Saulė Bliuvaitė : « Mon film montre une Lituanie qu’on n’a plus l’habitude de voir »

C’est un film qui a fait sensation au dernier festival de Locarno. Toxic, le premier long-métrage de la réalisatrice lituanienne Saulė Bliuvaitė, a en effet remporté le Léopard d’or, ainsi que deux autres prix, récompensant l’audace et la beauté esthétique de ce superbe film, aux tons gris-bleus, tout en grand angle, travellings latéraux et plans débullés, comme une suite de tableaux ou de photographies à la Diane Arbus et à la Gregory Crewdson. Le film, dont le titre même joue sur l’ambiguïté du terme (les relations sont toxiques tout comme l’environnement) raconte le parcours de deux adolescentes de treize et quatorze ans, Marija et Kristina, qui vivent dans une ville pauvre de banlieue lituanienne où la seule « attraction » est une centrale électrique soviétique désaffectée. Dans cet environnement désolé et laissé à l’abandon, les deux filles tentent de s’évader en postulant dans une école de mannequinat aux intentions quelque peu louches. Elles y feront la découverte de leur corps, subiront les diktats de la minceur à tout prix et tomberont dans la dépendance. C’est dans le cadre des festivals CinéBaltique[1] (festival des cinémas estoniens, lettons et lituaniens) et Regards Satellites[2] que Saulė Bliuvaitė a accepté de répondre aux questions d’À Rebours. Le film sortira en salle le 16 avril.

À Rebours : Toxic est votre premier long-métrage. Vous aviez déjà réalisé auparavant quatre courts-métrages. Qu’est-ce qui vous a décidé à sauter le pas et à vous dire qu’il était temps maintenant de faire votre premier long-métrage ?

Saulė Bliuvaitė : Dès mon premier court-métrage, j’ai eu envie de réaliser un long. C’est drôle car c’était notre grande ambition, à mes amis et moi, depuis le jour où l’on a intégré l’école de cinéma. C’est la raison pour laquelle nos courts-métrages duraient une demi-heure, ce qui est déjà beaucoup. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment ce qu’on pourrait appeler des courts-métrages, car la durée habituelle est plutôt de quinze minutes ou approchant. Dans mon film, j’ai vraiment cherché à installer une certaine atmosphère, à explorer des individualités complexes et il était difficile pour moi de traiter de cette complexité en vingt ou trente minutes. J’ai toujours voulu réaliser un long-métrage afin de disposer de suffisamment de temps à l’écran pour permettre au public de s’immerger aussi profondément que possible dans un univers particulier et je pense que Toxic a réussi à bâtir une structure nuancée et subtile. Et pour ce faire, j’avais besoin d’une heure et demie afin d’être complètement satisfaite.

Ce film raconte comment deux adolescentes d’une cité industrielle pauvre de Lituanie échappent à leur quotidien en se présentant à un casting pour devenir mannequins. Vous avez indiqué vous être inspirée d’éléments de votre propre vie. Dans quelle mesure ce film est-il autobiographique ? L’environnement (social et familial), le parcours de ces adolescentes ? Tout cela à la fois ?

Je dirais que c’est tout un ensemble d’éléments différents à la fois. Je me suis inspirée de personnes que j’ai rencontrées dans la vraie vie : famille, amis de jeunesse, et moi-même, du moins la personne que j’étais alors que j’étais ado. Mais je pense qu’il y a un malentendu autour de cela, car les gens prennent ce film pour une sorte d’autobiographie. En effet, je brode une histoire qui part de moi-même, à cette période spécifique de ma vie, avec toute l’anxiété et tous les doutes existentiels, sur qui je suis et où je vais, qui l’accompagnent. Mais il traite surtout, par le biais d’une métaphore, de l’adolescence en général, et j’espère que le public de cet âge-là se sentira concerné.

L’élément central du film est le rapport au corps, en l’occurrence le corps imparfait dans le cas de Marija puisqu’elle boite. C’est le corps qui change, qu’on découvre à la puberté, qui devient objet de désir. C’est aussi un outil, voire une arme qui permet d’échapper à sa condition sociale. Il est donc un moyen d’émancipation mais il est également vulnérable, puisque de mauvaises personnes peuvent en prendre possession, exercer un ascendant sur lui, qu’il s’agisse des hommes ou de l’agence de mannequins. Cette ambiguïté du corps a-t-elle été comme une évidence pour vous ?   

Je joue beaucoup sur l’ambiguïté et j’adore ça. C’est comme ça que je perçois la vie et l’art dans sa globalité. Les êtres humains sont ambigus de nature et le thème du corps des jeunes filles adolescentes met bien en évidence ce caractère. J’ai nourri mon scénario à partir d’éléments relatifs à la manière dont je vivais et à ce qu’on pouvait me dire à cette période de ma vie, par exemple toute cette foule de menus détails sur comment vous devez vous comporter en société et sur ce que sera votre avenir. Votre corps devient alors une marchandise et vous vous retrouvez dans une position où tout le monde envie votre jeunesse et, même si cela peut sembler cru, veut boire votre sang de jeune fille innocente pour en faire commerce et le réserver à leur usage personnel. C’est ce que cette agence de mannequins très trouble essaye de faire. Non seulement l’agence, mais aussi tous les gens qui interagissent avec ces filles et qui veulent s’emparer d’un morceau d’elles. J’ai essayé de narrer cette histoire sous un angle qui montre ces filles en train de lutter chaque jour pour se défendre de ces vautours qui gravitent autour d’elles. Parfois, vous devez vous transformer vous-même en combattant pour vous préserver dans un environnement sûr. C’est très rude.

Le monde de la mode n’est pas tellement montré et n’est pas le cœur du film, il est en arrière-plan, même si ses contraintes comme l’exigence de la minceur exercent leur emprise sur les jeunes filles candidates, qui se font vomir ou qui ingurgitent des ténias qu’elles achètent sur le dark web. Est-ce que vous vouliez éviter justement de réaliser un énième film sur la mode et ses conséquences ?

Je n’ai jamais souhaité entrer dans les détails de cette industrie et réaliser un film entier là-dessus. Cette soi-disant école de mannequins que vous voyez dans le film n’appartient même pas à ce monde. Ce n’est qu’un organisme qui prétend en faire partie, une tumeur qui grossit dans les banlieues alors que cette grosse industrie de la mode qui brasse tant d’argent se trouve plutôt dans les grandes villes. Ici, on ne voit qu’un appendice où des gens tentent de gagner de l’argent sur les espoirs et les rêves de jeunes filles. Tourner un film sur le monde de la mode aurait été assez stéréotypé car tout le monde a des préjugés sur sa mauvaise influence et la manière dont il peut faire souffrir les gens. Je ne voulais pas insister sur ce que tout le monde sait déjà.

Comment avez-vous sélectionné vos actrices ? Était-il difficile de trouver ces deux jolies et pourtant fragiles jeunes filles ?

Le processus du casting a pris un certain temps, presque deux ans ; j’avais tout d’abord choisi d’autres filles mais le temps de rassembler le financement nécessaire, elles étaient déjà devenues trop âgées pour le rôle. Elles étaient de toute façon dès le départ plus âgées, puisqu’elles avaient dix-sept et vingt ans. À l’origine, je voulais des actrices adultes car le regard que vous portez sur elles est différent. Voir des femmes plus matures adopter le comportement qui est montré dans le film aurait été moins gênant qu’avec des actrices de treize ans. Certains spectateurs pourraient se dire : « Je déteste ce genre de films qui emploient des enfants. » Mais, de mon point de vue, choisir des femmes avec un corps complètement formé pour incarner des jeunes filles troublerait encore davantage la perception du public. Donc j’ai pris la décision de choisir des jeunes filles qui joueraient comme si elles étaient un peu plus âgées, et non l’inverse. Malgré cela, quand j’ai commencé le tournage, je n’étais toujours pas certaine de pouvoir les garder. Celle qui joue Kristina a fêté ses treize ans pendant le tournage, elle était en classe de sixième et nous avons dû redoubler d’efforts pour lui ménager un environnement où elle puisse s’épanouir, puisqu’elle devait faire des choses qu’elle n’avait jamais faites auparavant. Nous devions trouver un moyen de rendre cette expérience adéquate pour son âge…

C’est un film sur des adolescents évoluant dans un monde où les adultes sont quasi absents. Cela représentait-il un défi pour vous de travailler presque exclusivement avec des jeunes ?

Tous ces acteurs jouaient pour la première fois et n’avaient aucune expérience professionnelle. Au début, cela pouvait paraître assez inquiétant mais l’imagination que ces gamins parviennent à déployer est tellement immense que, finalement, le tournage a été très relaxant. Vous pouviez leur donner quelques éléments de situation pour décrire le contexte global de la scène et ils y allaient à fond. C’était très beau à voir et on a utilisé cette imagination sans limites pour improviser des scènes et se plonger véritablement dans les personnages. Les acteurs professionnels, qui sont des adultes, ont l’habitude de poser un tas de questions : « Pourquoi est-ce que je dis ceci ? Pourquoi est-ce que je fais cela ? » et vous êtes contraint de discuter des heures durant sur la raison pour laquelle telle phrase est prononcée à tel moment. Alors qu’avec les gamins, cela donne plutôt ça : « Très bien, OK, je vois. » C’était très libérateur. Les enfants partagent quelques scènes avec les adultes (la plupart d’entre eux étant des interprètes assez connus en Lituanie), et ces derniers n’étaient au départ pas très sûrs du procédé, car nous improvisions beaucoup et nous ne passions pas notre temps à philosopher sur le sens des répliques, les enfants se lassant très vite. Ils ont donc demandé : « Qu’est-ce qu’on est en train de faire ? Pourquoi est-ce qu’on répète quelque chose qui n’est même pas dans le scénario ? » Puis ils se sont mis dans l’ambiance et ils ont été finalement très heureux de travailler ainsi.

Toxic parle aussi du traitement réservé à la différence et du harcèlement. Ainsi Marija se fait maltraiter car elle boite. Elle est victime de regards insistants ou de moqueries. Est-ce quelque chose qui vous tient à cœur ?  

Quand vous êtes un ado, vous vous sentez très souvent à part, un peu bizarre. Ça a été mon cas aussi, quand j’étais gamine. Il y a toujours un léger détail dans votre apparence qui vous inquiète et vous donne cette sensation d’étrangeté. Cela me parle et je pense que c’est le cas pour de nombreuses personnes à un moment donné de leur vie. Le point principal n’est pas spécifiquement la boiterie de Marija mais plus globalement le physique hors du commun de cette grande fille pâle et dégingandée dont les membres ont grandi trop vite et auxquels elle ne s’est pas encore habituée pour apprivoiser son corps.

Les relations entre hommes et femmes semblent difficiles : les filles ont des rêves d’évasion, qu’elles assouvissent par le mannequinat, la drogue ou l’alcool ; les hommes sont plus violents, ils exercent leur domination et sont guidés par leurs pulsions sexuelles. Il y a malgré tout un personnage qui nuance ce portrait, celui du père de Kristina, qui vend sa voiture et se sacrifie pour qu’elle s’en sorte. Est-ce pour montrer que dans ce tableau très sombre, il y a malgré tout une dose d’espoir ?

Il y en a sans aucun doute ! Certains personnages sont perçus de manière parfois fort différente. Par exemple, ce personnage que vous venez de mentionner a pu être vu comme quelqu’un de mauvais. Je trouve cela très étrange, car je l’ai toujours considéré comme un père aimant ; même s’il est très défaillant, il possède en lui cet amour profond pour sa fille, qu’il ne sait pas très bien exprimer. Il s’est toujours senti éloigné de ses préoccupations. Mais comme vous l’avez remarqué, il vend sa voiture car, pour lui, c’est un moyen approprié de montrer son amour et le soutien qu’il apporte à sa fille, même si ça peut sembler ridicule. Il ne sait pas ce qu’il se passe dans cette école de mannequins mais il lui fait confiance. Je pense à cette scène en particulier où il prononce une phrase typique du papa fier : « C’est ma fille ! Elle est mannequin. » Et ensuite, on voit par contraste Marija et sa mère qui lui dit : « Quel genre de mannequin pourrais-tu bien être ? Tu boites. » Elle rabaisse sa fille, contrairement à lui. Donc, pour moi, ce personnage est très humain, aimant, même si son comportement est un peu bancal.

Vous décrivez une jeunesse désœuvrée, fragile, sans grand avenir. Même s’il n’y a pas vraiment de repères temporels, on se rend compte que l’action est située dans une Lituanie post-URSS. Est-ce un sujet particulièrement préoccupant dans la Lituanie d’aujourd’hui ?

Beaucoup de gens pensent que ce film se déroule dans les années 90 ou 2000. Mais ce n’est pas le cas, il se déroule de nos jours. Même si l’on n’y prête pas beaucoup d’attention, on peut repérer des smartphones, par exemple, dans certaines scènes. Mon idée était de dépeindre un lieu qui soit en quelque sorte figé dans le temps. Au début, je pensais le situer dans les années 2000, à l’époque post-URSS comme vous l’avez dit, mais ensuite, lorsque j’ai commencé à rencontrer des adolescents pour le casting, à leur parler et à écouter leurs histoires, j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas si différents de l’adolescente que j’étais. J’ai voyagé en Lituanie pour trouver des lieux de tournage et j’ai vu des enfants traîner dans des bâtiments abandonnés. Je me suis dit : « Attends, c’était déjà le cas il y a vingt ans, et ça a toujours lieu dans les banlieues aujourd’hui ! ». Je me suis surprise à faire partie de ces gens qui emménagent dans une grande ville moderne et qui pensent qu’il n’existe rien en dehors de ça. Il fallait donc que le film se déroule de nos jours, dans des endroits que les gens n’ont pas l’habitude de visiter et qui ne ressemblent pas vraiment à la jolie Lituanie qu’on veut montrer dans les prospectus touristiques. Beaucoup de Lituaniens pourraient dire que je dépeins le pays sous un mauvais jour, que beaucoup de temps s’est écoulé depuis les années sombres de l’URSS, lorsque la Lituanie n’était qu’un élément parmi d’autres de l’empire soviétique en déliquescence. Et ils auraient raison. Lorsqu’on se rend dans la capitale ou même ailleurs, on ne se rend pas compte qu’il existe de tels endroits qui donnent la chair de poule et pourtant, ils sont là, toujours bloqués trente ans en arrière. Et la population qui y vit encore ne parvient pas à s’adapter au progrès, aux nouvelles voitures, aux nouveaux appareils, aux nouvelles technologies qui évoluent sans cesse. D’un côté, certains s’enrichissent et profitent pleinement de la nouvelle Lituanie mais d’un autre côté, d’autres continuent à lutter pour survivre et je voulais montrer justement cette partie du pays et sa population pour les mettre en lumière.

Le paysage est un élément très important du film : les couleurs dominantes sont le gris et le bleu. Ainsi, la salle où se déroule le casting est d’une froideur presque clinique. L’extérieur montre un paysage industriel désolé d’une centrale électrique qui semble à l’abandon, dont les câbles et lignes à haute tension ressemblent à des tentacules prêts à dévorer les habitants. Est-ce pour mettre en évidence la déshumanisation de cet endroit ?  

Oui, il y a un contraste entre ces jeunes qui essaient de faire quelque chose de leur vie, qui aspirent à l’amour et à l’amitié et cet environnement froid et stérile. Mais il ne s’agit pas tant d’une description de ce lieu en particulier que d’une métaphore du vide que ressentent ces jeunes. Ils se rendent compte qu’ils ne parviendront pas à trouver leur place dans ce monde s’ils restent bloqués ici. Marija, quant à elle, essaie simplement de prendre part à la vie qui se déroule autour d’elle mais elle n’arrive pas à se ménager un environnement sécurisé. Comme vous l’avez remarqué, la froideur clinique de cette école de mannequins relève de l’abstrait. Elle s’applique à tous ces organismes frauduleux qui vous promettent monts et merveilles. L’agence est un élément à part dans cet environnement industriel en friche où les rues sont sales et les bâtiments abandonnés. Dans cette agence, tout est propre et parfait.

On se croitait presque dans un film de Cronenberg, Faux Semblants par exemple.

Tout à fait ! J’ai souhaité installer cette ambiance mystérieuse et étrange, dans une pièce sans aucune fenêtre, qui ressemblerait presque à une secte. Vous savez, comme lorsque vous sentez que quelque chose de mauvais est sur le point d’arriver, qu’il y a dans l’air une comme une petite musique sinistre que vous ne parvenez pas totalement à saisir ou comprendre.

Vous accordez une grande importance au symbolisme des images. Prenons par exemple la baignoire remplie de fleurs, comme dans American Beauty. Il ne s’agit pas ici de roses rouges, mais de roses blanches, comme pour signifier la virginité et la pureté. Or, cette pureté est souillée car l’eau du bain est verdâtre. Est-ce également votre interprétation ?

La vôtre est pertinente. Je n’y avais jamais pensé, même si j’avais déjà American Beauty en tête. Sur le tournage, nous avions réalisé ce plan supplémentaire de la baignoire remplie d’eau avec des fleurs, sans intention spécifique car la scène ne figurait pas dans le scénario. Les vendeurs de fleurs à la sauvette, dans la rue, ont pour habitude de déposer celles qu’ils n’ont pas vendues dans l’eau pour les rafraîchir et les conserver le plus longtemps possible. Ce n’est qu’en salle de montage que la signification nous a sauté aux yeux. J’avais besoin de faire entendre cette conversation au téléphone entre Marija et sa mère, qu’on entend en voix off dans cette scène. Car c’est à la suite de cette conversation que Marija décide d’intégrer l’école de mannequins et d’agir pour elle-même, en rejetant son environnement familial. Cela montre surtout, symboliquement, que Marija est prête à ouvrir le prochain chapitre de sa vie. C’était ça, mon interprétation.

Un autre symbole est celui du casier de Marija, dans les vestiaires, au début du film. Elle fixe la caméra qui est placée à l’intérieur, comme si elle regardait le spectateur, et qui fait un zoom arrière. On entre ainsi avec elle dans un monde parallèle, un monde de fantasmes, telle Alice au pays des merveilles. Est-ce l’effet que vous recherchiez ?

Je n’y avais pas pensé, mais c’est un excellent parallèle, je vous remercie. Cette image n’avait pas vraiment de sens caché pour moi, au départ. Nous étions censés tourner ce plan depuis l’arrière du casier et j’ai suggéré au directeur de la photographie de faire un zoom arrière. Je pensais à Dans la peau de John Malkovich, si vous vous souvenez de ce passage où le protagoniste pénètre dans une sorte de portail et change d’identité en devenant une tout autre personne.

L’aspect esthétique du film est très important pour vous : vous filmez souvent en grand angle, avec des plans fixes où les acteurs posent, comme s’ils étaient en attente, peut-être d’un meilleur avenir ? Vous avez également recours aux travellings latéraux, aux plans débullés. Peut-on dire de Toxic que c’est comme une suite de tableaux ou de photographies prises sur le vif ? Quel était l’effet recherché ?

Nous cherchions à mettre en valeur des points de vue spécifiques pour chaque scène. Et je pense en effet que ces plans statiques peuvent s’apparenter à des peintures en mouvement. Nous avons pris comme références de nombreuses photographies, qui nous ont beaucoup inspirés et qui ont exercé une réelle influence sur le cadrage. Je pense ainsi aux photos de Diane Arbus, de Rineke Dijkstra, de Bieke Depoorter et de cette photographe américaine que j’adore (je l’ai découverte récemment) qui s’appelle Brenda Ann Kenneally. Elle a pour habitude de photographier des familles américaines qui vivent dans les banlieues de New York et d’autres grandes villes. Elle a un site Internet où l’on peut consulter les albums de chaque famille qu’elle a suivie sur une vingtaine d’années. On voit l’évolution de chacun des membres : des photos montrent ainsi des enfants innocents qui grandissent et sur celles d’après, on les voit porter des bracelets électroniques car ils ont plongé dans la criminalité et ont été arrêtés. Je qualifierais mon style de cadrage de « documentaire », et ça fonctionne très bien.

Le film se termine de manière ambiguë : une voiture tourne en rond sur un parking, comme si l’avenir de ces jeunes était bouché ; c’est un point de vue assez pessimiste. 

Non, au contraire, je dirais justement qu’il est très optimiste. Mais il faut tenir compte des deux dernières scènes du film. Avant le dernier plan, qui est la scène de la voiture, on voit les filles jouer au basket avec leurs amis et redevenir des enfants ; elles oublient ces histoires d’adultes qui leur sont tombées dessus. Et la voiture qu’on voit dans la dernière scène est le taxi qui avait été vendu par le père de Kristina. Il y a quelques détails qui permettent de le remarquer. La voiture n’a pas bougé de tout le film et, à la fin, elle devient complètement folle. Ce n’est plus un taxi, c’est la voiture d’un fou qui aspire peut-être à la liberté. C’est comme ça que je le vois. Pour moi, la fin est pleine d’espoir.

Y a-t-il des films ou des cinéastes dont vous revendiquez l’influence ? On peut penser à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn par exemple. Ou The Substance de Coralie Fargeat, même s’il a été tourné très récemment.

Je crois que The Neon Demon est, de fait, le seul film de fiction sur le mannequinat que j’apprécie vraiment. Je ne suis pas une grande fan de The Substance. Je comprends l’engouement qu’il suscite, mais je ne suis pas vraiment entrée dedans. Avec mon directeur de la photographie, nous avons visionné de nombreux films d’Ulrich Seidl. J’aime aussi Eliza Hittman, Harmony Korine et la Nouvelle Vague grecque, du moins ses débuts. Nous avons été très inspirés par l’originalité, mais aussi l’humilité de ces cinéastes. Par exemple, dans les films d’Eliza Hittman, les personnages sont tellement humains, dans leur aspect le plus brut… Je me reconnais beaucoup dans ce genre de représentation. Elle filme très souvent de jeunes gens, des adolescents, comme dans les Bums de plage ou Never Rarely Sometimes Always, et les montre comme des êtres humains à part entière, pas comme des adolescents diaboliques ou au contraire angéliques. Elle adopte un point de vue ambigu, loin d’être binaire, et c’est ça qui me plaît.

Toxic a remporté le Léopard d’or au festival de Locarno ainsi que deux autres prix. Estimez-vous que cette récompense vous impose une certaine pression ? Notamment en ce qui concerne vos prochains films ?

Bien sûr. Maintenant, on s’attend à ce que mon deuxième film soit encore meilleur, plus grand, plus parfait dans tous les sens du terme. Je pense que je vais devoir m’imposer une certaine discipline pour ne plus y penser du tout, voire pour me rebeller contre tout ce que ça induit. Je comprends pourquoi certains cinéastes font de leur deuxième film un truc complètement barré, comme Harmony Korine. Il a réalisé son premier long-métrage, Gummo, et ensuite est venu ce film, Julien Donkey-Boy, qui est vraiment cinglé… Il n’aurait pas pu le faire avant Gummo, qui est un vrai long métrage classique avec une histoire linéaire. Julien Donkey-Boy est quant à lui très expérimental, de mon point de vue. C’est une sorte de révolte contre le succès de Gummo ; en général, on attend du réalisateur qu’il s’oriente davantage vers ce type de narration fluide, plus adaptée à un large public. Les premiers films sont toujours considérés comme des œuvres imparfaites, parfois étranges, comme une sorte d’anomalie qui sera corrigée plus tard. Au fond, j’adore tourner ce genre de films, qui montre les adolescents sous un jour original.

Quels sont vos projets justement ?

Je pense qu’il est encore trop tôt pour en parler. J’ai réussi à garder le secret pendant le tournage de Toxic. Je ne parlais de mes intentions qu’à mon équipe. Et c’est très bien comme ça, car ça permet d’éviter de tirer des plans sur la comète ou que les gens aient trop d’attentes. Je vais donc rester aussi mystérieuse que possible. Les idées commencent tout juste à émerger, mais je ne sais pas trop ce qui va en ressortir. Peut-être que je laisserai tout tomber à un moment donné. Nous verrons bien.

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=ImMyk4qlN3o

Entretien réalisé et traduit de l’anglais par Guillaume Narguet

 

Saulė Bliuvaitė : ‘My film shows a Lithuania that we are not used to seeing any more’

 

It’s a film that made waves at the recent Locarno Film Festival. Toxic, the first feature film by Lithuanian director Saulė Bliuvaitė, won the Golden Leopard, as well as two other prizes, in recognition of the boldness and aesthetic beauty of this superb film, with its grey-blue tones, wide angles, tracking shots and Dutch angles, like a series of paintings or photographs à la Diane Arbus and Gregory Crewdson. The film, whose very title plays on the ambiguity of the term (relationships are toxic, as is the environment), tells the story of two teenage girls, Marija and Kristina, aged thirteen and fourteen, who live in a poor suburban Lithuanian town where the only ‘attraction’ is a disused Soviet power station. In this desolate, abandoned environment, the two girls try to escape by applying to a modelling school with somewhat dubious intentions. There they discover their own bodies, suffer the diktats of thinness at all costs and fall into addiction. Saulė Bliuvaitė agreed to answer À Rebours’ questions as part of the CinéBaltique (festival of Estonian, Latvian and Lithuanian cinema) and Regards Satellites festivals. The film will be released in cinemas on 16 April.

À Rebours : Toxic is your first feature film. You had already made four short films. What made you say it was time to make your first feature film?

Saulė Bliuvaitė : Ever since my first short film, I’ve dreamed of making a feature-length film. It’s funny because that was our huge ambition, for my friends and I, from the moment we entered film school. That’s why our short films were already thirty minutes long. It’s not quite what you would call a short film, which is usually like fifteen minutes or so. I really aspired to create an atmosphere and explore some complex characters and it was hard for me to introduce some complexity in even twenty or thirty minutes. I’ve always wanted to make a feature to have enough screen time to make the audience dive deeper into a particumar universe and I think Toxic succeeded in showing a complex and interlined structure. I really needed an hour and a half to be satisfied myself.

This film tells the story of how two teenage girls from a poor industrial estate in Lithuania escape their everyday lives by taking part in a casting to become models. You said that you were inspired by elements of your own life. To what extent is this film autobiographical? The environment (social and family), the journey of these teenage girls? All at the same time?

I would say it’s a lot of different elements at the same time. I based many characters on the people that I know: my family, my friends when I was a teenager and myself, the person I was during my teenage years. But I think there’s a misconception because people perceive this film as some kind of autobiography. Indeed, I’m telling a story on myself in this current stage of my life, with the current anxiety and uncertainty of who you are and where you go when you have this age. But it deals, even metaphorically, with adolescence in general, and I hope that audience of this age will be able to relate to it.

The central element of the film is the relationship with the body, in Marija’s case the imperfect body because she has a limp. It’s the body that changes, that we discover at puberty, that becomes an object of desire. It’s also a tool, even a weapon, for escaping from one’s social condition. It is therefore a means of emancipation, but it is also vulnerable, since the wrong people can take possession of it, whether it be men or the modelling agency. Was this ambiguity of the body obvious to you?

I play a lot with ambiguity and I love it. That’s how I perceive life and art in general. Humans are ambiguous by nature and this topic of teenage girls bodies highlight this fact. I based my script on how I lived and what was said to me when I was a teenager, concerning this kind of little details on how you should behave and what you should become when you’re a teenage girl. Your body becomes a commodity and you find yourself in a position where everybody wants this youth and, even if that could sound hard, wants to drink this young girl’s blood to somehow monetize it, to make it of use for themselves. This is what that shady agency tries to make. Not only the agency but also the general people who interact with these girls and want to take a piece of them. I tried to portray this story in a way where these girls have to struggle every day to fend off everybody with vultures flying around. Sometimes you have to become a warrior just to create a safe place for yourself. It’s very harsh.

The world of fashion isn’t shown very much and isn’t at the heart of the film, it’s in the background, even if its dictatorship of thinness at all costs is a pressure on young girls, who make themselves vomit or even ingest tapeworms that they buy on the dark web. Did you want to avoid making yet another film about fashion and its consequences?

I never aspired to go into details about this industry and make an entire movie about it. This so-called modelling school you see in the film is not even what I could call a part of the industry. It’s just some institution that portrays itself to belong to this world, some kind of underbelly contaminating the outskirts of big cities which do have this big industry of fashion with a lot of money. Here, you see this appendix in which some people try to cash in on hopes and dreams of girls. Making a film about the fashion industry would have been quite stereotypical because everybody has prejudices about how this industry may be bad and makes people suffer. I wasn’t really interested in emphasizing something that people already know.

How did you cast your actresses? Was it difficult to find these two beautiful but yet fragile girls for this film?

The casting process took quite a long time, almost two years; I actually had cast other girls for the role and by the time we raised the money, they had already become too old for it. They were already older, since they were 17 and 20. At the beginning, I wanted adult actresses because the way you perceive and look at them is different. Watching grown up women doing the things you see in the film wouldn’t have seemed as uncomfortable as with 13-year-old actresses. Some viewers may think: ‘I hate that kind of films involving children’. But, to my mind, casting women with a fully formed body playing young girls messes up even more the audience’s perception. So I took the decision to portray young girls acting like they’re older, and not the other way around. But still, when I started shooting, I wasn’t sure to keep them. The girl who plays Kristina turned 13 during shooting, she was in 6th grade and we had to put a lot of efforts to create a safe environment, because she was doing a lot of things that she’d never done before. We had to find a way to make it adequately…

It is a film about teenagers in a world where adults are almost absent. Was it a challenge for you to work only with actors of that age?

All of them were first time actors who didn’t have any professional experience. At first, it was quite worrying, but the imagination these kids have is so huge that, finally, the shooting was relaxing. You could give some situation just to describe what is happening in the scene and they would get straight to the point. It was so beautiful to see because we used this enormous imagination to create scenes and get into the characters. Professional adult actors use to have a lot of questions: ‘Why am I saying this? Why am I doing that?’ and you have to chat for hours on why such a phrase is being said. Whereas, with the kids, it’s like: ‘All right, OK, I see.’ It was so liberating. The kids share a few scenes with adults (most of them being well-known professionnals in Lithuania), who were at first not really sure about this process, because we were improvising things that were not in the script and we were not philosophizing about it (the kids get bored quickly). So they asked: ‘What are we doing? Why are we rehearsing something that is not in the script?’ But then, they really got into the mood of this and they were really happy to work this way.

Toxic also deals with the treatment of difference and bullying. Marija, for example, is bullied because she has a limp. She is the victim of insistent stares and mockery. Is this something close to your heart?

When you’re a teenager, you often feel like you’re kind of weird or apart from the others. I felt like this myself, when I was a kid. There always was some detail in your appearance that made you insecure and look like a weirdo. I relate to this and I think a lot of people relate to this at some part of their lives. The main point is not the limp in particular, but more globally the weird physique of this tall and pale young girl whose limbs have become so long, she hasn’t even got used to the length of them and to the way to move her body.

Relationships between men and women seem difficult: the girls dream of escaping, through modelling, drugs or alcohol; the men are more violent, dominating and being guided by their sexual needs. There is, however, one character who nuances this portrait, Kristina’s father, who sells his car and makes sacrifices to help her get by. Is this to show that in this very bleak picture, there is nevertheless a dose of hope?

There absolutely is. A lot of people perceive certain characters in a very different way. For example, this character you’ve just mentionned has been seen as a bad character. I find this weird, I’ve always seen him as a loving father; even if he’s so flawed, he possesses this love deep in him, and he doesn’t really know how to express it. He always seem far away. But as you said, he sells his car because he thinks that it is an appropriate way to show his love and support to his daughter, even if it seems stupid. He doesn’t know what is happening in this modeling school but he trusts her. There is this particular scene where he says this proud father sentence: ‘This is my daughter! She’s a model.’ And then, we see in contrast Marija and her mother, who says: ‘What kind of model would you be? You’re limping.’ She just degrades her daughter, contrary to him. So, for me, this character is very human, loving, but flawed.

You describe an idle, fragile youth with no great future. Even though there are no real time references, we realise that the action is set in a post-USSR Lithuania. Is this a particularly worrying subject in today’s Lithuania?

A lot of people think that this film is set in the 90s or 2000s. Actually, it’s not. It’s set nowadays. Not much attention is put to it, but we can see smartphones for example in certain scenes. My idea was to portray a place which is kind of stuck in time. At first, I thought to set it back in the 2000s, in the post USSR times as you said, but then, when I started to meet teenagers for the casting, talk to them and hear their stories, I realized they were not that different from the teenager I was so many years ago. I travelled around Lithuania to look for locations and I saw kids hanging out in abandoned buildings. I said to myself: ‘Wait, it was already the case twenty years ago, it’s still happening in the outskirts. I caught myself being one of these people who just moved to the city and think that nobody else exists anymore outside of this big city. So it had to be set nowadays, in places people don’t usually visit, which are not the pretty face of the country. A lot of Lithuanians could say that I’m portraying Lithuania in a bad way, that a lot of time has passed from these dark times, when Lithuania was one landscape of the failing Soviet empire. I think they would be right. When you go to the capital, or many places in Lithuania, you don’t see such creepy things but nonetheless, there are still some places that are still stuck in time. And people who still live there cannot catch up with this times changing, with new cars, new devices, new technology evolving all the time. On the one hand, some people are getting rich and live in a new Lithuania, but on the other hand, some others keep struggling. And I wanted to portray that part of the country to relate and emphasize.

The landscape is a very important element in the film: the dominant colours are grey and blue. The room where the casting takes place is almost clinical in its coldness. The exterior shows the desolate industrial landscape of an abandoned power station, its cables and high-voltage lines like tentacles ready to devour its inhabitants. Is this to highlight the dehumanisation of the place?

Yes, there is a contrast between these young people trying to create some action and aspiring for love and friendship and this cold environment. But it’s not so much a description of this specific place, but rather a metaphor of emptiness which these kids feel. They realize they cannot find their place in this world. Marija is just trying to be a part of something but she cannot find some safe place for herself. This, as you said, clinical environment of this modeling school is also abstract. It represents any institution that says: ‘Come here and we will give you a golden ticket.’ The agency is really detached from the rest of what you can see, like the industrial buildings, the dirty streets and other abandoned things. Here, everything is clean and perfect.

It is like being in a Cronenberg movie, Dead Ringers for example.

Totally! I wanted to create a weird and mysterious environment, in this room without any windows, which would look like a cult. You know, when you feel that something bad is happening, that there is some kind of sinister vibe but you cannot grasp what exactly.

You attach great importance to the symbolism of images. Take, for example, the bathtub filled with flowers, as in American Beauty. These are not red roses, but white ones, as if to signify virginity and purity. But this purity is tainted, dirty because the bath water is greenish. Is this your interpretation too?

Your interpretation is quite nice. I never thought about this before, even if I did have American Beauty in mind. On the set, we had made this extra shot of the bathroom with flowers in it. Street vendors usually drop the flowers they haven’t sold into the water to cool them down and keep them for as long as possible. But actually, the meaning has been identified in the editing room, because it wasn’t supposed to be in the script at all and I needed this conversation between Maria and her mother, which you hear as a voice over in this shot. Maria, after this conversation, decides to enter this modeling school and take some action for herself, by rejecting the environment she lives in. So it was actually a symbol for Maria to continue on living the next chapter of her life. That was my own interpretation.

Another symbol is Marija’s locker in the changing rooms at the beginning of the film. She looks at the camera inside, as if she were looking at the viewer, and it zooms out. We enter a parallel world with her, a world of fantasies, like Alice in Wonderland. Is that the effect you were going for?

I wasn’t thinking about that, but it’s a great parallel, thank you. This kind of image had no hidden meaning in itself, at first. We were supposed to have this shot from the back of the locker and I suggested to the DOP we could go back. I was thinking about Being John Malkovich, if you remember that still, with a sort of portal they go in to become somebody else.

The aesthetics of the film are very important to you: you often shoot from a wide angle, with fixed shots where the actors pose, as if waiting, perhaps for a better future? You also use lateral travellings (sideways tracking shots) and Dutch angles. Can we say that Toxic is like a series of paintings or photographs taken on the spot? What was the desired effect?

We were kind of looking for some peculiar points of view to every scene. And I think these static shots really became moving paintings. We used a lot of photographs for the references, they really impacted the framing because they inspired us a lot. We watched photographs of Diane Arbus, Rineke Dijkstra, Bieke Depoorter and this American photographer, who I really love (I’ve just discovered her) and whose name is Brenda Ann Kenneally. She takes pictures of suburban American families near New York and other places. She has a website where you can see albums for every family she photographed. She has followed them for like 20 years. You see them evolve, from being innocent kids who grow up and, one day, you see them with leg bracelets because they plunged into crime and have been arrested. It’s a documentary style of framing, and everything works really well.

The film ends in an ambiguous way: somebody drive a car which goes round in circles in a car park, as if their future were blocked; it’s a rather pessimistic point of view.

No, on the contrary, I would say it is very optimistic. But we have to consider the last two scenes of the film. Because, before the last shot which is the car scene, we see the girls playing basketball with their friends and being kids again, forgetting about all the grown up stuff that they were trying to accomplish all the time throughout the whole film. And this car is the very taxi cab which had been sold by Kristina’s father. You can notice it through some details. The car wasn’t moving anywhere throughout the film and, at the end, we see it going crazy and becoming something else. It’s no longer a taxi, it has become some crazy man’s ride. I see it like that. For me, the ending is hopeful.

Are there any films or filmmakers you claim to be influenced by? Nicolas Winding Refn’s The Neon Demon comes to mind, for instance. Or The Substance by Coralie Fargeat, even though it has been released very recently.

The Neon Demon is actually, I think, the only fiction film about modelling that I really love. I’m not actually a fan of The Substance. I understand the hype around it but I didn’t enter the film. With the DOP, we were watching a lot of films by Ulrich Seidl. I love Eliza Hittman, Harmony Korine and also the Greek New Wave, at least the beginning of it. We were kind of inspired by the weirdness but also the humility of these filmmakers. For example, in the films of Eliza Hittman, characters are so brutally human… I’m very inspired by this kind of portrayal. In her films, there is usually very young people, teenagers, in Beach Rats or in Never Rarely Sometimes Always. She shows them as human beings in their own right, not as evil or angelic teenagers. She adopts an ambiguous point of view, far from being binary, and that’s what I like.

Toxic won the Golden Leopard at the Locarno Festival as well as two other prizes. Do you feel that this award puts a certain amount of pressure on you? Particularly when it comes to your next films?  

Of course. Now it’s expected my second film to be bigger, better, more perfect in every way you can think of. And I think I’m going to need a certain state of mind where I just don’t think about it at all and rebel against this. I understand why some filmmakers make their second features like crazy hell things, for example Harmony Korine. He made Gummo and then he directed this film, Julien Donkey-Boy, which is so crazy… It couldn’t have been done before Gummo, which is more like a proper feature with a linear story. Whereas Julien Donkey-Boy is just very experimental, from my point of view. It was some kind of rebellion against all the success Gummo attracted because, usually, the director is expected to go more into that kind of fluent storytelling, more adequate for larger audiences. Debut films are always considered as not perfect, sometimes weird, and I think people see them as some kind of an error which will be fixed later on. I actually love making films like this, which is not a regular teenage film.

What are your projects?

I think it’s too soon to tell more about it. While I was making Toxic, I really kept the whole thing under covers. I wasn’t sharing a lot about what I was making, only with the my team. It is good like this because there is no anticipation or expectation. So I will remain as secretive as possible. I’m just starting to have some ideas, but I don’t know what’s going to come out. Maybe I’ll drop it at some point. We will see.

[1] https://www.cinebaltique.fr/

[2] https://lecranstdenis.fr/FR/157

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