Alexis de Moulliac : « Dans la représentation de l’Enfer, la mythologie grecque et Dante ont tout dit »

Un lendemain de beuverie, le jeune Dario se réveille dans sa chambre d’hôtel, sur l’île éolienne de Panarea, avec une irrépressible envie de boire. Mais il a beau parcourir la petite île de long en large, il doit se rendre à l’évidence : il n’y a aucun moyen de trouver la moindre bouteille alors que la soif le tenaille de plus en plus. Son séjour, émaillé de successives rencontres imprévues et absurdes avec des personnages mystérieux, s’apparente bien vite à un enfer… Pour son premier roman, la Descente à la plage aux éditions Buchet-Chastel, Alexis de Moulliac invite le lecteur sur une île paradisiaque : il y fait beau et chaud et, contrairement à la Lanzarote de Houellebecq, nulle trace de Pandémonium volcanique ou de secte fanatique. Et pourtant, cette plage et l’île en général ont des allures de Géhenne. C’est dans un cadre original, à l’image du film d’Ari Aster, Midsommar, où l’horreur se déploie en grand jour et en plein soleil, que le néo-romancier installe sa propre vision de l’Enfer, inspirée des mythes grecs et, bien sûr, de Dante, et nous invite à descendre à la plage et à boire l’eau du Léthé.     

À Rebours : La Descente à la plage est votre premier roman. Qu’est-ce qui vous a incité à sauter le pas de la fiction ?

Alexis de Moulliac : J’ai toujours préféré la fiction, mâtinée d’un peu d’autofiction car tout roman requiert de piocher dans notre vie pour en tirer des éléments romanesques. La fiction, c’est l’envie de raconter une histoire, susciter des émotions et construire un petit laboratoire avec des personnages qui évoluent au fil de l’intrigue. J’ai un penchant pour leur faire connaître une fin pessimiste dans mes romans, mais j’ai procédé différemment ici en transformant un personnage peu sympathique en quelqu’un de plus humain. Je n’ai toujours écrit que de la fiction ; ce roman n’est pas le premier que je rédige, il est en revanche le premier publié.

Le format est court, il s’agirait presque d’une longue nouvelle. Est-ce pour rappeler l’expérience du rêve, ou pour correspondre à ce qui pourrait relever du conte ?

© Layla Gras

Il y a un peu de cela, mais je voulais faire également un pied de nez à ce qui constitue l’une de mes grandes références, qui est la très longue Divine Comédie de Dante. Je voulais en proposer une interprétation plus ramassée, plus légère, avec un rythme plus moderne. Ce livre doit pouvoir se lire en un après-midi, et pourquoi pas sur une plage pour faire une mise en abyme.

Le personnage principal, Dario, est un misanthrope qui se tient à l’écart de la société. Il est cynique, n’aime pas les enfants et a un penchant pour la boisson. Il a un côté pathétique, presque antipathique. Ce caractère ne le quittera pas vraiment, sauf peut-être à la fin. Est-ce pour prévenir le lecteur de toute identification ou empathie à son égard ?

Il est toujours facile de s’identifier à un personnage sympathique et dont la description physique est suffisamment vague pour laisser au lecteur cette possibilité. C’est une tendance à laquelle l’auteur, quand il a recours à une narration à la première personne, cède souvent. Mais pour moi, ce personnage devait être mauvais, il se retrouve quand même en Enfer après tout, cela devait se justifier par son caractère et son comportement. Le lecteur doit pouvoir se dire qu’il a mérité son sort puis, petit à petit, comprendre pourquoi il en est arrivé là. On part d’en bas, avec quelqu’un de négatif, pour arriver, après son évolution et son ascension, à un personnage qui mérite davantage de compassion.

Paradoxalement, le titre, la Descente à la plage, insiste sur le mouvement descendant. De même qu’à la fin, après avoir connu sa montée au calvaire, Dario plonge dans les abysses. De quoi ce symbole de la descente est-il synonyme ?

C’est une forme de verticalité que je voulais installer et qui est propre à la mythologie grecque : les Enfers sont liés à la mer, à l’absence de sépulture, au fait de ne pas pouvoir être incinéré. C’est donc une descente mais il y a également une ascension avec une référence à Sisyphe et l’éternel recommencement en quête d’un objectif à atteindre inconnu et absurde. Cette verticalité me semblait importante à mettre en évidence et je suis ravi qu’elle soit décelable aussi clairement. Les références mythologiques sont des clefs de lecture qui permettent de comprendre que la situation relève de l’ordre du mystique, d’ailleurs liée à l’insularité sicilienne, qui a toujours inspiré de nombreux mythes.

L’île de Panarea

Tenaillé par la soif, Dario part en quête d’eau, qui lui échappe sans arrêt pour diverses raisons. C’est dans un premier temps un périple presque comique car il est victime de nombreux coups du sort invraisemblables, puis le fantastique fait son apparition. Y aurait-il un peu d’Italo Calvino dans votre écriture ?  

Pas forcément Calvino, même si j’admets le côté volontairement burlesque et comique du début du roman. Il y a des dédales, des culs-de-sac, des coïncidences invraisemblables. Cet aspect absurde renforce le mystère de l’intrigue et le lecteur comprend ce qu’il se passe et où il se trouve en même temps que le protagoniste. Il n’est pas omniscient. Mais il était en effet important pour moi d’ouvrir sur une note légère.

Comble de l’ironie, il rencontre un enfant, le mystérieux Virgilio, qui semble très mature pour son âge. Son prénom et le fait qu’il propose à Dario de le guider indiquent d’emblée que nous sommes dans une version actualisée de la Divine Comédie. Nous découvrons très vite que l’île de Panarea est une version ensoleillée, presque paradisiaque, de l’enfer. C’est un cadre original qui joue sur le contraste, le décalage. Comme le dit Virgilio, « c’est fini les cavernes remplies de lave ». La plage n’est pas censée être un endroit inquiétant et pourtant, elle le devient. Comme si ce monde était celui du renversement, un monde renversé à la Cyrano de Bergerac dans l’Autre Monde, d’où cette citation : « les joies sont des malheurs, les massacres sont des fêtes […]. »

Le renversement, l’idée de monde-miroir sont effectivement des éléments que j’ai souhaité aussi mettre en avant. L’enfer est ici proche du paradis et peuplé d’illusions. Nous ne sommes pas en présence de diablotins qui torturent les âmes avec des fourches et qui pratiquent des sévices corporels comme dans l’Enfer de Dante. Chaque chapitre représente un cercle de l’enfer spécifique, qui est personnifié en un individu archétypal. Par exemple, l’un de mes personnages, Cosimo, qui est un goinfre n’hésitant pas à se servir dans les assiettes des autres, se retrouve embourbé dans un bain de boue ; cela correspond à un sévice infligé à l’un des damnés de la Divine Comédie, qui lui-même se retrouve enseveli, sans pouvoir se mouvoir. J’adapte ces tortures de manière plus positive. L’idée de ce monde-miroir où rien n’est ce qu’il semble être m’a paru intéressante à mettre en œuvre. On peut voir ce que l’on veut y voir. Au passage, tous ces individus sont inspirés de personnes réelles, qui résident ou ont résidé à Panarea (j’ai croisé leur chemin quand je passais mes étés sur cette île, durant mon enfance) et dont les « défauts » ont été amplifiés et romancés pour que cela corresponde à un cercle.

Il y a peut-être aussi une volonté d’égratigner cette vision archétypale de l’Italie paradisiaque qui, en proie à un tourisme envahissant, peut également se révéler un enfer. On y verrait comme une satire du tourisme à la Houellebecq.

Pas exactement car l’île est assez épargnée par le tourisme. C’est l’une des seules îles éoliennes à en être préservées car elle est petite et assez sauvage. Le portrait que j’en tire est plutôt proche de la réalité.

Vous y décrivez malgré tout les hôtels qui s’y sont construits et où tradition et modernité se confrontent. Le tourisme envahit ainsi les endroits les plus reculés ou sauvages, dans un contexte d’ailleurs actuel, celui de l’urgence écologique. Ces questions restent malgré tout soulevées dans le récit, peut-être inconsciemment et même s’il ne s’agit pas du propos principal.

C’est curieux car ce n’était pas du tout volontaire. Il peut y avoir une référence inconsciente au tourisme de masse, qui est par définition évolutif. L’île est pour l’instant épargnée mais des hôtels, qui ne sont pas pour autant de grands complexes, se construisent de plus en plus. Mais si j’ai évoqué le tourisme, c’est surtout pour mettre en évidence un autre trait de caractère de mon personnage, qui est l’hypocrisie : il est dérangé par les touristes et les critique alors qu’il en est lui-même un.

Comme dans l’Enfer de Dante, Dario traverse les cercles de l’enfer et rencontre les archétypes de l’avarice, la colère, la flatterie. On se rend compte bien vite que Dario n’est pas un visiteur comme Dante mais un prisonnier de son univers mental qu’il a lui-même créé. Il s’agit d’une version revisitée où Dario est un « nouveau supplicié immonde du Tartare, subissant des châtiments corporels modernes ». Pourtant, la structure même de l’Enfer, en dehors de la forme, reste traditionnelle : « Tu as choisi un scénario classique de voyage par cercles ». Comme si la modernité était un leurre, comme si l’on revenait toujours au même point de départ.

L’Enfer de la Divine Comédie de Bartolomeo di Fruosino, 1430

Même si c’est une version moderne de l’Enfer de Dante, elle repose sur le même principe. Il s’est créé un univers, qui reprend cette logique de structure cyclique et en entonnoir : plus on s’approche du fond, plus la chaleur est intolérable. Il est guidé malgré lui vers cette plage (« cette litière chaude de l’humanité », comme il la qualifie) où il ne veut pas se rendre car il la déteste et pressent qu’elle ne lui apportera rien de bon. Mais il est obligé d’y aller et sa liberté lui est, par la même occasion, ôtée.

Cette inanité de la modernité, qui n’est qu’un leurre, se remarque aussi dans les références, sous-jacentes ou ouvertement assumées. Par exemple, Dario fait penser à Tantale, condamné à une soif perpétuelle. Il y a un aspect mythologique en plus d’un aspect biblique (avec la représentation de l’enfer), sans compter l’Odyssée d’Homère, comme s’il s’agissait là encore d’un retour aux fondamentaux de la culture occidentale.

La mythologie grecque est suffisamment riche pour que la littérature et le cinéma puissent la piller régulièrement sans que la source se tarisse, les thèmes étant tellement variés, généraux et d’actualité… On entre tous dans les cases définies par la mythologie et également par Dante, aucun nouveau péché capital n’ayant été découvert depuis. Dans ce sens-là, il n’y a pas d’évolution possible. On est gentil ou méchant, on entre ou on n’entre pas dans ces cercles, la logique est très binaire. Nous n’avons donc pas besoin de réinventer l’eau chaude, tout au plus peut-on se limiter à moderniser le propos ou la représentation qu’on se fait de cet enfer. On s’inspire de cette allégorie et on brode autour, c’est un éternel recommencement. Même les personnages sont des archétypes. On revient toujours à la mythologie et à Dante qui ont tout dit sur la représentation de l’Enfer.

On pense également à la tragédie grecque, quand Dario s’adresse directement au lecteur : « Et vous, vous le saviez, vous qui me suivez depuis ce matin comme un chœur omniscient. Vous étiez au courant et vous ne m’avez rien dit. » En évoquant le chœur, était-ce là encore une référence consciente ?

J’ai toujours rêvé d’écrire une pièce avec des chœurs, car je trouve que c’est un outil formidable d’exposition et de complément d’histoire ; cela rend le lecteur ou le spectateur complice et peut lui donner éventuellement l’intention de prévenir le personnage de ce qu’il va lui arriver ou de ce qui l’attend. J’ai voulu ici inverser les rôles en masquant au lecteur les intentions de Dario. Même si le lecteur est au courant bien avant ce dernier de l’endroit où il se trouve, je ne voulais pas qu’il détienne toutes les informations. Et pour cela, le chœur est un outil très intéressant puisqu’il implique le lecteur. Le rendre complice, c’est le faire participer aussi à la gestion du sentiment de deuil qui est le thème principal du livre : comment le surmonte-t-on philosophiquement et psychologiquement ? Dario est passé aussi par cette expérience du deuil, donc le lecteur comprend mieux son évolution et sa descente aux enfers, puis sa potentielle ascension. J’ai essayé de montrer à un lecteur qui ne l’a jamais vécu ce que peut être le deuil.

On a évoqué l’aspect biblique avec la représentation de l’Enfer. On peut penser aussi à la montée au calvaire vers une église aux portes résolument fermées et qu’il ne considère que comme un bâtiment avec « quatre murs et un toit », sans aucune sacralité. Est-ce pour montrer que la religion n’offre plus d’espoir ? Ou simplement que Dario est damné ? 

C’est une vision intéressante. Il n’a pas accès à ce sanctuaire car il est damné, en effet. La présence d’une église en enfer est assez cocasse et mon objectif était de montrer qu’il ne peut être en sécurité nulle part, même pas dans cet endroit qui offre normalement l’asile et qui lui ferme pourtant son accès. Il monte jusqu’à cette église et il contemple tous les points par lesquels il est passé. Ascension inutile car il doit la recommencer sans cesse, son objectif n’étant pas atteint. Et l’église en tant que telle n’a pas sa place dans cet univers.

Il ne monte pas sur le Golgotha en portant sa croix mais il descend vers la plage en short et en tongs. Là encore, on peut y voir une désacralisation et un renversement de la symbolique chrétienne. La religion ne « relie » plus puisque Dario est seul face au néant dans un monde où Dieu est mort.

On pourrait en effet y voir cet aspect nietzschéen. Il porte sa croix, qui est personnelle, celle du deuil, et qui n’est pas la croix des péchés du monde. Il n’y a donc pas de vision mystique. Et sa tenue, un maillot de bain mouillé dont le filet lui irrite l’entrejambe quand il gravit cette pente, est également une sorte de sévice corporel pour lui. Un châtiment moderne. Beaucoup moins chic qu’une punition divine de Dante mais terriblement efficace.

Dario se transforme presque en prophète et déclame, dans un passage poétique : « Je deviens un émissaire du chaos, énième sbire du désespoir. Je deviens l’indésirable, je bloque les rouages avec un grain de sable. Mon visage se fend en deux, mes expressions se voilent. » Comme si notre époque était aussi celle des faux prophètes ou des oracles auto-proclamés. Était-ce l’effet recherché ?

Ivan Aïvazovski, La Vague, 1889

Le passage de la prose à la poésie marque sa prise de conscience qu’il ne se situe pas dans le monde où il pense être et qu’il n’y a qu’une seule solution pour briser le cycle de cette journée qui recommence éternellement : reconnaître un péché qu’il a commis et qui est celui de la trahison (qui correspond bien sûr au dernier cercle de l’Enfer). En acceptant d’assumer ce rôle de traître, il bascule dans une autre dimension et rencontre la personnification du Diable (inspirée, au passage, d’une habitante de Panarea qui est pourtant formidable et tout l’inverse du Diable). C’est une sorte d’auto-flagellation de sa part.

À la fin du roman, la prose cède la place à un poème en vers qui lui-même est suivi d’un poème en prose. Un moyen là encore d’évoquer la Divine comédie, qui est rédigée en vers ? 

J’ai essayé à mon humble niveau de composer un poème mélodique, avec une musicalité et des allitérations, qui s’imbrique assez bien dans l’histoire et qui marque une rupture nette dans le récit. C’est évidemment encore une référence, toutes proportions gardées, à la Divine Comédie en vers. Ce poème fait aussi le parallèle avec le point de rupture dans le dénouement de l’histoire, où l’on passe d’un semblant de monde réel à un univers purement onirique. Certaines critiques m’ont accusé de lyrisme outrancier voire lourdingue, mais je considère que cela trouve sa place ici.

Votre ouvrage développe une réflexion sur le deuil, la culpabilité, le regret et la nostalgie. Quelle part d’autobiographie y a-t-il, sachant que le livre est dédié à votre père ?  

La thématique du livre est en effet la gestion du deuil et de la culpabilité. Le truc avec le deuil, c’est que c’est un sentiment qui est faussement compliqué, une addition de sensations et d’émotions qui font croire qu’il s’agit de quelque chose de nouveau alors que ce n’est qu’un agrégat de sensations qui créent ce sentiment de deuil. J’ai eu l’idée de ce roman avant la mort de mon père, quand j’ai été saisi par un rêve étrange où je me trouvais à Panarea. Je me suis lancé dans l’écriture de cette histoire, qui me paraissait très limpide, puis mon père est mort dans l’intervalle, ce qui m’a donné la clef pour achever l’histoire, d’une manière certes plus personnelle mais qui avait davantage de sens pour raconter le sentiment du deuil. C’était le dernier cadeau qu’il m’a fait, qui a fourni cette part autofictionnelle au récit alors que ce n’était pas prévu à l’origine. Mais mon père n’est pas le seul élément autobiographique puisque, comme je l’ai indiqué, tout ce que je décris dans le roman est réel : les personnages, les lieux, la topographie…

L’eau est un symbole fort dans le roman, elle est l’objet d’une quête, au départ pour un bien-être passager mais rapidement, cette quête devient celle de la paix intérieure, avec soi-même. Elle est aussi l’Inconnu, elle inquiète par son aspect sombre qui engloutit. Encore un symbole ambivalent, que cela représente-t-il pour vous ?

J’avais à l’esprit cette image du marin naufragé sur son radeau qui n’a pas d’eau et qui se pose la question de savoir s’il saura résister à boire l’eau de la mer ou non, par désespoir, alors qu’il sait que c’est mortel. Le danger est omniprésent : l’eau peut représenter un poison et, dans le même temps, être un objet précieux, par sa rareté, et salvateur. Le bateau-citerne qui fournit l’île en eau s’appelle le Charon, référence évidente au passeur de la mythologie. L’eau, c’est aussi l’interdit, l’inconnu : on ne sait pas ce qu’il se passe dans les abysses à la fin du roman, ce qui génère des peurs primaires. Plonger dans l’inconnu, dans l’eau la plus noire et la plus profonde, peut être également salvateur, un moyen de faire la paix avec la mer, et c’est ce qui arrive à Dario.

On note la présence d’un personnage atypique, le seul qui soit véritablement humain sur cette île, à savoir la barmaid qui donne un verre d’eau à Dario et qui fait preuve par là d’un geste de bonté purement gratuite. Y aurait-il une dose d’optimisme dans cet enfer ?

Dans toute bonne tragédie grecque, il faut un deus ex machina. Ici, c’est elle. Le personnage n’est pas très développé car son unique rôle est de faire prendre conscience à Dario qu’il est en enfer et de l’en faire sortir. Elle reste un personnage important malgré tout, elle incarne la féminité et la pureté, tout est corrélé.

Le roman déroule une vision apocalyptique : le monde s’écroule, les pluies sont acides, « le soleil n’a plus rien d’agréable, maintenant ce n’est plus qu’une grosse boule de feu. Il est d’ailleurs plus imposant, comme une météorite qui vient lentement s’écraser sur Terre. » C’est presque une apocalypse écologique. Y avait-il par là une volonté particulière de l’ancrer dans une actualité elle-même brûlante, sans vouloir faire de jeu de mots ?

Il y a un peu de cela. On peut penser à des plaies d’Égypte modernisées. Il n’y a pas de volonté délibérée de traiter de ce thème en particulier mais cela s’imbrique bien dans le cadre et c’est une vision apocalyptique de ce qui pourrait nous arriver.

Melancholia de Lars von Trier (2011)

On peut penser, à la lecture, à Melancholia de Lars von Trier, la Plage de Danny Boyle, ou bien encore à un Jour sans fin ou la série Stranger Things. Sont-ce des références cinématographiques et télévisuelles que vous revendiquez ?

En décrivant ce soleil qui grossit, j’avais exactement en tête l’image de la planète Melancholia qui s’apprête à entrer en collision avec la Terre. Quand j’écris, je réfléchis en termes de scènes cinématographiques et je pense à des images. Je passe en quelque sorte du cinéma à la littérature sans me perdre dans des descriptions trop détaillées. Le Grand Bleu m’a aussi beaucoup inspiré, j’ai d’ailleurs cité directement l’un des dialogues du film (quand le héros du film plonge en pleine nuit pour suivre le dauphin). Dans le film, le personnage principal vit dans l’eau, alors que dans mon roman, Dario la déteste et en a peur, même s’il en a besoin pour survivre. Il y a là une opposition.

Avez-vous d’ores et déjà d’autres projets de livres ?

J’en ai déjà rédigé deux autres, dans un registre complétement différent puisqu’il s’agit d’un roman d’espionnage sur fond de cyberattaques, et d’un thriller sur une secte, ce qui désespère mon éditrice car trop loin de sa ligne éditoriale. J’en prépare trois autres en ce moment même, c’est un peu une malédiction et un bon problème à avoir quand on est écrivain. Mais je déteste écrire les mêmes histoires. Je pense que répéter les mêmes schémas est d’un ennui mortel, c’est un peu ma hantise d’auteur, d’être enfermé dans un seul cadre et de ne plus pouvoir en sortir. Je me permets seulement d’insérer discrètement certains personnages secondaires d’un roman à un autre pour créer une espèce de continuité, et nourrir les théories des lecteurs plus tard, quand mon rayon sera un peu plus épais dans les librairies.

 

 

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