Susanna Harutyunyan : « Surmonter le traumatisme du génocide est très difficile pour l’Arménie »

Dans son roman Le Village secret, publié aux éditions les Argonautes, la femme de lettres arménienne Susanna Harutyunyan raconte l’histoire d’un petit village isolé près du lac Sevan, perdu dans les montagnes caucasiennes, et de ses habitants, rescapés des massacres successifs dont le peuple arménien a été la victime, de l’après-génocide de 1915 aux débuts de la domination soviétique. Le village vit une existence secrète, à l’abri du monde extérieur, sous la responsabilité de son fondateur, l’intransigeant patriarche Harout. Mais son destin et celui de ses habitats risque de basculer à l’arrivée d’une nouvelle vague de réfugiés, dont fait partie la jeune et belle Nakhchoun, enceinte des œuvres de son violeur turc. Faut-il encore accepter des survivants supplémentaires ? Doit-on laisser vivre l’enfant de l’ennemi ?
Magnifique récit poétique aux allures de conte intemporel, empreint d’humour mais qui ne rechigne pas pour autant à décrire l’impitoyable violence qui s’acharne contre ce peuple si résilient, Le Village secret est le roman de la survie et de la résistance.
C’est dans le cadre du festival Un Week-end à l’Est, consacré cette année à l’Arménie, que la revue À Rebours a pu rencontrer Susanna Harutyunyan, l’un des écrivains les plus importants de ce pays.

À Rebours : Votre ouvrage est métaphorique et très fourni en symbolisme. On y voit, à travers l’existence d’un village perdu dans les montagnes et dont personne ne soupçonne l’existence, un siècle d’histoire arménienne, faite de souffrances, de tueries et de persécutions, du premier massacre de 1896 à l’oppression soviétique en passant par le génocide de 1915. Traduire le martyre de l’Arménie par une métaphore a-t-il été pour vous comme une évidence ? Pour dire l’horreur et en rendre compte, faut-il utiliser l’image, le symbole ?

Susanna Harutyunyan : Je n’ai pas choisi consciemment de privilégier tel événement de l’histoire arménienne par rapport à tel autre. J’ai écrit l’histoire d’un village et de ses habitants à partir des souvenirs que je garde de l’environnement dans lequel je suis née, au bord du lac Sevan, et au sein duquel j’ai grandi. J’ai souhaité rester la plus fidèle possible à ce contexte et à la vie que menaient ces personnes dont les descendants résident d’ailleurs toujours dans ce village. J’ai opéré un choix parmi un certain nombre de profils que j’ai estimé représentatifs et propices à une intrigue romanesque. Bien sûr, l’histoire des cent dernières années a été très tragique et même catastrophique pour l’Arménie mais ce sont des faits qu’on ne pouvait pas passer sous silence. Et malgré l’impression d’horreur que ces éléments que je décris peuvent laisser sur les lecteurs, je ne peux pas contourner les événements qui se sont réellement déroulés. J’ai recours à la métaphore car il s’agit d’une fiction inspirée de faits avérés, même si cela peut paraître exagéré, et il faut pouvoir respecter le pacte romanesque entre l’auteur et le lecteur, sinon j’aurais fait un reportage. Mais la violence doit être décrite telle qu’elle a eu lieu pour respecter la vraisemblance.

© Dirk Skiba

Si le récit s’inscrit dans une réalité historique très sombre pour le peuple arménien, il en ressort une ambiance entre conte et mythe, où les repères temporels sont paradoxalement flous (« Personne ne savait où se situait le village. On disait que même le temps avait renoncé à se mettre à sa recherche, par crainte que les sommets aigus ne le lacèrent »). Hormis le rythme des saisons, il y a très peu de dates et le récit lui-même n’est pas linéaire : il fait des allers-retours entre passé et présent. Est-ce pour lui donner le caractère du rêve, d’une utopie où les Arméniens arriveraient enfin à vivre en sécurité ?

C’est en effet une ruse à laquelle j’ai eu recours pour ne pas faire « souffrir » le lecteur ; si j’avais décrit les événements avec force détails, cela n’aurait pas été tenable. Pour alléger l’histoire, j’ai choisi de tourner mon récit autour d’un conte que narre une villageoise, Varso, aux enfants du village et qui ne connaît pas de fin pour les tenir en haleine. C’est une sorte de clin d’œil et de légère parodie des contes et histoires qu’on raconte au coin du feu. Il m’a fallu recourir également à l’humour pour atténuer le sujet un peu lourd du génocide et des moyens qu’on met en œuvre pour survivre à ce traumatisme. Les massacres sont malheureusement universels, aucun pays n’a été épargné par cela. Mais l’Arménie est l’un des pays qui en ont le plus souffert. Et si l’on présente cela sous forme de conte, avec tout ce qui s’ensuit (repères temporels et spatiaux imprécis…), la lecture est moins éprouvante pour le lecteur.

« Le village était comme une tombe : une fois entré, on n’en sortait plus. » Si la comparaison avec la tombe est plutôt sombre, le village ressemble en effet davantage à un élément merveilleux de conte de fées, comme une résurgence de la mémoire des mythes et légendes arméniens, mais aussi de l’histoire de l’Arménie : comme le conte interminable de Varso, l’Arménie vivra toujours. Y a-t-il là un message d’espoir de votre part ?   

On peut le voir ainsi. Cela évoque la transmission, au sein des familles et de génération en génération, de la mémoire du génocide, ce qui fait appel au nécessaire devoir de mémoire. Je peux témoigner de l’histoire de nos arrière-grands-parents, qui ont vécu cet événement, et qui nous a été transmise sous forme de témoignages ou de poèmes pour ne jamais oublier. J’écris par exemple que « certains rescapés n’avaient réussi à sauver les membres de leur famille que sous forme de souvenirs et communiquaient avec eux à travers leurs songes et leurs lamentations. » C’est un moyen d’alimenter cette mémoire. De l’espoir, oui, mais nous trouverons une consolation quand le génocide aura été reconnu universellement, par tout le monde, en premier lieu la Turquie. Et pour ce faire, il faut que nous parlions encore et toujours de ce sujet et que nous le racontions, sous quelque forme que ce soit, afin que l’opinion mondiale reconnaisse enfin que les Arméniens ont été victimes d’une terrible et dramatique injustice.

Colonne de rescapés arméniens du génocide

Le roman est comme un miroir de la condition humaine, ce qui est perceptible par le traitement réservé aux personnages : d’un côté Harout, le fier patriarche, parfois intransigeant et impitoyable mais toujours juste et équitable, et qui est le seul à pouvoir sortir du village pour commercer, de l’autre les villageois pour la plupart veules, mesquins, jaloux, libidineux et qui répandent rumeurs et ragots, et entre les deux la figure sacrificielle de Nakhchoun, pure, pieuse et innocente victime de la méchanceté de l’Homme. Il s’agit de figures archétypales. On pourrait dire que Nakhchoun est une personnification de l’Arménie, violée par la Turquie, martyrisée par l’Union soviétique. Là encore, peut-on voir ce récit comme une allégorie ?   

Ce n’était pas mon intention de prime abord, Nakhchoun ayant sa personnalité propre. Pour ma part, il me tenait vraiment à cœur de raconter ce que sont devenus les survivants. Dans la littérature arménienne, on ne trouve pas un seul auteur du XXe siècle qui n’ait pas abordé le sujet du génocide et qui n’ait pas écrit sur les mauvais traitements perpétrés par les Turcs. En revanche, il existe très peu d’œuvres, du moins à ma connaissance, qui abordent le destin des survivants. Peut-on encore qualifier de survivant une personne dont le souvenir du massacre de sa famille sous ses yeux ne quitte pas son esprit pour le restant de ses jours ? S’agit-il encore d’une « vie » et non d’une mort lente, celle de l’âme avant celle du corps ? C’est le cas de Nakhchoun : toute sa famille a été massacrée devant elle, d’une manière horrible (son père devant payer les Turcs pour que ces derniers tuent ses enfants sans les faire souffrir), elle est violée et tombe enceinte des œuvres de son violeur. Le souvenir de ce traumatisme investit non seulement son esprit mais aussi son corps : elle porte en son sein les enfants de l’ennemi (puisqu’il s’agit de jumelles). Comment peut-elle supporter personnellement cette situation et comment soutenir le regard de l’autre ? Je voulais aussi, à travers ce personnage, parler des femmes persécutées et qui subissent des violences. La vie est très dure, presque insupportable, pour elles ; elles subissent une agression et se sentent ensuite rejetées par la société et par leur milieu (familial ou amical), comme une double peine.

Le village est un endroit où les pratiques ancestrales locales (comme les sacrifices) et les superstitions ont encore cours. Le personnage de Sato fait office de sage-femme, de faiseuse d’anges, de guérisseuse et de rebouteuse et ressemble presque à une sorcière. Comme si le village était un sanctuaire qui préservait les traditions de la modernité. Quelle est justement la part de la tradition dans l’Arménie moderne ? A-t-elle su la préserver ?  

Évidemment, on n’a pas su préserver toutes les traditions car la science s’est considérablement développée et les remèdes ancestraux ne fonctionnent plus. Sato est elle aussi un personnage qui a réellement existé et dont les enfants vivent encore dans le village. À l’époque, quand j’étais enfant, c’était elle qui faisait office de médecin. J’étais une petite fille très peureuse. Et pour me guérir de ma peur, elle m’avait prescrit une décoction à base de poudre d’os humains. Mes sœurs, qui, elles, savaient de quoi il s’agissait contrairement à moi, se moquaient de moi en me demandant si cette boisson était bonne alors que je ne comprenais pas du tout pourquoi elles me demandaient cela. Je retranscris cet épisode dans mon roman, lorsque Sato donne aux réfugiés qui viennent s’installer dans le village du pain fait de farine et d’os. Ils digèrent leur peur en même temps que le pain. Un autre remède affreux que Sato m’a infligé consistait à récupérer quelques gouttes de l’eau qui servait à laver le corps des morts avant leur inhumation et à m’en faire boire. C’était une superstition répandue dans le village pour guérir de la peur. Bien sûr, cela relevait plutôt de l’effet psychologique. Mais il est sans doute inutile de dire que rien de tout cela n’a fonctionné avec moi et je suis toujours très peureuse.

Monastère de Hayravank, au bord du lac Sevan

La religion occupe une grande place dans le roman. C’est tout ce que possède la pieuse Nakhchoun, qui se réfugie dans sa foi. Harout, quant à lui, est désabusé et imperméable au sacré et à la transcendance : « Quand une personne se montre un peu trop crédule et innocente, c’est un don, mais quand un peuple entier s’y met, cela devient une vraie tare. » La question qui reste insoluble étant : comment Dieu a-t-il laissé perpétrer de tels massacres ? La foi est-elle l’un des seuls réconforts en Arménie contre l’adversité, où la religion se pratique sans intermédiaire entre Dieu et le croyant ?  

L’église arménienne est une église grégorienne, séparée de celle des catholiques et des protestants. Le lien entre Dieu et les croyants est en effet direct, sans intermédiaire et il n’y a pas de purgatoire. Le christianisme constitue une part très importante de notre identité et c’est l’une des raisons qui ont poussé nos voisins à perpétrer ce génocide : nous sommes une enclave chrétienne entourée de pays musulmans. Nos malheurs viennent de là. Pour vous donner une idée de l’ampleur du massacre dans cette région en raison de notre religion : au Xe siècle les Anglais étaient au nombre de 4 millions d’habitants et les Arméniens 6 millions. Si l’on se fie aux statistiques, comparez les proportions aujourd’hui. Je ne suis pas athée mais je ne suis pas non plus une fervente chrétienne aveuglée par la foi. Dans ma conception de la religion, Dieu est une autre personne à laquelle je m’adresse. J’ai du mal à croire en la toute-puissance d’un Dieu qui permettrait à une population de se faire persécuter pendant des siècles et qu’il faudrait malgré cela vénérer aveuglément. Et pourtant, nombreux sont les gens de notre peuple qui estiment qu’ils peuvent tout laisser reposer sur les épaules de Dieu et lui déléguer toute responsabilité ; ils ne réalisent pas qu’il ne descendra pas pour résoudre tous leurs problèmes.

Peut-on dire que la nature est un personnage à part entière du récit, bienveillant (les montagnes qui protègent, les rivières qui nourrissent les villageois, le soleil qui est presque un dieu) ou malveillant : le vent est une menace inquiétante et mortelle, la nuit abrite « aboiements et hurlements, couinements et sifflements » ?

Ce sont les deux aspects de la nature que j’ai contemplé de mes propres yeux et cette contemplation m’a conduit à faire le constat que je préfère peut-être la nature, du moins cet environnement en particulier, aux gens. La beauté et la majesté des paysages de cette région du monde sont telles que je voulais les partager avec le lecteur et lui montrer qu’elles peuvent aussi être écrasantes. Même au milieu de tant de beauté, les gens peuvent être isolés et malheureux.

Ce livre pose la question de l’accueil de l’autre, du réfugié : est-il une menace (ce que pensent les villageois) ? Peut-on l’accueillir et l’assimiler (ce que pense Harout, le patriarche et fondateur du village) ? Ainsi, les nouveaux arrivants, qui ont survécu au génocide, sont comparés aux Turcs : « Les villageois baptisèrent tous les nouveaux arrivants « les Turcs » » ; les filles de Nakhchoun, nées d’un viol par un Turc, sont sans cesse renvoyées à leurs origines. Cela marque-t-il l’impossibilité de toute réconciliation, ce qui serait, de plus, sous-entendue par le destin tragique des jumelles ?

Diaspora arménienne

Il n’était pas évident de mettre en scène ces personnages d’enfants nés du viol et qui ont des origines turques, d’autant plus dans une période qui suit immédiatement le génocide. La blessure n’était pas refermée (elle ne l’est toujours pas) et ces enfants, à cheval entre deux cultures, ont subi le rejet. Dans le roman, les filles jumelles de Nakhchoun portent sur leurs épaules le poids de la culpabilité, mais elles sont des victimes, qui finissent par mal tourner en raison de cette malédiction qu’elles subissent, ainsi que leur mère. Même maintenant, cent ans après l’événement, l’intolérance persiste, ce qui rend impossible toute idée d’amitié turco-arménienne. Les Arméniens estiment que l’absence de toute condamnation par les Turcs des actes commis par leurs ancêtres montre qu’ils approuvent ces actes et, selon eux, cela ouvre la porte à l’éventualité qu’un tel massacre puisse se reproduire dans le futur. Une menace plane toujours. On peut penser que c’est exagéré mais il y a malgré tout une part de réalité dans ce raisonnement. Regardons par exemple ce qu’il s’est passé lors de la seconde guerre du Haut-Karabakh. La Turquie a ouvertement apporté son soutien à l’Azerbaïdjan contre le Haut-Karabakh et l’Arménie et Erdogan s’en est même vanté à haute voix. Et cela est passé inaperçu, le monde n’a presque pas réagi.

Vous décrivez une facette sombre de l’Homme : les nouvelles générations, nées dans le village et qui n’ont pas connu le génocide directement, se livrent elles-mêmes à des massacres : les volailles du prisonnier allemand Konrad (clin d’œil à Konrad Lorenz, qui avait été détenu en Arménie) sont toutes exterminées, comme s’il s’agissait d’un cercle vicieux. Cet ancien soldat nazi qui retrouvait une part d’humanité, se voit ôter cette possibilité de redevenir un homme et est lui-même torturé.

Je pense que j’ai écrit cela instinctivement, sans chercher à y mettre une quelconque intention derrière. Cela dit, presque dix ans après la publication du livre (en 2016), voyez comment le Haut-Karabakh a été martyrisé et ses habitants, descendants des Arméniens, massacrés par les descendants des Turcs. Le cercle vicieux que vous avez identifié s’est enclenché et s’est vérifié dans les faits cent ans plus tard. Ce conflit, qui dure depuis plus de trente ans, et le dépeuplement de la région qui en résulte ont ravivé la blessure des Arméniens. Surmonter ce traumatisme est quelque chose de très difficile pour notre peuple.

La culture et le patrimoine arméniens ne sont pas très bien connus et reconnus en France, comme vous le dites dans une tribune publiée dans le Nouvel Obs. En effet, quand on parle de l’Arménie, on pense au génocide, et on fait l’impasse sur son passé glorieux. Pour quelle raison cette culture s’exporte-t-elle mal ? En raison des guerres et des souffrances dont elle a été victime au XXe siècle et qui ont occulté son identité propre ?  

J’y vois deux raisons : la première, c’est qu’à l’époque soviétique, l’enjeu n’était pas d’exporter la culture et la langue arméniennes, mais bien la culture et la langue russes. L’Arménie n’était qu’une région annexée à l’URSS et son individualité ne comptait pas. La seconde, c’est que les autorités arméniennes ne prennent pas la mesure de l’importance de la mise en valeur de l’apport de l’Arménie. Elles privilégient un biais qui, en plus d’être incomplet, ne rend pas justice au rayonnement intellectuel du pays. En effet, les autorités préfèrent mettre en avant l’histoire politique millénaire du pays, les exploits militaires des rois arméniens et les vastes territoires qui étaient autrefois sous notre dépendance plutôt que les progrès scientifiques, par exemple, que ses savants ont réalisés. Au Moyen Âge, toutes les églises arméniennes étaient des centres scientifiques à part entière et le philosophe néoplatonicien Davit Anhaght, surnommé l’Invincible, avait, dès le VIe siècle, pressenti que les planètes tournent autour du soleil et non l’inverse ; il était, de plus, un savant versé dans l’étude de l’astrologie. Pour tous les hommes politiques, la culture occupe une place secondaire, ils ne font pas l’effort de montrer à l’étranger que notre culture ancestrale et moderne est bien vivante. Or, il faut en être fier et montrer au monde que notre patrimoine est lui aussi digne d’intérêt. Tout ce qui est étranger a été valorisé au mépris de notre génie national, c’est mortifère.

Statue de Davit Anhaght l’Invincible à Erevan

Les guerres et menaces des pays voisins ont eu pour conséquences une forte émigration et la présence d’importantes diasporas dans des pays étrangers, en premier lieu la France. La basilique Saint-Denis, tombeau des rois de France, abrite même la sépulture d’un roi d’Arménie, Léon VI. Comment expliquez-vous ce lien historique fort de plusieurs siècles entre ces deux pays ?

Ce n’est pas le cas seulement en France, on peut trouver des tombes de personnalités importantes (peut-être pas autant qu’un roi) partout dans le monde, aux États-Unis, en Inde, etc. L’année dernière, je me suis rendue en Roumanie et l’on m’a dit que la construction de la Roumanie s’est faite parallèlement à celle de l’Arménie ; les Roumains voyaient de nombreux points communs entre nos deux pays. Dans le monde entier se trouvent des Arméniens méritants, certains très riches, qui font valoir la culture ou la science arménienne. Mais l’Arménie doit encore supporter un poids qui pèse très lourdement sur ses épaules, qu’il s’agisse de la corruption, de l’éducation défaillante, d’une démographie en berne et, donc, d’une forte émigration. L’aide la plus précieuse qu’une personne puisse apporter à son pays, c’est de rester y vivre et de participer à son redressement.

L’Arménie est un petit pays qui a pourtant su résister à de nombreux envahisseurs malgré des désavantages évidents (manque d’armement moderne, économie fragile, démographie problématique…), ce qui force l’admiration. Et ce, alors que les Arméniens ont appris à vivre avec la peur. « La souffrance peut être éphémère mais elle peut être aussi éternelle. Celle qui m’a été échue ne s’arrêtera jamais », dit Nakhchoun.  Qu’est-ce qui motive selon vous cette volonté de résistance ?

Je pense que c’est l’envie ardente de vivre dans la patrie, de se battre pour ce qui fait notre identité, notre spécificité, et aussi pour notre histoire. Le plus important, je le répète, est que nos jeunes restent dans le pays et vivent sur nos terres.

Propos traduits de l’arménien par Lusine Abgarian

Auteur/autrice