Carmen Maura : « Je suis très fière du cinéma espagnol d’aujourd’hui »

Quand elle ne « bourre pas le gaspacho de somnifères », l’actrice Carmen Maura fait ce qu’elle aime par-dessus tout : jouer la comédie et surtout en parler.
Connue pour avoir été la muse de Pedro Almodóvar (elle a été, entre autres, les inoubliables Pepi, Tina et Pepa, dans Pepi, Luci, Bom, la Loi du désir et Femmes au bord de la crise de nerfs), l’énergique Carmen Maura a eu une carrière avant mais aussi après, sans compter ses nombreux rôles au théâtre ainsi qu’un passage à la télévision en tant que présentatrice. Elle a ainsi tourné pour des metteurs en scène de renom comme Fernando Trueba, Carlos Saura, Fernando Colomo, tout en étant familière du cinéma français puisqu’elle est apparue dans des films de Jean-Pierre Mocky, Étienne Chatiliez, Philippe Le Guay…
C’est à l’occasion de son passage à Paris pour présenter le cycle « Les lundis : cinéma », dont le film inaugural est Mes chers voisins d’Alex de la Iglesia, et avant son départ au Maroc pour un tournage, qu’À Rebours a pu rencontrer l’icône du cinéma espagnol aux quatre prix Goya, césarisée et primée à Cannes ainsi qu’à Venise.

Carmen Maura à l’Institut Cervantès de Paris © Guillaume Narguet

À Rebours : Vous inaugurez le cycle « Les lundis : cinéma » consacré à la comédie espagnole à l’Institut Cervantès, autour de quatre films : La Comunidad (Mes chers voisins, dans lequel vous tenez le rôle principal, celui de Julia), Belle Époque, Amanece que no es poco (L’Aube, c’est pas trop tôt de José Luis Cuerda) et Mama cumple cien años (Maman a cent ans de Carlos Saura). Quel point commun voyez-vous à tous ces films et que diriez-vous pour les présenter brièvement ?

Carmen Maura : Ce sont quatre très bons films qui ont pour point commun la folie. Mama cumple cien años est en effet complètement déjanté, Amanece que no es poco est un formidable film très poétique et Belle Epoque est vraiment un joli film aussi. Ils sont malgré tout très différents et c’est pour cela que c’est un bon choix. On m’avait demandé de présenter ¡Ay, Carmela! de Carlos Saura mais j’ai préféré la Comunidad (Mes chers voisins) d’Alex de la Iglesia car, à mon avis, ce film a été moins vu en France que ¡Ay, Carmela! Mais tous ces films sont magnifiques. Cela m’étonne toujours qu’on connaisse si peu le cinéma espagnol en France et idem pour le cinéma français en Espagne, alors qu’on est voisins. Il est vrai qu’on a un sens de l’humour différent (il y a des films qui rencontrent un grand succès ici en France et aucun en Espagne et vice versa). Je vis entre les deux pays et cela m’agace toujours de voir qu’on se fréquente si peu. Le premier film français dans lequel j’ai joué était Louis, enfant roi de Roger Planchon en 1993, j’incarnais Anne d’Autriche, la mère espagnole de Louis XIV. A partir de là, j’ai beaucoup tourné en France car j’aime Paris et j’aime la langue française. J’ai d’ailleurs étudié à l’Institut catholique de Paris, puis j’ai été traductrice en simultané, mais ce que je souhaitais faire, c’était être comédienne. Dans ma famille, il était très mal vu de se lancer dans cette carrière. Nous étions dans les années 60, une époque encore difficile pour les femmes. Par exemple, nous ne pouvions pas acheter un réfrigérateur, voyager ou ouvrir un compte en banque sans la permission du mari. C’était terrible. Pour ma part, je me suis mariée pour la liberté et pour quitter mes parents. Jouer la comédie était la seule chose que je faisais vraiment bien et ce, depuis tout petite. Je suis une autodidacte qui n’a jamais pris de cours de comédie !

Carmen Maura dans Louis, enfant roi de Roger Planchon (1993)

Vous êtes surtout identifiée comme actrice de comédies, même si vous avez tourné également des films dramatiques. Était-ce un choix de votre part ou cela s’est-il fait par hasard ? Vous avez précisé dans un entretien que vous n’avez jamais été très préoccupée par votre carrière.

À l’époque où je me suis lancée, j’avais de nombreux problèmes personnels : seule avec deux enfants en bas âge qu’on a fini par m’enlever, j’ai intenté un procès mais avec un ex-mari avocat et un frère prêtre, il était quasi impossible pour une comédienne comme moi de faire valoir mes droits. On m’a même traînée jusqu’à Rome pour faire annuler le mariage, puisque le divorce était interdit en Espagne. Mes problèmes étaient tellement insurmontables que je me suis lancée à corps perdu dans mon activité professionnelle : j’ai multiplié les courts-métrages et les premiers films, j’ai travaillé dans des cafés-théâtres, etc. Cela me rendait tellement heureuse que j’oubliais tous mes soucis. Jouer la comédie, rire et faire rire, étaient des échappatoires. Et pendant vingt ans, j’ai été mon propre agent. Il faut dire que j’avais eu une mauvaise expérience la première année, puisque j’avais pris trois agents coup sur coup qui ne m’accordaient pas de marge de manœuvre. Aucun n’aurait accepté de me laisser tourner dans les courts-métrages que je voulais ni dans Pepi, Luci, Bom d’Almodóvar, son premier film. Alors je les ai renvoyés. Je voulais être libre : on m’appelait pour n’importe quoi et je le faisais. Je devais, pour la première fois de ma vie, gagner de l’argent, puisqu’auparavant, j’étais entretenue par la famille puis par le mari. Je dis toujours aux comédiens qui accordent une trop grande importance à leur carrière ou qui cherchent à remporter des prix coûte que coûte de ne pas trop s’en faire, car c’est surtout la chance qui prédomine. Obtenir un Goya dépend de tellement de facteurs : il faut bien jouer son rôle, évidemment, mais il faut aussi que le film soit bon, qu’il trouve des financements, qu’il plaise au public… Et il y a tant de bons acteurs et de bonnes actrices qui passent à côté de grands rôles…

Mes chers voisins

Vous avez tenu de nombreux rôles de femme forte et libre, comme si vous incarniez Carmen Maura elle-même au cinéma.

Pas toujours et je peux vous donner l’exemple de mon dernier film, qui va sortir au printemps 2025 : Vieja Loca [Vieille folle] de Martin Mauregui. Il s’agit d’un film d’épouvante. J’y fais des choses que vous ne pouvez pas imaginer, je suis un vrai monstre sanguinaire, je me demande d’ailleurs comment j’ai pu me livrer à toutes ces horreurs. Eh bien je ne suis pas comme cela dans la vraie vie, heureusement ! À ce jour, alors que j’ai 79 ans, j’ai plus de cent films à mon actif, je tiens des rôles qui ne correspondent pas tous à ma personnalité. Dès le premier jour de tournage de Vieja Loca, dont le scénario est vraiment malin, je suis entrée dans le rôle et je me suis amusée comme une folle.

Vous avez commencé votre carrière dans les années 70 et avez obtenu votre premier rôle important en 1977 dans Tigres de papel de Fernando Colomo. Nous sommes après la mort de Franco, pendant la période de transition démocratique, et vous interprétez déjà un rôle comique, dans un film qui porte une connotation sociale évidente. La comédie était-elle dans ces années-là comme une respiration nécessaire après la dictature ? On a parlé du mouvement de la « comédie madrilène », qui a émergé à ce moment-là et dont vous avez été l’une des figures de proue. Y avait-il chez des metteurs en scène comme Colomo ou Fernando Trueba une volonté d’engagement politique dans leurs films ?  

Tigres de papel

À cette époque, on se livrait à un cinéma qu’on ne pourrait plus faire de nos jours. Aujourd’hui, il y a moins de liberté. Avec Tigres de papel, on ne savait même pas qu’on tournait une comédie. Quand on l’a présenté à San Sebastian, personne n’était au courant du sujet du film, la presse ne l’avait même pas visionné avant, c’était la surprise. À la première projection, à dix heures du matin, le film a commencé et les gens se sont mis à rire. L’équipe était très gênée, Colomo ne savait pas comment réagir ; je lui ai alors dit : « Fernando, ne t’en fais pas, on a fait une comédie, c’est tout, il faut assumer ! ». Ensuite, Pepi, Luci, Bom est sorti en 1980 mais là, nous savions dès le départ qu’il s’agissait d’une comédie. Je ne crois pas qu’il y ait eu une quelconque volonté d’engagement. Tout le monde voulait faire du cinéma mais sans forcément s’investir dans des causes engagées particulières, on était las de tout ça. On voulait simplement s’amuser, se sentir libre et c’est de là qu’est partie la comédie madrilène. Et ce qui m’énerve, c’est qu’aujourd’hui, comme je le disais plus tôt, on s’autocensure. Les premiers films d’Almodóvar ne pourraient plus être tournés tels quels. Lorsque j’ai commencé à travailler avec lui, mes collègues actrices du film Entre les ténèbres (Marisa Paredes et Julieta Serrano) m’ont avertie en disant que je me trompais et que je ruinais ma carrière avec ce genre de films, car j’étais déjà une actrice confirmée au Teatro Nacional. Mais pour moi, Pedro était un type très drôle, qui avait beaucoup de talent et peu importe ce que les gens en pensaient ; mes parents n’ont vu aucun des films que j’ai tournés pour lui parce que ça les horrifiait, c’était comme un péché de travailler avec lui. Nous n’avons jamais eu droit à de bonnes critiques et jamais remporté de prix. Je me souviens, pour la Loi du désir, que les critiques disaient de moi que j’étais naturelle, sans artifice (ce qui est assez étrange car je n’ai rien à voir avec la Tina du film dans la vraie vie…). Malgré cette bonne critique sur mon jeu, le film n’a reçu aucun prix car il était réalisé par Almodóvar. Tout se passait très bien avec lui jusqu’à ce qu’il se comporte mal avec moi sur le tournage de Femmes au bord de la crise de nerfs. J’ai vécu un très mauvais moment et j’ai même songé à mettre un terme à ma carrière. Nous avons arrêté là notre collaboration. Elle a repris vingt ans plus tard avec Volver mais il n’avait pas changé et j’ai arrêté définitivement avec lui. D’autant plus que je ne suis pas très amatrice de ses derniers films…
Pour en revenir aux années 70, il faut dire aussi que dans ces années-là, les films étaient moins chers et ils étaient distribués dans le monde, ce qui nous permettait de voir en Espagne de nombreux films étrangers. Maintenant nous n’avons plus de distributeurs, il faut faire appel à de grandes chaînes de télévision pour qu’elles acceptent de financer le sous-titrage, le doublage, le voyage, etc.

Vous présentez Mes chers voisins (la Comunidad) dans le cadre du cycle de l’Institut Cervantès. Que représente ce film pour vous et pour la comédie espagnole en général ? Pourquoi, selon vous, a-t-il acquis ce statut de film culte ?

Femmes au bord de la crise de nerfs

Il a obtenu beaucoup de succès, mérité car il est très bien réalisé, et les recettes ont été très importantes. Il a toutes les qualités : on a pris beaucoup de plaisir à le faire, le public a été au rendez-vous et il a obtenu de nombreux prix. C’est un de mes films préférés pour toutes ces raisons. J’aime quand les films font recette car j’ai toujours été attirée par le monde du business ; si je n’avais pas été comédienne, j’aurais été productrice, pour permettre aux films d’exister. J’ai toujours su faire la promotion des films et communiquer dessus, j’ai signé d’importants contrats publicitaires, notamment avec General Foods. C’était très amusant car je me suis débrouillée toute seule, étant donné que je n’avais pas d’agent : je suis arrivée dans une grande salle de réunion où se trouvaient réunis autour d’une table des tas de gens importants ; sans lire le contrat, je leur ai dit : « Je suis une comédienne, j’ai envie que le produit se vende, le salaire que vous me proposez me convient, alors allons-y ! ». Et ma relation avec eux a été merveilleuse, cela a duré deux ans. Donc je pense que j’aurais été une bonne productrice et une bonne femme d’affaires.
J’ai aussi été présentatrice à la télévision dans les années 80, en parallèle de mon métier d’actrice, c’est cette expérience qui m’a permis de gagner de la popularité. Je me suis lancée dans cette aventure contre l’avis de mes amis qui me disaient tous que mon métier de comédienne en pâtirait mais moi, ce que je voulais, c’était travailler. Donc j’ai signé un contrat pour trois émissions, puis pour six, puis pour neuf, etc. et j’ai pu, à la longue, négocier mon salaire à la hausse. Vous voyez, une vraie femme d’affaires.

Pouvez-vous revenir sur votre expérience avec Alex de la Iglesia, pour qui vous avez tourné ensuite deux autres films ? Vous avez précisé un jour qu’il était votre réalisateur préféré. Pour quelle raison ?

Mes chers voisins

Alex me fait rire, ce qui est très important ; il adore son travail et il m’apprécie beaucoup. En général, les metteurs en scène m’aiment car je leur obéis. Ils adorent qu’on fasse ce qu’ils veulent, voilà le secret. Et si l’on fait ce qu’ils demandent, ils accordent davantage de liberté. Je reprends l’exemple de Vieja Loca qu’on a tourné à Buenos Aires : c’est le premier film de ce réalisateur, qui est complétement fou, et j’ai passé des moments formidables. Il a été produit par Juan Antonio Bayona [réalisateur de Jurassic World: Fallen Kingdom et d’épisodes de la série Penny Dreadful]. Eh bien j’ai suivi les desiderata de ce jeune réalisateur et cela l’a rendu vraiment heureux. Dans la vie quotidienne, il m’a toujours été difficile de rendre les gens heureux. Et là, c’était tellement facile : tu fais ce qu’il te demande et même un petit peu plus, alors il t’aime encore plus que sa propre famille ! Avec le temps, les metteurs en scène changent, ils peuvent devenir plus durs, plus intransigeants, avec eux-mêmes ou leurs équipes. Ce n’est pas le cas avec Alex. Et son film peut se voir et se revoir, il fera toujours autant rire, il est intemporel. Je crois que la bonne ambiance du plateau se ressent à l’écran. J’avais d’ailleurs conseillé à Alex de prendre soin de tous les acteurs. La plupart étaient des comédiens déjà connus et reconnus en Espagne. Je ne voulais surtout pas me sentir telle une princesse au milieu d’eux, tout le monde devait être à égalité.

Vous avez tourné pour quelques réalisatrices espagnoles. On peut citer la Péticion de Pilar Miro en 1976, Gary Cooper qui êtes aux cieux toujours de Miro en 1980, Como ser mujer d’Ana Belén en 1991, Hold Up d’Eva Lesmes en 2001. Le cinéma féminin est-il moins bien représenté ? Que pensez-vous du cinéma espagnol féminin aujourd’hui ?

Avec le mouvement féministe actuel, le cinéma féminin prend beaucoup plus d’ampleur, peut-être même un peu trop dans le sens où, de nos jours, une femme qui veut réaliser son premier film aura moins de mal à le faire qu’un homme. Les rôles s’inversent, mais il ne faut pas exagérer. Je comprends qu’il faille défendre les femmes, mais pour ma part, je ne fais pas de distinction entre un cinéma masculin et un cinéma féminin : il y a des hommes plus ou moins talentueux, tout comme il y a des femmes plus ou moins talentueuses aussi. J’ai beaucoup aimé jouer pour Marion Hänsel, une réalisatrice belge, dans son film Sur la Terre comme au ciel. Également avec Ana Belén pour Cómo ser mujer y no morir en el intento, qui était son premier et son dernier film à ce jour. Elle était aussi actrice mais je crois que son métier de comédienne l’ennuyait. Elle m’avait appelée pour me demander si j’avais le courage de travailler avec elle ; j’ai répondu que si elle avait le courage de réaliser un film, alors je travaillerais avec elle. Mon prochain film sera d’ailleurs réalisé par une femme, la franco-marocaine Maryam Touzani, à qui l’on doit le Bleu du caftan. Je me rends au Maroc, à Tanger, en novembre et j’y resterai les quatre mois que durera le tournage. C’est un rôle formidable. Après avoir incarné la bête sauvage du film argentin, je joue le rôle d’une femme bien et équilibrée, ça change ! C’est une comédie où l’on rit et où l’on pleure aussi un peu, avec une histoire d’amour. Vous vous rendez compte, tomber amoureuse à mon âge ! Quand j’ai lu le scénario, je n’y ai pas cru et je me suis demandé à quoi cela devait ressembler de tomber amoureux à 80 ans. Quand vous incarnez un personnage, vous tâchez de puiser parmi vos propres souvenirs pour trouver quelque chose de similaire. Et j’y suis arrivée. C’est aussi une belle démonstration qu’on peut tomber amoureux à n’importe quel âge.
Je me dis que c’est mon ange gardien qui m’a fait tourner successivement dans deux films qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. C’est un cadeau pour une comédienne. Mais après ces deux films, je pense que je vais lever un peu le pied. Je ne jouerai plus de rôle principal, dans tous les cas, cela devient un peu trop lourd pour moi.

Cómo ser mujer y no morir en el intento

Que pensez-vous du cinéma espagnol aujourd’hui ?

Je suis plus optimiste pour le cinéma espagnol que pour le pays. Il y a beaucoup de jeunes talents, on a des comédiens formidables. Maintenant, le cinéma espagnol est reconnu à l’étranger. La première fois que je me suis rendue aux États-Unis, les gens ne savaient même pas où se trouvait l’Espagne ! Je suis très fière du cinéma espagnol d’aujourd’hui et j’ai confiance en lui. J’ai vécu le changement, donc je sais ce qu’on a perdu et surtout ce qu’on a gagné.

Quelles différences voyez-vous avec la comédie française, pour laquelle vous avez également beaucoup tourné (citons Etienne Chatiliez, Jean-Pierre Mocky…) ?

Les tournages sont toujours différents les uns des autres. Et ce qui est vrai en Europe l’est aussi en Amérique latine puisque j’ai travaillé dans tous les pays du continent sauf Cuba. Pour vous donner une idée des différences entre l’Espagne et la France : en Espagne, le matin à 10h, une heure est dédiée au bocata [sandwich], qui est un second petit-déjeuner sacré, surtout pour les techniciens sur le plateau ; en France, on a une table avec du café, des croissants, etc., toutes sortes de choses très bonnes mais qui vous font grossir. En Colombie, c’était encore différent : il n’y avait ni chocolat ni croissants, mais des soupes et un plat avec du porc et du maïs [le tamal], dès 8h du matin !
Avec Chatiliez, j’ai été très heureuse et le film, le Bonheur est dans le pré, a été un grand succès. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de tournage avec Étienne, Sabine Azéma, Eddy Mitchell…

C’est Catherine Deneuve qui devait, à l’origine, jouer le rôle de Sabine Azéma…

Ah bon ? Je ne savais pas. Je préfère Sabine ! Elle a été formidable avec moi.

Vous avez tourné en très grande majorité des films européens, même si vous avez également une expérience du cinéma international, avec Free Zone d’Amos Gitaï et Tetro de Francis Ford Coppola. Cela ne vous a-t-il pas donné envie de continuer dans cette voie ?

Sur ces deux films, je n’ai pas été très heureuse justement. On a tourné le film de Coppola en Argentine dans des conditions lamentables. Il était assis dans son fauteuil toute la durée du tournage, très éloigné de nous ; on jouait dans un karaoké, qui n’était même pas fermé pour l’occasion, et l’équipe était livrée à elle-même. Et pour le film d’Amos Gitaï, je n’ai ressenti aucune marque d’attention de la part du réalisateur. Mais la jeune Natalie Portman était très gentille avec moi. Ce sont deux expériences que je préfère oublier.
Cela m’est égal de travailler au bout du monde ou à côté de chez moi, même si, à choisir, je préfère tourner chez moi à Madrid, avec ma chienne à proximité. L’âge avançant, je ne peux plus me permettre de prendre mon chien avec moi à l’étranger, c’est trop d’énergie à dépenser. Sur le tournage, je me préserve, je ne fais pas de folies, je suis comme une nonne.

Tetro – Copyright Memento Films Distribution

Vous avez joué dans quelques séries : Las Chicas de Oro (une adaptation de The Golden Girls, ou les Craquantes en français, en 2010) ; Quelqu’un doit mourir sur Netflix en 2020 ; la Terre des femmes (Land of Women), une série américaine créée par Ramón Campos et Gema R. Neira et diffusée en juin 2024 sur Apple TV+. Que pensez-vous du format série ? Est-ce l’avenir du cinéma ?

Quelqu’un doit mourir était une série très courte, en deux-trois épisodes. Mais je n’ai pas vraiment envie de m’investir dans les séries, car c’est très long, je ne pense pas que j’en referai. Mais c’est l’avenir dans le sens où ce métier fait vivre un grand nombre de personnes, les équipes sont toujours très nombreuses. Je respecte beaucoup ce format et j’en regarde moi-même à la télévision, mais ce n’est pas pour moi, je préfère travailler sur les films, cela dure trois-quatre mois maximum et c’est très bien ainsi. Je n’ai plus autant d’énergie qu’avant, même si la vieillesse offre la liberté comme avantage, je dis ce que je veux, surtout dans le cadre des promotions. Mais je continue à m’amuser et c’est le principal. C’est ce que j’ai fait pour mon dernier film d’épouvante et je pense que ça va être un gros succès. Des gens vont sortir de la salle de peur…

Plus d’informations : https://paris.cervantes.es/fr/default.shtm

Auteur/autrice

One thought on “Carmen Maura : « Je suis très fière du cinéma espagnol d’aujourd’hui »

Comments are closed.