Le cinéaste américain Antoine Fuqua tente l’impossible : réaliser un biopic sur la plus grande icône de la musique pop – Michael Jackson. Rien d’étonnant à ce que cette initiative divise d’emblée les critiques. Ce ne sont pas les qualités intrinsèques du film qui sont en question, mais le silence sur les accusations de pédophilie qui ont obscurci l’image de la star. Ces a priori sont infondés, car le film raconte la vie de l’artiste jusqu’à son triomphe en 1988, avant la retentissante affaire judiciaire. Malgré tout, Michael reste une énigme qui fascine et son culte perdure. Il a autant d’adorateurs que d’adversaires. En dépit de nombreuses schématisations, le film comblera ses fans. Il présente le personnage d’un enfant éternel dans ce monde de brutalité et de business, que l’artiste connaissait depuis sa prime enfance, qui l’a formé et le révulsait profondément.

Telle est l’histoire cinématographique, centrée autour du conflit avec le père tyran qui domine la famille Jackson (on pense aux prodigieux castrats de l’époque baroque, qui développaient leur talent au sein d’institutions religieuses très sévères, tel le célèbre Farinelli qui exaltait le public international d’autrefois.) Cette emprise paternelle forte ne détruit cependant pas l’enfant prodige et sensible qu’était Michael. Au contraire, elle est aussi bien son drame personnel que son chemin difficile d’émancipation, sa force et probablement son élan sacrificiel autodestructeur. Car il est évident que cet enfant fragile, devenu adolescent et adulte, se sent guidé par la mission de propager la beauté au milieu des violences familiales, urbaines, mondiales, dont témoignent ses clips et les paroles de ses chansons.
Le film montre les répétitions draconiennes orchestrées par le père, les tournées de la fratrie « Jackson 5 », les premiers succès dans des clubs de noirs, puis dans des salles de plus en plus prestigieuses avec un public mélangé, noir et blanc. L’enfant attire rapidement l’attention de managers. Il enregistre aussitôt un single, un album solo et permet ainsi l’ascension matérielle de sa famille, lui, fierté et esclave de son père. Ce rapport ambigu forme la trame principale du film, motif sans doute trop appuyé, et qui empêche d’approfondir la réalité plus complexe de cet artiste si mystérieux, homme-hybride au masque d’affiches publicitaires éclipsant ses ombres cachées. Selon le synopsis, d’enfant pauvre de l’Indiana, il devient une star planétaire, notamment grâce à son passage à MTV. Dès lors, il est autant respecté que les artistes blancs et son audience devient universelle.
Le réalisateur insiste surtout sur l’univers intime de l’enfant : premières inspirations – contes, films burlesques – monde peuplé de peluches et d’animaux, apparemment ses seuls vrais amis qui, curieusement, encombrent sa chambre d’adulte, comme si une part de lui restait préservée tout en entravant son accès à la maturité. Mais tel est ce personnage étrange, infantile et lucide. Ayant subi des sévices d’adultes, il refuse de quitter son enfance et lutte pour faire rayonner son utopie. Michael conserve sa voix aiguë de « castrat », angélique et imprégnée de la douleur d’un enfant battu, humilié. Les deux acteurs qui jouent le rôle principal réalisent un véritable exploit. Le jeune Michael est incarné par Juliano Krue Valdi, l’artiste adulte par Jaafar Jackson. Les voix des acteurs s’intègrent parfaitement dans les enregistrements documentaires grâce aux technologies et à la sensibilité musicale du réalisateur. La chorégraphie reconstituée ne déçoit pas. Cette performance impressionnante fait oublier les simplifications du scenario quant au trajet artistique et à la psychologie. Nous assistons aux tournages des clips légendaires, Bad, Thriller, aux concerts avec des plans rapprochés sur la scène où la star, entourée de ballets et d’effets scénographiques, magnétise le public en liesse. 
Le film se termine par le triomphe mondial de 1988 qui galvanise les foules pendant la tournée « Bad World Tour ». Cette exaltation touche le cœur de tout fan de Michael Jackson. Certaines scènes sont particulièrement émouvantes, celles par exemple où il parle avec des enfants malades dans un hôpital ou avec sa mère.
Bien que le film n’arrive pas à recréer entièrement ce personnage charismatique avec sa flamme d’ange et de démon, les adorateurs du King of Pop seront touchés par une vive émotion. Ils pardonneront au cinéaste son sentimentalisme hollywoodien qui ne gâche pas leur vrai plaisir de revivre la légende. Au moins, reste de la vie de Michael un enfant intact dans son Neverland…
Article rédigé par Maja Brick