Vous connaissez la comédienne Marie-Laure Dougnac pour l’avoir entendue dans la version française de nombreux films où elle double des actrices comme Liv Tyler (le Seigneur des anneaux, Ad Astra…), Jennifer Jason Leigh (Kansas City, In the Cut…) ou bien encore Gwyneth Paltrow (Double mise…). Vous l’avez sans doute également vue dans les films de Jean-Pierre Jeunet comme Delicatessen, etc.
Ce n’est pourtant pas sa carrière de comédienne qui a poussé À Rebours à rencontrer l’artiste Marie-Laure Dougnac mais bien ses illustrations de Don Quichotte, exposées en ce moment en quarante planches à l’encre de Chine au théâtre Lepic, au cœur de la Butte Montmartre, sous le thème : « Don Quichotte dans tous ses états ».
À chaque dessin représentant Don Quichotte correspond un extrait, connu ou moins connu, du livre de Cervantès.
C’est cette nouvelle interprétation originale d’un chevalier à la triste figure, dansant et virevoltant, bravache et querelleur, qu’À Rebours vous invite à découvrir.

À Rebours : On vous connaît d’abord comme comédienne pour le théâtre et le cinéma, ainsi que pour votre travail de doublage, un peu moins comme peintre et illustratrice. Dans un premier temps, comment en êtes-vous venue au dessin et dans quelle mesure le confinement, comme vous le dites dans le livre qui accompagne l’exposition, vous a-t-il donné l’occasion et l’envie de reprendre le crayon ?
Marie-Laure Dougnac : J’ai grandi au milieu de magazines d’art qui tapissaient les murs de la maison. Ma mère avait fait les Beaux-Arts de Lyon et mon père, ingénieur textile, maniait textures, matières, couleurs… et côtoyait dans son travail des artistes inspirants comme Marc Chagall, Yves Saint Laurent, la famille Maeght, etc. Mes parents ont eu à cœur de nous transmettre leur passion pour les beaux-arts, mais aussi pour la musique, le théâtre. J’ai fait le choix du métier de comédienne, qui m’a emmenée dans de très belles aventures, et j’ai eu la chance de prêter ma voix à de nombreuses actrices pour des films, séries et animés, activité que je continue à exercer avec bonheur.
L’occasion m’a été donnée de prendre le crayon lorsque j’ai réalisé deux courts-métrages (en 2007 et 2012) mais surtout lors du confinement. Le dessin s’est imposé à moi comme la première chose que j’avais envie de faire pour remplir ces longues journées d’isolement. Et j’ai commencé ma galerie de portraits, de nus et de collages. Peu après, le roman Don Quichotte de Cervantès m’est tombé sous la main et j’ai eu aussitôt envie d’illustrer ce personnage en « mille-feuilles », une des raisons sans doute pour laquelle ce roman est devenu intemporel. Le personnage et toutes ses facettes ne laissent pas de surprendre.
Déambulation dans l’exposition et sélection de dessins
Les œuvres exposées ne sont pas disposées selon un ordre narratif, mais plutôt dans un souci d’harmonie visuelle. En l’occurrence, le Premier Livre est écrit comme une suite feuilletonnante d’épisodes qui se terminent à peu près tous de la même manière : gaffes, baffes et gamelles ; le Second Livre propose davantage de réflexions philosophiques, à travers lesquelles Cervantès, le militaire, parle de l’Espagne de son temps, dont les guerres hégémoniques du siècle d’Or ont ruiné le pays, une société rigide et inégalitaire avec tous ses dysfonctionnements : misère, inquisition, police secrète, esclavagisme, condition des femmes, etc.
Je vous propose de découvrir ce que raconte quelques-unes de ces figures…

Ce dessin inaugure l’exposition car il représente pour moi la profession de foi de Don Quichotte, et celle de Cervantès. L’extrait choisi questionne sur la prédominance des Lettres – et avec elles les lois – sur les Armes, que défendent toujours les gens de lettres. Mais que valent les Lettres et les lois quand il s’agit de prendre les Armes pour les défendre, et à quel prix ? Vaste sujet, toujours d’actualité. Même si les Lettres semblent vaines à sauver le monde, elles sont pourtant l’expression de la liberté, de la résistance, de la résilience. En l’occurrence, la censure qui les muselle dans les régimes totalitaires révèle bien la valeur et le pouvoir qu’elles représentent. C’est aussi dans les périodes les plus troubles, les plus noires qu’émergent parfois des courants artistiques et de pensée très novateurs, comme le surréalisme surgi du chaos de l’entre-deux-guerres.

Ce qui est intéressant dans le personnage de Don Quichotte, c’est son rapport à la réalité et à l’illusion. On le voit ici s’apprêtant à lutter contre un géant qui n’existe pas, une chimère. J’ai ainsi voulu le présenter dans cette illustration avec une ombre se profilant derrière lui, le personnage se bat contre son ombre. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est de s’apercevoir au cours du roman que même s’il semble se conduire comme un fou, il est conscient d’être fou, il fait le choix de l’illusion plutôt que la réalité, il s’arrange avec sa folie. Il est ambivalent : fou, mythomane, paranoïaque… avec des éclairs de lucidité, et grand philosophe à ses heures.

L’épisode le plus célèbre du roman, celui qu’on étudie à l’école. J’ai dessiné le personnage soulevé de terre, écartelé, avec son ombre représentée au sol qui dessine une croix. Je l’ai ainsi représenté en parodie de figure sacrificielle qui se croit investie d’une mission. Ce qui est touchant, c’est qu’il ne fera jamais réellement quoi que ce soit de bien pour quiconque, mais il ne fera jamais de mal non plus. Il nous renvoie à notre petitesse et notre impuissance à sauver le monde.
Le comique des aventures de Don Quichotte tient aussi dans le fait que ses actes ne sont jamais à la hauteur de ses bonnes intentions. Il se lance, tombe, se relève et repart, un peu comme ces personnages de cartoon. Le tragique, c’est qu’il met sa vie en jeu à chaque mésaventure. Mais Don Quichotte n’est jamais en échec, il trouve toujours une justification : la faute d’un enchanteur ou d’un maléfice… encore un arrangement avec la réalité !

Ce dessin présente un autre aspect comique de la distorsion de la réalité telle que le personnage la vit ; Dulcinée – la figure idéalisé de la Dame selon les codes de chevalerie – n’est réelle que dans l’imaginaire de Don Quichotte. Le jour où il la rencontre, elle ne correspond pas du tout à son idéal… et pourtant, il s’accroche à ses illusions et se persuade qu’un enchanteur a transformé sa belle Dame, uniquement dans le but de le contrarier !

Ici, c’est le batailleur en puissance que j’ai dessiné. C’est d’ailleurs lui qui provoque la bagarre : « Je vous préviens, je vais vous mettre trois ou quatre baffes qui vont vous réveiller plus sûrement que si vous étiez un loir endormi ! » dit-il à ses adversaires. Le comique de la situation est que Don Quichotte ne sait pas se battre, qu’il se trompe d’ennemi et qu’il se retrouve toujours au tapis !

Ce dessin révèle encore une autre facette intéressante du personnage. Don Quichotte questionne Sancho sur ce qu’il y a de plus plaisant dans la vie. Sancho, qui désespère de trouver repos et pitance en compagnie d’un maître aussi désordonné que Don Quichotte, répond qu’il aime bien manger, bien boire, et dormir dans un bon lit. Mais le pauvre serviteur est décidément trop terre-à-terre pour son maître, pour qui le plus grand plaisir au monde est de triompher de son ennemi. Par la forme flasque que le personnage tient sur son épaule, j’ai voulu représenter l’ombre de cet ennemi vaincu. Le dessin illustre ce travers bien humain d’avoir toujours un ennemi à détester, à craindre ou à combattre.

Je me suis inspirée ici de Gustave Doré, qui a évidemment illustré Don Quichotte. Une de ses gravures représente le personnage assis dans un fauteuil, encore dans son vieux château avant qu’il ne se mette en route, et entouré d’une myriade de chimères et créatures légendaires sorties de ses lectures chevaleresques. Son imagination s’échauffe de ses visions, et ce pauvre vieillard idéaliste se pense investi d’une mission pour voler au secours des opprimés.

Don Quichotte croise des galériens enchaînés. Sachant toujours se présenter comme un personnage important, il s’approche et se met à questionner les galériens les uns après les autres sur leurs méfaits. Jugeant que ces hommes sont envoyés aux galères pour bien peu de choses, il ordonne à leur geôlier de les libérer, et celui-ci s’exécute, dans le doute et la peur que la réputation du chevalier semble imposer. En échange, Don Quichotte demande aux galériens d’aller raconter à Dulcinée l’exploit qu’il vient d’accomplir. Or, Dulcinée habite loin, cela signifie pour eux de reprendre la route, se faire encore capturer, de se faire encore maltraiter… se sentant floués, ils se mettent à jeter des pierres sur Don Quichotte qui, mortifié, se lamente de leur ingratitude.

De passage dans une auberge après une cuisante épreuve, Sancho propose à l’aubergiste de cacher les livres présents qui risquent de rallumer une étincelle belliqueuse dans l’esprit de Don Quichotte. Ils le droguent pour qu’il s’endorme, et font disparaître tous les livres pendant son sommeil. Quand il se réveille, Don Quichotte se demande où ils sont passés… et soupçonne encore un enchanteur d’avoir sévi. C’est un passage assez drôle, dont les ressorts sont courants dans toutes les comédies et scènes burlesques. Cet épisode fait référence également au contexte dans lequel Don Quichotte a été écrit. L’inquisition sévit encore et procède parfois à des autodafés de livres mis à l’index.

Encore sous le coup du faux chevalier qui a osé ternir sa réputation, faisant écho aux faux romans de Don Quichotte qui auraient été édités à l’époque de Cervantès, notre héros croise sur son chemin un bonimenteur de foire accompagné d’un singe savant qui, prétendument, répond oui ou non aux questions… Il s’empresse de lui demander devant témoin s’il est bien l’unique, le seul et valeureux Don Quichotte, à quoi le singe répond évidemment par l’affirmative… Encore une trait aussi naïf que pathétique du personnage de donner crédit à un singe dont personne n’est dupe.

Don Quichotte met ainsi un soin particulier à entretenir sa propre légende. Quand il se retrouve un jour à l’entrée d’un cirque, voyant un lion dans sa cage, il réclame immédiatement qu’on ouvre la porte de la cage… Comme Sancho, on frémit évidemment à l’issue fatale de la scène mais, par chance, il s’agit d’un vieux lion repu. Il sort de sa cage et se recouche aussitôt. Effet comique de la chute à l’opposé de ce qui était attendu ! Don Quichotte en profite pour s’enorgueillir de son exploit digne des plus grands héros de l’Antiquité, espérant encore que cela arrive jusqu’aux oreilles de Dulcinée.

Ce dessin met en avant le caractère roublard du personnage : Sancho réclame un salaire maintes fois promis, à quoi Don Quichotte répond qu’il lui donnerait bien quelque argent si cela ne tenait qu’à lui… Mais, dans tous les livres de chevalerie qu’il a lus, il ne se souvient pas qu’aucun chevalier ait rétribué son écuyer. Il ne peut donc contrevenir aux lois de la chevalerie !

Ce dessin illustre un des moments du roman où il s’avère que le personnage n’est pas du tout fou, en tout cas pas autant que Cervantès voudrait nous le faire croire. Don Quichotte demande à Sancho d’aller porter une lettre à Dulcinée pour savoir si elle l’aime vraiment. Si c’est le cas, il accepte de ne plus être fou (on apprend donc qu’il est conscient d’être fou) ; si elle ne l’aime pas, il sera fou pour de bon et donc ne souffrira pas… On peut sourire aux tours et détours que l’auteur nous fait prendre à propos de son personnage et sa prétendue folie. C’est aussi une astuce de Cervantès de faire passer son personnage pour fou, afin que son roman échappe aux censeurs. Au XVIe siècle les romans de chevalerie sont de plus en plus fustigés, un genre dans lequel on ne voit que bêtise, poison venimeux et pièges tendus par le démon. Don Quichotte en est une parfaite parodie.

Cette planche illustre un aspect un peu cruel du personnage : Sancho, las et dépité par tant de vains combats, décide un jour de quitter Don Quichotte. Ce dernier le traite d’âne et d’ingrat après toutes les belles aventures qu’ils ont vécues ensemble, et le fait ainsi culpabiliser de son abandon… tant et si bien que Sancho fait dix pas et se rend compte qu’il ne peut pas se passer de son maître. Le maître et le valet créent un binôme inséparable, tels Dom Juan et Sganarelle.

Ce dessin, le dernier de mon exposition, est un hommage au théâtre et au lieu qui accueille mes œuvres. Don Quichotte s’approche de tréteaux qui s’installent, annonciateurs d’un spectacle qui se prépare. Il tient un discours élogieux sur le théâtre, invitant Sancho à le tenir en estime, car les comédiens sont un miroir dans lequel chacun peut voir ses propres défauts. Cervantès, à la manière de Molière, dénonce dans un autre passage que j’ai également illustré, non pas les faux dévots mais les faux chevaliers, ceux qui se contentent de rester à la cour, habillés de brocart, alors que Don Quichotte, lui, se bat sur le terrain et traverse les déserts.

Vers la fin du second livre, alors que Sancho est revenu de son exil volontaire sur l’île Barataria qu’il n’a pas réussi à gouverner, Don Quichotte propose un retour au village. Un magnifique passage sur le retour à la nature… est-ce le retour de notre héros à sa propre nature ?
Toujours est-il que, à peine rentré au village, il tombe malade, s’alite et fait venir ses proches, sentant sa fin arriver. Un passage très beau et émouvant, où il abjure sa folie, avoue avoir été fou et n’avoir pas été raisonnable assez tôt, car il ne veut pas laisser au monde l’image d’un fou. Il dit son vrai nom, qui signifie « l’homme bon », et c’est l’image qu’il veut laisser de lui… C’est ainsi qu’il rend son dernier souffle. Vivre d’illusions a été un moteur dans sa vie, et il n’y renonce que pour mourir.
Dans vos dessins, Don Quichotte apparaît quelquefois en chevalier mais la plupart du temps, il donne l’impression de danser. Pourquoi cette interprétation ?
J’aime bien le théâtre gestuel et la danse. Après avoir sélectionné mes extraits à illustrer, j’ai fait appel à un modèle qui est comédien. Je lui ai lu les extraits choisis et je l’ai dirigé pour accentuer les poses. Oui, mes dessins peuvent évoquer une chorégraphie, car ce personnage est entraîné dans une cavalcade picaresque, il caracole et ne touche jamais terre. La gestuelle (des mains et des jambes) est accentuée dans la représentation de mon personnage. C’est la figure du fou médiéval, représenté parfois dans une danse rapide, rythmée, avec des gestes brusques et désordonnés, fou qui triomphe ensuite dans les cours à la Renaissance, que l’on retrouve plus tard dans les pièces de Shakespeare. La notion de folie évolue en effet avec Erasme et son Éloge de la folie, ou Brant et La Nef des fous, jusqu’à l’idée qu’elle est un miroir dans lequel chacun se reconnaît en voyant son portrait. Le chevalier de Cervantès se fait passer pour fou dans une sorte d’attitude de provocation qui tend au monde le miroir d’une société disloquée.

Il apparaît souvent torse nu ou en débardeur. Est-ce pour montrer justement le vrai Don Quichotte sous le masque du chevalier fantasque ?
Oui, j’ai eu la volonté de le « mettre à nu » de le montrer dans sa vérité, dans un dépouillement total. Le personnage est un nobliau désargenté, et son armure rouillée d’un autre siècle ne lui est pas d’une très grande aide pour avancer. Je l’ai donc habillé en guenilles et haillons, la chemise en lambeaux… Ses frusques sont aussi démodées que sa manière de penser selon un code de valeurs révolu.
Don Quichotte développe aussi une réflexion sur l’amour, qui est dans son cas transi et parfois pathétique, cela participe aussi du côté tragique de l’œuvre.
Par tradition, le chevalier répond aux codes de l’amour courtois, envers une Dame – Dulcinée – qui en l’occurrence n’existe pas. C’est le comble de l’amour fou que de continuer à aimer une créature, même quand on découvre qu’elle ne correspond pas à l’idée qu’on s’en était faite. Mais Don Quichotte préfère l’illusion à la réalité, reste fidèle à l’élue de son cœur selon les codes de chevalerie, et entretient sa légende qui le précède un peu partout, en veillant à ce que ses mérites soient vantés auprès de tous mais surtout auprès de cette Dame, ce qui le rend particulièrement ridicule, quand il pense que toutes les femmes lui courent après !
Quelle est l’image que vous vous faites de Don Quichotte ? Terry Gilliam l’avait représenté sous les traits de Jean Rochefort, Orson Welles sous ceux d’un acteur âgé et émacié. Pour vous, il est plutôt dans la quarantaine, encore dans la force de l’âge.
J’ai suivi l’archétype du personnage à la triste figure, long et sec, et ses sourires sont souvent des grimaces, pour moi il n’a pas d’âge. Il y a eu en effet de quelques tentatives peu convaincantes d’adaptation du roman au cinéma ; je pense que Jean Rochefort était l’acteur le plus proche d’une incarnation juste, ou du moins de l’idée que je m’en fais. Tout d’abord parce qu’il ne cherchait pas à être « comique », il avait cet air perdu, presque naïf, comme un enfant qui prend tout ce qui arrive comme quelque chose d’extraordinaire ou de terrible. Il exprimait parfaitement la dimension de désespoir et le pathétique du personnage trop idéaliste. Je pense que dès qu’on essaie de donner une intention comique au personnage de Don Quichotte, on est à côté de la plaque, parce que le personnage est déjà une caricature en lui-même. Il faut plutôt chercher son intériorité, et ce qui l’anime réellement. À moins peut-être d’une adaptation en série feuilletonannte, je pense que le roman ne répond pas tout à fait aux règles de narration d’un scénario pour le cinéma, au risque de transformer l’œuvre littéraire au point de la trahir ; peut-être aussi le personnage doit-il rester dans l’imaginaire d’un lecteur, et non pas d’un spectateur.

Vous vous spécialisez dans le portrait ; pour quelle raison ce genre graphique vous attire particulièrement ?
Je dessine en effet beaucoup de portraits, de figures, de silhouettes. Je me suis aperçue que c’était un moyen pour moi, pendant le confinement où j’ai réalisé ces portraits, de rester en lien avec le monde. Quand on dessine un portrait, on se rapproche de l’essence de quelqu’un. Parmi les premières personnes que j’ai dessinées (croquis noir et blanc, yeux en couleur), beaucoup se sont reconnues, ont retrouvé leur expression, qui ils sont vraiment… Les gens ont tellement pris l’habitude de se voir en photo qu’un portrait dessiné surprend forcément. J’aime aussi dessiner des nus, qui expriment pour moi toute la vulnérabilité des êtres. C’est un sujet qui me touche particulièrement et dont j’ai pris conscience dès mes premières séances de modèle vivant.
Vous avez choisi de réaliser vos dessins à l’encre de Chine et en noir et blanc. Pourquoi cette technique particulièrement et pourquoi l’absence de couleurs ?
J’aime beaucoup le noir et blanc. J’aime bien par exemple les photos de Brassaï : dans le noir qui couvre presque tout, la moindre étincelle de lumière prend une importance remarquable. J’adore les gravures de Gustave Doré. Joan Miró avait dessiné toute une série de personnages sur le thème du dictateur, avec des formes noires très inquiétantes. Ces sont des références fortes qui influencent mon travail.
Comme on l’a vu, Don Quichotte est théâtral, dans son comportement et son physique. Il le dit lui-même : « Aucune représentation ne peut nous représenter de manière aussi vivante que le théâtre et que les acteurs, ce que nous sommes et ce que nous devons être. » Est-ce aussi la raison pour laquelle vous exposez dans un théâtre ?

Mes Don Quichotte sont à mi-chemin entre le théâtre et le dessin, par la manière dont j’ai travaillé, et dont je l’ai représenté, et il est de fait un personnage spectaculaire. J’ai montré mon travail à mon ami Alexis Trégarot, qui est producteur de théâtre, et lui ai fait part de mon idée d’exposer dans un théâtre. Il a immédiatement pensé au Lepic, et c’était effectivement une idée excellente ! J’ai trouvé au théâtre Lepic un accueil formidable, et mon travail s’inscrit dans un écrin magnifique qui le met en valeur, un lieu dédié à la création théâtrale, à la littérature, réunissant un vivier d’artistes talentueux.
Y a-t-il d’autres personnages de la littérature qui vous inspirent ?
Je dirais Alice au pays des merveilles, j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié l’interprétation qu’en a faite Tim Burton, je me suis retrouvée dans son univers. Je pense également à l’Odyssée d’Homère ou à des pièces de Shakespeare, notamment Le Songe d’une nuit d’été car elle est peuplée de personnages extraordinaires qui m’inspirent.
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