Robert Littell, auteur notamment de la Compagnie et de nombreux romans sur la CIA ou la Guerre froide, est le maître du roman d’espionnage. Avec son dernier livre, Bronstein dans le Bronx (publié aux éditions Flammarion), ce n’est pourtant pas à une histoire sur les rivalités entre espions de l’Est et de l’Ouest qu’il se livre ; il s’agit ici d’un roman historique sur les quelques semaines que Trotski, alors connu sous son véritable nom Bronstein, a passées à New York en compagnie de sa famille en 1917, avant l’abdication de Nicolas II et l’avènement de la Révolution bolchévique pour laquelle il a œuvré sans relâche. Plus précisément, ce roman explore la lutte morale qu’il a menée contre sa propre conscience pour parvenir à ses fins. À Rebours vous convie à un dialogue sur les méandres, les contradictions et les dilemmes de la psyché humaine, en particulier celle d’un idéaliste devenu monstre.

À Rebours : Votre dernier ouvrage revient sur un épisode méconnu : les quelques semaines que passent Trotski et sa famille à New York en 1917, après avoir parcouru l’Europe et avant de revenir en Russie à la suite de l’abdication du tsar. Pourquoi s’être penché sur cette période en particulier ? En quoi est-elle fondatrice dans le parcours de Trotski (qui s’appelait encore Bronstein comme le précise le titre du roman) mais aussi dans le déroulement de la Révolution russe et l’installation au pouvoir des bolchéviques ?
Robert Littell : Il est toujours complexe d’identifier les origines d’un livre deux ans après qu’on l’a écrit, mais voici ce que je peux en dire : je n’ai aucune affiliation politique. Je ne glorifie pas le communisme ou le marxisme, je glorifie l’idéalisme face au fascisme, face à l’occupation, face à l’exploitation toujours plus effrénée du travail des enfants dans les usines et les mines. D’après mon expérience, les gens qui étaient communistes dans les années 30 (durant la période de la guerre civile espagnole) et jusqu’à la révolution hongroise de 1956 étaient le plus souvent rien moins que des idéalistes. Qu’est-il arrivé à cet idéalisme ? Beaucoup (comme Ben et Norma Barzman, scénaristes hollywoodiens qui ont fui le maccarthysme et se sont réfugiés en France, comme le scénariste américain Dalton Trumbo, comme Simone Signoret et Yves Montand, comme Charlie Chaplin) ont commencé par être idéalistes, mais ont quitté le mouvement lorsqu’il est devenu évident que son chef, Joseph Staline, n’en était pas un et que sa vraie nature était celle d’un tyran. Donc quand j’ai été amené à me pencher sur la vie de Bronstein/Trotski, j’ai supposé qu’il avait, lui aussi, commencé par être un idéaliste. Mais ce n’est pas ainsi qu’il a terminé, n’est-ce pas ? Sa brutalité, quand il a organisé et dirigé l’Armée rouge durant la guerre civile qui a suivi la Révolution bolchévique, son soutien à la terreur de masse de Lénine, à la collectivisation de l’agriculture, pour citer quelques-unes de ses principales réalisations, ont montré (du moins à mes yeux) que son idéalisme originel l’avait abandonné. Mon roman peut donc être considéré comme une tentative de deviner ce qu’il est advenu de cet idéalisme originel. Et pour moi, cela se résume au fait que ce que Freud appelle le surmoi, la partie de l’esprit d’une personne qui agit comme une conscience autocritique, a, à un moment donné, abandonné le jeune Bronstein/Trotski. Freud considérait la conscience comme la poésie de « l’inconscient » – il considérait la conscience comme une voix dans notre tête qui nous aidait à naviguer dans les complexités du monde dans lequel nous vivons. Pour moi, c’est ce qui est arrivé à Bronstein/Trotski : lorsque sa conscience l’a abandonné, il a perdu la capacité de naviguer dans les complexités de la Révolution bolchévique et de la création d’un État socialiste égalitaire.
Vous êtes un spécialiste du roman d’espionnage. Même s’ils n’occupent pas une place principale, des personnages comme John Edgar Hoover et William Wiseman, agent du renseignement britannique, apparaissent dans le récit et représentent une menace permanente, une épée de Damoclès sur la tête de Trotski et, par conséquent, le destin de la Révolution. Qualifieriez-vous pour autant Bronstein dans le Bronx de roman d’espionnage ? Ou bien de roman historique ?
Ce n’est certainement pas un roman d’espionnage. Dans le sens où il restitue les dix semaines et deux jours que Bronstein/Trotski a passés à vivre dans le Bronx et à travailler à Greenwich Village avant la Révolution bolchévique de 1917, je dirais qu’il s’agit d’un roman historique.
Votre famille est elle-même issue d’émigrés juifs russes qui se sont installés aux États-Unis ; vous êtes d’ailleurs né à Brooklyn. Vous êtes-vous inspiré d’éléments autobiographiques pour rédiger ce roman ? Occupe-t-il, de ce fait, une place peut-être plus personnelle pour vous ?
J’ai commencé le roman par un avant-propos qui explique pourquoi mon père, Léon Litzki, a légalement changé son nom en Léon Littell en 1919 – il a expliqué au juge qu’il était souvent tourné en ridicule en raison de la similitude de son nom, Léon Litzki avec celui d’un bolchévique vivant à New York à l’époque, Léon Trotski. Probablement en raison de l’obsession de mon père, je me souviens qu’il détestait Trotski, et c’est pourquoi, dans mon roman, j’ai assimilé la voix dans l’oreille de Trotski à Léon Litzki. On pourrait dire (à la Freud) que c’était la revanche de mon père sur son presque homonyme.
Vous avez souvent recours à l’humour dans le roman ; ainsi, les dialogues entre Trotski et sa conscience sont très drôles et bruts de décoffrage. L’humour apparaît notamment dans le décalage qu’il peut y avoir entre l’idée qu’on se fait de Trotski, un personnage de révolutionnaire sans états d’âme qui a causé la mort de nombreuses victimes et les situations cocasses dans lesquelles il se retrouve (quand il est par exemple invité dans un club de jazz à danser le turkey-trot, ce qu’on imagine mal de prime abord). L’humour marque-t-il de votre part une prise de distance avec ce personnage historique ? Rire du théoricien de la violence et de la terreur est-il risqué ou salutaire ?
Il n’y a certainement aucun risque à courir pour un romancier d’écrire sur Bronstein/Trotski en 2024. Non, dénicher de l’humour dans les affaires humaines – la condition humaine ! – vient avec le métier de romancier. Sans le sens de l’humour – à plus forte raison de nos jours ! – nous deviendrions tous complètement fous…

Un des thèmes principaux est celui de la morale en politique. Bronstein l’intransigeant et sa conscience dialoguent difficilement, ils s’invectivent. La conscience finit par disparaître, ou plus exactement Bronstein la fait disparaître (« C’est toi qui m’abandonnes, Bronstein ! », lui dit-elle), quand ce dernier se résout à faire une « révolution sans conscience » et à tuer pour la cause. Cela marque une évolution du personnage qui devient plus sinistre, voire qui pactise avec le diable. L’abandon de toute conscience n’est-il finalement pas le lot de tout révolutionnaire ? Pour la révolution, la fin justifie-t-elle les moyens ?
L’éternel dilemme qui consiste à trouver un équilibre moral entre la fin et les moyens est un bourbier pour chaque révolutionnaire, tout comme il l’est également pour chaque dirigeant politique. Tout comme il l’est, aussi, pour les gens dans leur vie de tous les jours. Mon roman essaie de décrire Bronstein/Trotski pris dans cette nasse, en train de se noyer dans le bourbier…
Vous vous attachez à nuancer Trotski : la liaison qu’il entame avec Fred, l’attachement à sa (seconde) femme et à ses enfants montrent qu’il ressent une certaine empathie mais il n’éprouve pas pour autant d’amour, qui est un sentiment propre à l’Homme, et il ne dévie pas de ses objectifs. Cette absence d’amour chez lui peut-elle expliquer à votre avis sa déshumanisation, qui conduit à énoncer ce paradoxe : « Je veux mettre le feu à ce pays pour leur sauver la vie » ?
Il a pu (selon mon interprétation romanesque) abandonner sa femme légitime et ses deux filles en Sibérie, retourner en Russie sans sa maîtresse Fred ou sa conscience Litzki pour se livrer à la révolution qu’il avait projetée, trahir sexuellement et émotionnellement à New York la femme qui était aussi la mère de ses deux fils, tout cela parce que, en fin de compte, Bronstein/Trotski était amoureux de Bronstein/Trotski !
Le rapport de Trotski avec le judaïsme est compliqué (« je ne suis pas un juif marxiste. Je suis un marxiste-léniniste qui se trouve être juif ») alors qu’il se trouve sans cesse réduit à sa condition de juif, par Hoover, Fred ou le milliardaire Zylberstein qui pense que le triomphe du bolchevisme vaincra l’antisémitisme. Peut-on dire de Trotski qu’il était un juif complexé ? Son judaïsme a-t-il joué un quelconque rôle dans sa vie et sa pensée ?
Je soupçonne que, à l’instar de nombreuses personnalités politiques juives, sinon la totalité, il était constamment catalogué et réduit à sa condition de juif par ses ennemis, ce qui était bien pratique pour eux. Et il a constamment résisté. La question que vous soulevez pourrait constituer le thème d’un nouveau roman : pourquoi les ennemis du marxisme et de la Révolution bolchévique (Hitler en tête) ont-ils sans cesse insisté sur les racines juives de Karl Marx (un athée baptisé à l’âge de six ans) ainsi que sur celles de nombreux dirigeants de la Révolution bolchévique (Zinoviev, Kamenev, Trotski, Kaganovitch, Litvinov, Radek etc.) ?
Un second thème important du livre est celui du destin. Trotski croit en son destin et à celui de la révolution. Mais comme vous le rappelez en fin d’ouvrage, lui et sa famille, de même que la quasi-intégralité des pionniers de la Révolution de 1917, en furent les victimes car elle a permis l’arrivée au pouvoir d’une de ses créatures, Staline, qui procéda à des massacres. Peut-on à votre avis voir Trotski comme un personnage sacrificiel de tragédie grecque ? Ou un monstre sans scrupules qui a conduit ses proches à leur perte ?
Ce qu’on peut dire avec une certaine exactitude historique, c’est que les révolutions dévorent ceux qui les font. Il suffit de porter son regard sur la Révolution française pour se rendre compte que c’est ainsi que les révolutions semblent fonctionner et se terminer. Bien sûr, tous les protagonistes de n’importe quelle révolution, Bronstein/Trotski inclus, comprenaient les risques qu’ils encouraient dans ce processus – mais ils pensaient tous très certainement qu’ils seraient l’exception qui confirmerait la règle, qu’ils survivraient. Et bien sûr, certains y ont survécu : Staline, pour ne citer que lui !
Vous montrez toute la différence qu’il peut y avoir entre les socialistes « capitalistes » américains et les socialistes « purs » de la mère Patrie. Ainsi, le rédacteur en chef du Jewish Daily Forward, « journal prétendument socialiste », ressemble davantage à un chef d’entreprise qu’à un théoricien du socialisme. Et selon le rédacteur en chef du Novy Mir, journal bolchevique américain pourtant truffé de publicités, « les socialistes américains n’ont qu’une obsession : améliorer le capitalisme américain. » Cela révèle plus largement les différences entre l’Est et l’Ouest, qui conduiront bien sûr à la Guerre froide, sujet que vous avez traité dans plusieurs de vos ouvrages (la Compagnie, Koba…). Peut-on dire que la grande fracture entre l’Est et l’Ouest s’est jouée à ce moment-là ?

La Révolution bolchévique est toujours animée de nos jours par un Vladimir Poutine (« Rendre sa grandeur à la Russie »), qui fait du tyran Staline un sage patriarche ayant mené un grand pays à la victoire sur les fascistes durant la Seconde Guerre mondiale. Je suppose que le slogan – « Rendre sa grandeur à l’Amérique » – est une invitation universelle à laquelle les dirigeants politiques, de quelque obédience qu’ils soient, ne peuvent et ne veulent tout simplement pas résister.
English version – Robert Littell : “My novel tries to figure out how Trotsky’s conscience left him”
Robert Littell, author of The Company and numerous novels about the CIA and the Cold War, is a master of the spy novel. But his latest book, Bronshtein in the Bronx (published by Flammarion), is not a story about the rivalries between Eastern and Western spies; it is a historical novel about the few weeks that Trotsky, then known by his real name Bronshtein, spent in New York with his family in 1917, before the abdication of Nicholas II and the advent of the Bolshevik Revolution, for which he worked tirelessly. More specifically, this novel explores the moral struggle he waged against his own conscience to achieve his ends. À Rebours invites you to a dialogue about the twists, contradictions and dilemmas of the human psyche, particularly that of an idealist turned monster.
À Rebours: Your latest book looks at a little-known episode: the few weeks Trotsky and his family spent in New York in 1917, after travelling around Europe and before returning to Russia following the Tsar’s abdication. Why did you focus on this particular period? In what way was it fundamental to the life of Trotsky (who was still called Bronshtein, as the title of the novel reminds us), but also to the course of the Russian Revolution and the rise to power of the Bolsheviks?
Robert Littell: It is always difficult to find the roots of a novel after one has worked on it for two years but here is what I think: I have no political affiliation personally. I don’t celebrate Communism or Marxism, I celebrate idealism in the face of fascism, in the face of occupation, in the face of rampant exploitation of child labor in factories and mines. In my experience, people in the thirties (the Spanish Civil war period) and up to Hungarian Revolution in 1956 who were Communists were more often than not idealists. What happened to this idealism? Many (like the Ben and Norma Barzman, Hollywood screen writers who fled McCarthyism and took refuge in France, like the American screen writer Dalton Trumbo, like Simone Signoret and Yves Montand, like Charlie Chaplin) started out as idealists but quit the movement when it became clear that its leader, one Josef Stalin, was not an idealist but a tyrant. So when I was drawn to look into the life of Bronshtein/Trotsky, I assumed that he too started out as an idealist. But he didn’t end up that way, did he? His brutality when he organized and led the Red Army in the post Bolshevik Revolution Civil War, his support of Lenin’s mass terror, his support of the collectivization of agriculture, to cite a few of his preoccupations, demonstrated (to me at least) that his original idealism had abandoned him. So my novel can be seen as an attempt to suggest what happened to this original idealism. And for me, it came down to the fact that what Freud called the superego, the part of a person’s mind that acts as a self-critical conscience, at some point had abandoned the young Bronshtein/Trotsky. Freud thought of a conscience as the poetry of the “unconscious” – he considered a conscience to be a voice in our brains that helped us navigate the complexities of the world we live in. For me, this is what happened to Bronshtein/Trotsky – when his conscience abandoned him, he lost the ability to navigate the complexities of the Bolshevik Revolution and the creation of an egalitarian Socialist state.
You are a specialist in spy novels. Although they don’t play a major role, characters like John Edgar Hoover and William Wiseman, a British intelligence agent, appear in the story and represent a permanent threat, a sword of Damocles hanging over Trotsky’s head and, consequently, the fate of the Revolution. Would you call Bronshtein in the Bronx a spy novel? Or a historical novel?
It is certainly NOT a spy novel. Inasmuch as it reconstructs the ten weeks and two days that Bronshtein/Trotsky lived in the Bronx and worked in Greenwich Village before the 1917 Bolshevik Revolution, it is a historical novel…
Your family is itself descended from Russian Jewish emigrants who settled in the United States; you were born in Brooklyn. Did you use any autobiographical elements to write this novel? Is this book perhaps more personal to you as a result?
I began the novel with a foreword explaining why my father, Leon Litzky, legally changed his name to Leon Littell in 1919 – he explained to the judge that he was being held up to ridicule because of the similarity of his name, Leon Litzky, to that of a Bolshevik living in New York at the time, one Leon Trotsky. Probably as a result of my father’s obsession, I remember that he loathed Trotsky, which is why, in my novel, I identified the voice in Trotsky’s ear, as Leon Litzky. One might say (à la Freud) that it was my father’s revenge on his near namesake.
You often use humour in the novel; for example, the dialogues between Trotsky and his conscience are very funny and blunt. The humour is particularly apparent in the discrepancy between the idea we have of Trotsky as a cold-hearted revolutionary who has caused the death of many victims and the funny situations he finds himself in (when he is invited to a jazz club to dance the turkey-trot, for example, which at first glance is hard to imagine). Is the humour a sign that you’re distancing yourself from this historical figure? Is laughing at the theorist of violence and terror risky or healthy?
There is certainly no risk to a novelist writing about Bronshtein/Trotsky in 2024. No, seeing the humor in human affairs –- the human condition! — comes with the métier of novelist. Without a sense of humor – especially these days! — we’d all go mad…
One of the main themes is morality in politics. Bronshtein the intransigent and his conscience have a difficult dialogue; they shout at each other. Eventually the conscience disappears, or more accurately Bronshtein makes it disappear (‘It’s you who’s abandoned me, Bronshtein!’ it tells him), when the latter accepts to make a ‘revolution without a conscience’ and kill for the cause. This marks an evolution in the character, who becomes more sinister, even making a pact with the devil. Isn’t the abandonment of all conscience the lot of every revolutionary? Does the revolution justify the means?
The eternal dilemma of finding the moral balance between ends and means is a swamp for every revolutionist, as it is for every political leader. As it is, too, for people in everyday life. My novel attempts to portray Bronshtein/Trotsky caught up in this swamp; drowning in this swamp…
You qualify Trotsky: the affair he begins with Fred and his attachment to his (second) wife and children show that he feels a certain amount of empathy, but this does not mean that he feels love, which is a human feeling, and he does not deviate from his objectives. In your opinion, can this absence of love explain his dehumanisation, which leads him to utter the paradox: ‘I want to set fire to this country to save their lives’?
He was able (in my novelistic interpretation) to abandon his wedded wife and two daughters in Siberia; he was able to return to the revolution he hoped to make in Russia without his mistress Fred or his conscience Litzky, he was able in New York to sexually and emotionally betray the woman who was the mother of his two sons because, in the end, Bronshtein/Trotsky was in love with Bronshtein/Trotsky!
Trotsky’s relationship with Judaism is complicated (« I am not a Jewish Marxist. I am a Marxist-Leninist who happens to be Jewish »), while he was constantly reduced to his Jewish condition by Hoover, Fred and the billionaire Zylberstein, who believed that the triumph of Bolshevism would overcome anti-Semitism. Can it be said of Trotsky that he was a Jew with a complex? Did his Judaism play any role in his life and thought?
I suspect that like many if not most political figures who are Jewish, he was constantly being put in a convenient box by his enemies. And he was constantly resisting. The question you raise could provide the theme of a new novel: Why were the enemies of Marxism and the Bolshevik Revolution (Hitler in the forefront) always harping on the Jewish roots of Karl Marx (an atheist who was baptized at the age of six) as well as the Jewish roots of many leaders of the Bolshevik Revolution (Zinoviev, Kamenev, Trotsky, Kaganovich, Litvinov, Radek et al).
A second important theme in the book is that of destiny. Trotsky believed in his own destiny and that of the revolution. But as you point out at the end of the book, he and his family, along with almost all the pioneers of the 1917 Revolution, were its victims, because it allowed one of his creatures, Stalin, to come to power and carry out massacres. In your opinion, can Trotsky be seen as a sacrificial character in a Greek tragedy? Or an unscrupulous monster who led those closest to him to their doom?
The thing that can be said with some historical accuracy is that revolutions devour the people who make them. One has to look no further than the French Revolution to realize this is how revolutions seem to function. Of course the actors in any given revolution, Bronshtein/Trotsky among them, understood the risks involved in making a revolution – but they surely thought they would be the exception; they would survive. And of course some did: Stalin for one!
You show how different American ‘capitalist’ socialists can be from the ‘pure’ socialists of the mother country. For example, the editor of the Jewish Daily Forward, a ‘supposedly socialist newspaper’, looks more like a company director than a socialist theorist. And according to the editor of Novy Mir, an American Bolshevik newspaper full of advertisements, ‘American socialists have only one obsession: to improve American capitalism’. More broadly, this reveals the differences between East and West, which will of course lead to the Cold War, a subject you have dealt with in several of your books (The Company, Koba…). Is it fair to say that the great divide between East and West was played out at that time, in 1917?
The Bolshevik Revolution is still being played out by one Vladimir Putin (“Make Russia Great Again”), who portrays the tyrant Stalin as the wise patriarch leading a great country to victory over the fascists in WWII. I suppose that the theme – “Make America Great Again” – is a universal invitation that political leaders of every persuasion simply can’t and don’t resist.
Propos traduits par Guillaume Narguet