Magdalena Abakanowicz – la trame de l’existence

Le Musée Bourdelle présente une rétrospective de l’œuvre de Magdalena Abakanowicz (1930-2017), artiste polonaise, pionnière de la sculpture contemporaine dans l’art textile. Au début, son œuvre précurseur s’oppose à l’éducation artistique dans la Pologne communiste. Elle se caractérise par l’originalité qui est appréciée et reconnue dans le monde entier dès les années 60. L’artiste commence par créer des tapisseries qui perdent leur aspect décoratif, en formant des sortes de sculptures « molles », d’abord petites (pièces anatomiques), puis gigantesques, suspendues au plafond. Aussitôt, ces formes sont remarquées et nommées Abakans. Cette création emblématique est mise à l’honneur notamment à la Tate Modern de Londres en 2023. La rétrospective actuelle est la première grande exposition dédiée à l’artiste en France.

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Les objets artistiques d’Abakanowicz évoquent vaguement des formes organiques. Leur force consiste précisément en cette vaste évocation imaginaire sans perdre dans leur ensemble une certaine vision du monde, préoccupation philosophique sur la place de l’humain au milieu de la nature. C’est une œuvre plutôt sombre et inquiétante où la vie et la mort sont liées en un processus incessant. Une figure d’embryon (série au fusain) montre cette ambiguïté entre la vie naissante et la décomposition, accentuée surtout dans l’œuvre des années 80 et 90. Cette thématique est visible dans des images avec des mouches mortes, formes hybrides, ni corps, ni roches, à la limite de l’abstraction (Embryologie, Biennale de Venise, 1980). Mais c’est surtout la figure humaine qui intéresse l’artiste après sa fascination pour des étranges « organes » agrandis que multipliaient ses Abakans. Dans les années 70, elle se tourne vers la représentation de groupes, de foules anonymes, de corps rassemblés, identiques, souvent tronqués, sans têtes, ou vidés comme des coques. Immobiles ou en mouvement (moulages : tissu et résine), ces corps meurtris ont quelque chose de lugubre et font penser aux civilisations guerrières asiatiques, aux systèmes totalitaires. L’homme fait partie d’une masse, comme un objet à demi mort, soumis à une certaine loi terrifiante, sans que sa présence perde sa force. Difficile de dire quelle est la signification exacte de ces installations. On y voit des échos de guerres, de rites mortuaires archaïques et en même temps un monde futuriste. Dans ce sens, cette œuvre est universelle et engagée. La dernière section – Jeux de guerre – présente des sculptures qui unissent de la matière organique (par exemple un tronc d’arbre) à des parties métalliques semblables aux armes de destruction. La préoccupation écologique de l’artiste est évidente.

Abakan orange, Magdalena Abakanowicz, 1971, Tate. Don anonyme, 2009 © Magdalena Abakanowicz

Cette œuvre, dans sa totalité, ne laisse pas le spectateur indemne. Le lieu – atelier du sculpteur Antoine Bourdelle – paraît particulièrement accueillant pour cette création poignante. Son caractère intimiste contraste cependant avec le choc esthétique provoqué par l’œuvre d’Abakanowicz. Nous pouvons prolonger notre méditation sur cette impression troublante dans le café-restaurant sur la terrasse à l’étage, s’ouvrant sur le jardin peuplé de sculptures du début du XXe siècle…

Exposition au musée Bourdelle (20 novembre 2025 – 12 avril 2026) : https://www.bourdelle.paris.fr/visiter/expositions/magdalena-abakanowicz-la-trame-de-lexistence

Article rédigé par Maja Brick  

Auteur/autrice