettre en évidence que l’histoire ne portait pas sur Rose qui perdait les pédales et devenait cinglée. Même si cela aurait été cool aussi, à l’image de la fin de Midsommar ; à mes yeux, la héroïne de ce film connaît la rédemption, mais elle reste malgré tout toujours en danger, ce n’est pas une fin heureuse. En revanche, je vois celle de I Live Here Now comme très heureuse. Et pourtant, il y a de nombreuses raisons d’être pessimiste, car l’avortement pose un gros problème actuellement aux États-Unis. Dans le film, c’est un catalyseur pour Rose qui lui permet de plonger au plus profond d’elle-même et de se reconnecter avec elle. Je pense souvent qu’il est facile d’oublier que le choix que nous avons d’avorter est un crève-coeur pour de nombreuses femmes. C’est en effet très effrayant de laisser son corps se faire transpercer ainsi. C’est exactement ce que j’explore dans le film par le zoom que je fais sur ce sentiment de devoir passer par une experience violente et d’examiner en quoi ça consiste, ce que ce choix représente réellement. C’est dur, effrayant et très complexe.
Le film a été financé en partie par une plateforme de cryptomonnaie, Moonpay. Pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste et pensez-vous que ce modèle s’appliquera de plus en plus dans un futur proche en ce qui concerne le financement des films ?

Nous avons pu compter dès le départ sur la participation de partenaires formidables. Je pense que lorsqu’on réalise un film indépendant, il faut toujours faire preuve de créativité. De nombreux grands cinéastes ont recours aussi au financement participatif. La collecte de fonds pour un film est toujours difficile et cela a été très formateur. Je trouve ça cool de pouvoir ouvrir toutes sortes de voies afin d’impliquer les gens le plus possible et de rencontrer son public de différentes manières.
Pouvez-vous en dire plus sur votre prochain film ?
I Live Here Now est un film très introspectif qui traite de l’expérience féminine vue de l’intérieur. Il est donc assez confiné. Le prochain film sur lequel je travaille est également un film d’horreur. Il met lui aussi en scène un casting majoritairement féminin et traite davantage de l’expérience extérieure de la lutte contre le patriarcat. Le sujet est assez vaste et sombre, mais le film est également très drôle et divertissant. Je suis actuellement en pleine phase d’écriture donc je cherche encore par quel bout je vais le prendre et vers quoi il va se diriger, j’espère en tout cas qu’il sera bientôt prêt.
Tous nos remerciements à l’Étrange Festival.
Propos recueillis et traduits par Guillaume Narguet
Original version
Julie Pacino : “I’m very optimistic about the evolution of female-driven horror films”
Julie Pacino. If her name sounds familiar, that’s normal—she’s the daughter of Al Pacino, the legendary actor who needs no introduction. But Julie Pacino is much more than that. She is first and foremost the talented director of a debut horror film with an almost entirely female cast, I Live Here Now, which follows Rose (Lucy Fry, seen notably in the series Godfather of Harlem), a young actress starting out in the business, weighed down by the pressures of Hollywood and the constant search for the perfect body. After landing a casting, she discovers she is pregnant by her handsome but dull boyfriend; her dreams of fame may well slip away. To find herself and reflect on her future, she retreats to a strange hotel whose occupants seem to be hiding dark secrets. It is then that her deeply buried childhood trauma resurfaces… Part horror, part fairy tale, part surrealism, part Lynchian nightmare (the cast includes Sheryl Lee, the famous Laura Palmer from Twin Peaks) and part Argento-esque visual experience, part Alice in Wonderland and part Wizard of Oz, I Live Here Now manages to touch on many themes (the pursuit of perfection at all costs, the weight of family trauma, the issue of abortion, and the taboo of matriarchal power) while definitively establishing a new generation of talented women in the horror genre, a universe that until now has been predominantly male-dominated. It was during her visit to the Étrange Festival, which takes place every September at the Forum des Images, for the premiere of her film that À Rebours magazine was able to speak exclusively with Julie Pacino.
À Rebours: This is your first feature film. What made you want to get into filmmaking?
Julie Pacino: I grew up around filmmaking. One of my earliest childhood memories is being on my dad’s set, wandering around and being completely enamored by this sort of alternate world. I knew that this world wasn’t real, but still there was this sense of mystery and danger in the air. I started making short films when I was about ten. My dad bought me a little video camera. I would get my friends together, and whereas they would want to be outside playing, I was like: “No, we need to shoot a movie.” So it started at quite a young age. I feel really fortunate to have known so young what I wanted to do and which path to take. In that sense, film and photography really helped me express my feelings.
This project began four years ago. How did it come about? It seems that you were inspired to write the screenplay by the series of photographs of the same name that you took, since you are a portrait photographer yourself, as we can see on your Instagram account.
Yes, because I love close-ups. This project began in 2020, during the pandemic, as a ten-page short film script I wrote called I Live Here Now. It told the story of a girl stuck in an Airbnb with some very strange fellow guests. My initial intention was to shoot it with my friends. But as I thought about the ideas that were gradually coming to me, I realized that that I wanted it to be less literal and more of a metaphor for being stuck, as a lot of us were experiencing at that time. It came naturally, as if it were obvious. Then, the ideas continued to blossom, and what started out as a ten-page project became a much more substantial screenplay. I also took some photographs that I found inspiring. At one point, Lara [Clear, the film’s actress] and I read the script aloud, and I realized that there was enough material and ideas there to make a feature film. There are various reasons that may explain this decision, but it must be said that, although I had made a bunch of shorts before, I didn’t think I was ready to make a feature. In hindsight, I learned that you’re never really ready. It’s just something that sort of naturally happens. It took me five years, almost to the day, to bring this film to fruition, from the first lines I wrote to the theatrical release.
Given your family background, is proving yourself as a novice filmmaker a more complex and difficult challenge?
I have been really blessed to have parents who support all forms of artistic expression and who always encouraged me to fulfill my dreams in this field. I also have played a lot of sports and done other things that they were supportive of. Both of them really encouraged me to do what felt right for me. That’s good parenting, I guess, because I never felt like there was any other thing for me to be doing. My mom was an acting coach and my dad is still an actor. What I like most about directing is working with actors and speaking this particular language that I learned from my parents, who were two great resource. I’m lucky to have that access at my fingertips, and I definitely make good use of it.
The film has provoked some quite strong opinions. Were you apprehensive about this kind of reaction, especially for a first film, or does it motivate you to go on and persevere?
I’m happy at any reaction to my film. I think the purpose of art is to elicit an emotional response; whether that’s strongly positive or not, to me, it doesn’t matter as long as my work is effective. Frankly, I’m just grateful to anyone who wants to show up and spend 87 minutes with my movie, they’re free to react to it however they want. It’s all good for me.
You chose 35 mm over digital camera. Was it because you wanted a particular color rendering, that desaturated look? Or was there another reason?
There were many reasons. Color rendering was a big one. I’m a film photographer as well, so I’m comfortable with the medium. The tricky thing with digital, for me, is that when I’m shooting a scene, I feel like I need to multiply the shooting angles to reassure myself, which I can afford to do because, with digital technology, it’s possible to shoot indefinitely. This pushes me to put my artistic vision aside, to abandon what I had intended to do beforehand, which can create a bit of confusion on set, but also cause a complete clusterfuck during editing because you have way too much footage. The great thing about film is that it requires a lot more preparation. When filming, I trust my instincts to assess what I need and then move on, instead of constantly questioning my choices.
There seems to be a reference to Argento in the color treatment. Was Suspiria a film you had in mind when making your film?
Yes, Aaron, my director of photography, and I definitely watched Suspiria as a reference. And lots of other films as well. Of course, Persona was also a big reference. But definitely the colors of Suspiria looked beautiful when Dario did it. So we figured: “Hey, let’s try to do the same.”
We can’t deny there is a rather important Lynchian influence and atmosphere, both in terms of narrative structure and visual style. For instance, as Rose settles into her hotel room, she quickly realizes that everything is not what it seems, and it reminds us of this famous quote from Twin Peaks (“the owls are not what they seem”); the hotel represents Rose’s psyche, her disordered mind, her inner self, where past and present, nightmare and reality merge, as in Mullholland Drive. How has Lynch been a model for you and what particularly attracts you to his cinema?
The thing that has always been comforting about David Lynch is the way that he approaches his creative process. I practice transcendental meditation too. And the way that he is so open in talking about his creative process really gave me permission to explore my feelings and ideas in a similar way. Obviously, he’s done that for many artists. Jane Schoenbrun, who did I Saw the TV Glow and We’re All Going to the World’s Fair, is a great example. I also know that Zach Cregger, who just did Weapons and Barbarian, is quite influenced by Lynch. So I’m not the first person to be influenced in this way. However, I’m really grateful to David for paving the path for surrealism. To answer your question, through this sort of ritualistic, meditative process, and thanks to his commitment to successfully devote himself to an art form that was resolutely faithful to his personality (rather tahn sacrificing himself to absolute linearity), I was able to gain the confidence I needed to trust my instincts as an artist. He’s one of the most important filmmakers of all time for that reason.
One of your actresses is Sheryl Lee, a Lynchian icon, who is the central character in Twin Peaks. How did you make this choice and how did you work with her? Weren’t you afraid that this Lynchian influence might overshadow your film?
Casting Sheryl Lee was not my idea. My producer, Bob MacCready, recommended her. I didn’t know at that time what she was doing because I hadn’t seen her in anything and I didn’t know how selective she was. Based on that, I thought it was a great idea, because Sheryl is such a talented actor with tremendous range. As you can notice, her character is nothing like the ones she plays in Twin Peaks or Wild at Heart, in fact, she’s the complete opposite. I just was following my gut to take that first meeting with her and then her and I just really hit it off. She understood my script perfectly and loved the ideas in it. She added theirs to it, and from that moment on, I knew it was going to be really special to collaborate with her. When I’m creating, I’m not really worried about the outcome or how i twill be perceived. I simply follow my intuition. That’s basically how that unfolded.
The film is divided into chapters. Why is that? Because you wanted to make this as a fairy tale?
Exactly. The most representative element of the fairy tale is this kind of pink Bible, this book that accompanies Rose and helps her protect herself from the dark truth within her. As she peels the layers back and the film unfolds, she gets deeper and deeper into that fairy tale. And by the end, [spoiler alert] that book kind of just goes away. It’s burned. It’s not what she needs anymore. Everything’s coming from within her.
The character of Rose goes through this experience; she has to keep learning to have the same nightmare over and over again, while her imaginary world is falling apart. Could we say that this is a coming-of-age story, like Alice in Wonderland?
Totally. Alice in Wonderland was a huge reference. This girl who’s not really fitting in a strange, cold external world falling down a rabbit hole that at first is strange but familiar, and then by the end of it, she’s the queen of Wonderland…. I see it absolutely that way. And that’s by design.
The film reflects on the constraints imposed on women in our societies, particularly through their bodies. They are conditioned to the detriment of their own psychological and physical well-being. In the post-MeToo era, do you think things have changed for the better in this regard? Or are there more efforts to make?
Always more efforts…
As the title suggests, this film is an affirmation of subjectivity, and more specifically of the place of women, as if they were taking power. It is true that the struggle for power is, and this may be a cliché, essentially seen through a male lens. But this struggle can also be female, and that is what you show here. Indeed, on the surface, it is a film against patriarchal domination, but ultimately, it is a female figure, the mother-in-law, who is the main antagonist. Expectations are reversed. This reflection on the quest for power and misogyny in women is a subject that is rarely explored in cinema. Why do you think that is?
That’s such a good question. I don’t know why it is. I just know that I agree with you. I find this concept of internalized misogyny and patriarchy as a power structure, which is not necessarily specific to one gender, really interesting. I’m kind of trying to figure out where it starts in the rational chain. It’s really fascinating to me and it is a thing that I explore in a small way in the film. You’re right, the stepmother is the antagonist, at least in the first part of the story; then it’s Rose’s battle with herself that is shown. I would love to dig into that and explore it a little bit more in depth. And I’m starting to do that with the next thing that I’m writing.
The depiction of motherhood in your film is quite tough because there is one mother who is absent, Rose’s mother, the other one, the mother in law, is very cruel. Why did you have this interpretation?
It’s so funny that question hasn’t come up more because I actually have a great relationship with my mother. She’s an amazing woman. And even when I showed her a cut, she was like “What the fuck?” And I was like “I don’t know, Ma.” I don’t know if it’s a literal represnetation of motherhood; at least in my intention and interpretation, I was exploring the inner mother and the junction between matriarchy and patriarchy. As an artist and filmmaker, I think the creative process is similar to motherhood in the sense that you’re sort of conceiving and then giving birth to this entity, which then lives its life out in the world from which you try to protect it,without quite succeeding, even though you try to control it as much as possible. So I channel my experience into that. The great Lucy Fry and all of the women who worked on this project were really collaborative when it came to this subject. I think their own conception of motherhood have bled into the DNA of this movie. It’s not just me in this finished product, it’s a kind of composite of all the women who worked together on this.
Your actresses deliver a very physical performance. Did you ask them to go beyond their limits and expectations to express this kind of strength in their acting?
Yes, I did. I was clear about that from the beginning, telling them this experience was going to be very intense. It wasn’t going to be like “You show up four days before shooting, get in tune and do your thing.” We all met and worked for many months before we shot to build that circle of trust n which we could, if necessary, encourage each other to goo beyour respective limits. I am very grateful to them for stepping up and doing this work with me, and also for trusting me to bring this idea to life. They were wonderful, and I’ll continue to work with them for a long time.
‘Why do you make everything so weird?’ is one of the quotes from this film. We could ask you the same question.
I love that question so much because that line was so intentional. I was already wondering about that when I was writing the script, I’m not really sure why…. I guess it’s because I’m just weird myself. It feels comfortable for me. What I’ve learned is that I’m now connecting with other weird people who understand me. It’s fun to find other people who are as crazy as you are. I also think this estival [the Etrange Festival] is really cool. It’s a perfect fit for my film and vice versa. We premiered at the FanTasia Festival [in Montreal in July], and it’s great to see these places opening up to new experiments. I think the world needs more weird.
There are a few elements related to a pure horror film, such as body horror and one or two jump scares, but the film is more about psychology. Was gore a trap to be avoided?
You plan one or two jump scares at the beginning of the film and show the audience that yes, you know how to do them too. It helps you build that tension. I’m not the biggest fan of jump scares, but I know you need one or two just to be honest with the audience and stay true to the genre. I’m not the biggest fan of gore either, there are much better directors at that. I never was aspiring to make I Live Here Now uncomfortable like Coraline for instance. You’re correct in that it’s more of a psychological film, like a psychodrama. But the couple moments that are gory and uncomfortable are just quite intentional because those scenes call for really raw and uncomfortable nastiness.
The horror film as a genre has long been highly codified and has been, it must be said, a male-dominated world (whether in terms of directors, actors, etc.). Women have often been portrayed as people in distress who need to be saved (King Kong) or who are being chased by monsters (Halloween, Texas Chainsaw Massacre, The Shining, etc.). They also externalise their feelings a lot, through crying or screaming (again, The Shining or Zulawski’s Possession). There have been exceptions, however, such as Rosemary’s Baby. Recently, we have seen a change in attitudes towards the representation of women in the horror genre (Midsommar, A Quiet Place, Grave by Julie Ducournau and, above all, The Substance). Is it still a challenge for women to get involved in horror? What difficulties have you encountered?
Horror seems like a very open genre right now. Besides the women you just mentioned, I’d also like to add Nia DaCosta, who made Candyman. She’s got 28 Years Later: The Bone Temple coming out and she’s working at such a high studio level. There’s a lot of women who are killing it right now and paving the way. I’m very optimistic about the evolution of female-driven horror films. For me, that aspect of it was pretty smooth because of how excited people are for horror. We’re fortunate to have this kind of powerhouse women that are making uncomfortable, bold horror films and stretching the boundaries of what a horror film means. The genre always seems to be expandinf and developing, sometimes contracting, but ultimately it gets even wider. I think it’s a great time to be a woman in the world of horror right now. I’m very lucky.
In almost every shot of the film, there’s a symbol or metaphor. Is it to leave the interpretation open to the viewer?
Yes, it’s art, so I definitely am excited for people to draw their own conclusions. However, as you say, every single frame has a symbolic intention on my behalf, on the actor’s behalf, production design, art designer, cinematographer… It was quite intentional. When we were working, I was always talking about what my interpretation was. I am an open book when it comes to that. I’m happy to answer questions about what things mean to me, share those things and start conversations. But I also love hearing what things mean to other people because then, that opens my mind to things that might be in there, that were subconscious on my behalf. I do have all the answers, but I think there are more than one answer, this is the truth.
We can’t reveal the ending, but it’s quite optimistic because Rose regains control of her body. Was it important to end on a note of hope?
Absolutely. From the very beginning, when I was pitching this project, because of its intensity, I wanted the message and the mantra to be that the end of this film is a triumph. I’m thinking of the symbol of the crown that Rose wears, the fact that she gives birth, all of the things that she’s gone through, and she’s wearing it proudly without shame. The title card itself, I Live Here Now, is a proclamation of triumph. That was one of the first things that I would say to anyone that I was meeting about the movie just to make it absolutely clear that this is not about Rose losing her mind completely and going nuts. Even though that would have been cool too, like the ending of Midsommar in my eyes, the main character in this film experiences redemption, but she’s also a little bit in trouble, it’s not a happy ending. I do view I Live Here Now as a very happy ending. And yet there are many reasons to be pessimistic, because abortion is quite a big problem in the US now. The abortion in the film is really a catalyst for Rose to dive deep within herself and reconnect with herself. And I think a lot of times it’s easy to forget that the choice to have an abortion is a really challenging choice for a lot of women to make. It’s a really scary thing to go through with your own body. That’s what I’m examining in the film by focusing on this feeling of having to go through a violent experience and examining what this choice really represents. It’s hard, scary and very complex.
The film has also been financed by a crypto payments platform, Moonpay. Can you explain what it consists of and do you think that this model will be applied more and more in film financing in the near future?
From the outset, we were able to count on the participation of some amazing partners. I think that when you make an iondependent film, you really have to get creative. There’s a lot of great filmmakers who do crowdfunding in a similar way. The process of raising money for a film is challenging and itw as a very learning experience. I think it’s cool to be able to open up all sorts of avenues for getting people involved and meeting your audience in various ways.
Can you tell a bit more about your next movie?
I Live Here Now is a very internal film and is about the female experience from the inside. So it’s quite contained. The next one I’m working on is also a horror film. It also deals with a predominantly female cast. It’s more about the external experience of battling the patriarchy. The scope is quite big and dark, but it’s also very funny and there should be a lot of fun. I’m writing it right now, so I’m kind of still finding exactly what it’s going to become soon, hopefully.