Tah l’époque, aux éditions Actes Sud, est l’œuvre d’un jeune auteur norvégien de 19 ans à peine et qui a fait sensation en Norvège lors de sa publication en 2023. Écrit dans un premier temps sur un téléphone portable au fil des pensées qui lui venaient en tête, ce roman raconte l’histoire, en grande partie tirée de faits réels, de quatre amis adolescents issus d’une immigration récente, soudés en une communauté fraternelle. Ils zonent à Oslo, entre drogues, dragues, bagarres entre bandes rivales, trafics en tous genres qui peuvent aboutir à des tragédies. Mais Ivor, Marco, Jonas et Arjan, personnages qu’on imaginerait sortis d’un film de Nicolas Winding Refn ou d’un livre de Bret Easton Ellis mais en version défavorisée, sont aussi et avant tout des jeunes doués d’introspection, de sensibilité et de désirs (d’évasion de ce carcan familial et urbain qui les oppresse, de fonder une famille, d’être des gens bien). Mais quand on prend un mauvais départ dans la vie, il est toujours difficile de s’en sortir. Tah l’époque tend un miroir à cette jeunesse d’aujourd’hui qu’on ne veut pas voir et présente le reflet de leur culture et de leurs codes, notamment linguistiques. Rédigé (et traduit avec brio par Marina Heide) dans une langue faite d’argot, de mots étrangers, de verlan, sans ponctuation ni majuscules et en très courts chapitres pour traduire le débit, le rythme et la rapidité de la pensée, le roman requiert de la part du lecteur un temps d’adaptation ; une fois l’effort fourni, il plongera avec délices, effroi, attendrissement et tristesse dans cette histoire incandescente d’un jeune auteur prometteur. Celui-ci s’est confié à ce sujet, lors de son passage en France, dans le cadre d’un entretien avec À Rebours.

À Rebours : Tah l’époque est votre premier livre, que vous avez écrit à 19 ans sur votre téléphone portable, au fil des idées qui vous venaient en tête. Cela ressemble à un cri du cœur ou de colère, tant la langue est crue, la situation décrite violente et le récit d’une noirceur extrême. Quel a été l’élément déclencheur de ce livre et pourquoi avez-vous ressenti le besoin de coucher cette histoire par écrit ?
Oliver Lovrenski : Le fait d’écrire permet de prendre du recul sur soi-même, sur son propre parcours, son expérience de vie et de mettre de l’ordre dans ses idées. J’ai donc d’abord écrit à la volée sur des souvenirs d’événements que j’avais vécus dans ma jeunesse. Puis, à force d’écrire, je me suis dit que je pouvais en faire un livre et je me suis lancé dans la rédaction d’une fiction. Il y avait de nombreuses raisons qui m’ont encouragé dans cette voie, l’une d’entre elles étant que je voulais exprimer cette histoire avec mes propres mots, mais aussi la faire connaître et « l’immortaliser ». J’avais également envie de construire quelque chose, de gagner un peu d’argent et de rencontrer du succès. Alors j’ai continué sur ma lancée et je ne me suis pas arrêté.
On l’a évoqué, ce roman a été écrit sur un portable. Il est une succession de chapitres très courts, certains pouvant apparaître en entier sur l’écran d’un smartphone. Pourquoi avoir choisi de le publier sur ce support classique qu’est l’objet livre ? On pourrait se dire qu’il est possible aussi de le lire sur son téléphone.
Je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’y prendre autrement. Cette histoire devait être un livre et pas autre chose. La publier sur les réseaux sociaux ? Peut-être, mais je pense que le livre reste l’un des meilleurs supports pour transmettre ce qu’on veut. Je l’ai publié et il a été traduit en seize langues, il a été adapté au théâtre dans au moins deux pays et on en fera peut-être même un film bientôt. Et tout ça à partir d’un livre ! On n’aurait pas obtenu la même chose à partir d’un album de musique par exemple. Donc le livre reste l’un des meilleurs supports de création. Et si j’aime écrire, c’est parce que ce processus se suffit à lui-même. Si tu veux sortir un album musical, tu as besoin d’un producteur, d’un studio, etc. Avec un livre, il suffit d’un téléphone, d’un ordinateur, ou d’un stylo et du papier. C’est une expérience de liberté, sans barrières.
Le récit raconte l’histoire d’une bande de quatre jeunes amis adolescents d’Oslo, tous issus d’une immigration récente. Il est rédigé à la première personne, le narrateur s’appelle Ivor (dont la sonorité peut faire penser à Oliver), qui est d’origine croate comme vous. Même s’il ne s’agit pas d’une autobiographie, qu’avez-vous mis de vous et de votre personnalité dans ce personnage et ce récit ?
À mon avis, tous les auteurs incluent une part d’eux-mêmes dans leurs personnages. Il y a des aspects de moi dans chacun d’eux et, d’une certaine manière, je les reconnais tous en moi. L’écriture me permet d’explorer des facettes de ma personnalité que je n’ai pas vraiment l’occasion d’exprimer au quotidien, dans la vie de tous les jours, et je trouve cela intéressant. Mais s’il y a évidemment un peu de moi, de nombreux éléments qui ne me ressemblent pas y figurent aussi. C’est assez compliqué à définir.
Le roman est davantage un portrait de la société norvégienne d’aujourd’hui, d’Oslo et sa banlieue en particulier, d’une jeunesse qui se sent exclue, de l’immigration. La violence est omniprésente et le tableau que vous en dressez est très noir. Pourtant, les sociétés scandinaves sont souvent montrées comme des modèles d’intégration et d’inclusion. S’agit-il d’un leurre selon vous ? Est-ce un sentiment d’échec qui domine ?
Je n’ai pas vraiment d’avis définitif sur la question de l’immigration ou de l’intégration. Ce n’est pas un domaine que je connais très bien. L’histoire parle d’elle-même, et chacun peut se faire sa propre opinion sur ces sujets.
Les quatre jeunes vivent une amitié soudée, ils forment une communauté avec ses rites de passage, sa langue, ses codes… Tah l’époque est-il d’abord un livre sur l’amitié qui serait la seule arme contre une société qui les a abandonnés ?
L’amitié est primordiale pour ces jeunes, elle représente presque tout à leurs yeux. C’est un livre sur la façon dont on grandit, on devient mature et on essaye de devenir quelqu’un de bien, au moins en ce qui concerne Ivor et Marco, les deux personnages principaux : ils sont très ambitieux, très motivés, et chez de telles personnalités, des sentiments aussi forts ne peuvent pas être facilement étouffés ou réprimés. Ils n’ont alors qu’une alternative : soit ils canalisent cette énergie de manière constructive et positive, soit ils l’utilisent de manière destructrice et négative ; dans les deux cas, ils ne peuvent pas la mettre de côté et faire comme si elle n’existait pas. Cette histoire raconte leur tentative de devenir des hommes méritants et finalement leur échec, car ils ne s’y prennent pas comme il faut : ils choisissent la voie de la drogue et de la criminalité, par aveuglement ou parce qu’ils ne sont pas suffisamment patients pour attendre que leurs efforts payent. Concernant Jonas, c’est différent car il s’agit dans son cas d’un récit de souffrance. Leur amitié est très importante, mais ce qu’ils ne saisissent pas, c’est que pour aller de l’avant, ils doivent la sacrifier. À un moment donné de leurs discussions, ils se disent qu’ils s’entraident et qu’ils veillent les uns sur les autres, mais qu’ils sont incompris par leur entourage. Or, à mon avis, ils se trompent à ce sujet : ils courent à leur propre perte, et à la perte de leur identité, de leur environnement, de leurs amis, de leur statut, de leurs relations amoureuses… Je trouve intéressant que vous parliez de rites de passage car, dans une société qui livre les jeunes (du moins les garçons, auxquels je m’identifie) à eux-mêmes, ces derniers découvrent ces rites tous seuls : se faire arrêter par la police, se faire poignarder, tabasser ou se battre, tout cela, ce sont des rites de passage, même si les jeunes n’utilisent pas ce terme car ils n’ont pas conscience qu’il s’agit de ça. Il faut noter aussi que l’absence de repères religieux traditionnels provoque une sorte de grand vide en matière de valeurs, de sens, de rituels. Les jeunes essaient donc de trouver leur voie par eux-mêmes.
C’est aussi un livre sur la famille : ainsi, la figure du père est souvent absente et quand elle apparaît, c’est de manière violente : vous décrivez le père de Jonas qui le bat. La figure de la mère est une victime qui subit et qui donne de l’amour mais qui est très vite dépassée. Seule la grand-mère (celle d’Ivor ou celle de Jonas) semble être un pilier, sans lequel tout s’effondre. La dérive de ces jeunes s’explique-t-elle aussi par le côté dysfonctionnel de leur famille, raison pour laquelle ils en choisissent une autre, celle qu’ils forment avec les amis ?

C’est une bonne question. Ces jeunes, parce qu’ils grandissent et mûrissent, deviennent responsables des choix qu’ils font, même s’ils savent bien souvent au fond d’eux que ce ne sont pas les bons. Mais si l’on remonte le fil de leur histoire et de leur parcours, on remarque que cette propension à faire les mauvais choix vient en grande partie de leur famille dysfonctionnelle. Marco est un jeune homme très en colère qui se retrouve souvent impliqué dans des conflits et des bagarres. Est-ce que son parcours aurait été le même s’il avait été éduqué dans une famille plus structurée, avec un père présent ? Probablement pas. Les jeunes qui traînent dans les rues sont, pour la plupart, motivés par deux choses : la communauté fraternelle qu’ils forment avec leurs copains et leurs modèles masculins, souvent des criminels ou des voyous, qui ont l’expérience de la vie. Ces deux profils remplacent la figure paternelle et forment leur véritable famille de cœur. C’est ce qui les pousse à se battre. Si vous avez une famille normale, vous ne vous comportez pas comme ça. Au lieu de trouver refuge vers leur famille biologique, ils s’élèvent contre elle et contre tout ce qu’elle peut représenter. Vous remarquerez que pratiquement tous ces jeunes en difficulté sont toujours en conflit avec leur famille.
Ils rêvent pourtant eux aussi de fonder une famille et d’avoir des enfants qui mèneraient une meilleure vie qu’eux mais ce rêve se brise : on ne peut pas s’engager durablement avec des toxicomanes. C’est aussi la raison pour laquelle l’amour et les désirs d’évasion d’une société qui les ennuie (comme devenir avocat ou boxeur, les rêves d’Ivor) sont voués à l’échec. Sont-ils les nouveaux romantiques du XXIe siècle, d’où l’aspect tragique du roman puisqu’ils s’enferment dans une spirale dangereuse sans échappatoire : « ils ne comprennent pas que c’est le contraire, qu’on se serait drogué de toute façon » ?
C’est une question très intéressante. Il y a une grande différence entre les gens de ma génération et ceux qui ont, disons, dix-quinze ans de plus. Ces derniers sont très pessimistes au sujet des questions liées à l’environnement, la guerre… Ce n’est pas mon cas, et c’est pareil pour la plupart des gens de mon âge. On ne craint pas que le monde s’écroule, on se dit plutôt : « Tout va bien se passer ». Nous sommes, à mon avis, une génération beaucoup plus optimiste, je dirais aussi peut-être plus romantique ou plus réaliste, en quelque sorte. En tout cas, un réalisme optimiste. Il faut rappeler que les jeunes de mon roman ont 16 ans, ils ne savent rien et ne sont pas sensibilisés à ces problèmes. Et je n’en sais pas beaucoup plus qu’eux, car je n’ai que 22 ans. Nous ne sommes donc pas du tout comme les rebelles des générations précédentes qui s’abîmaient dans l’alcool et les drogues et devenaient des sortes de martyrs en rêvant à des fins tragiques. J’estime qu’on assiste au retour d’un certain conservatisme en la matière. Cela ne concerne pas tout le monde bien sûr, mais suffisamment de gens pour me permettre de dire qu’il y a un changement dans la manière de se comporter et de voir le monde.
On peut les voir aussi comme des rebelles sans cause, qui s’élèvent contre les carcans imposés par la société : l’éducation, la police, la justice, l’aide à l’enfance…
Peut-être que les personnages du livre sont un peu comme ça. Cela commence par l’envie de céder à la folie ou à l’ivresse de vivre. Puis on évolue vers quelque chose de plus profond, de plus marqué par la dépendance et la compulsion, et dont il est difficile de se détacher. On le voit bien dans le domaine de la criminalité : quand ils sont jeunes, les caïds sont des gros durs dont la figure correspond à une sorte d’idéal romantique ; puis ils prennent de l’âge : à 50, 40, voire dès 30 ans, ils sont atteints de problèmes psychologiques, de dépendance, ils ne sont plus respectés et tout cela cesse bien vite d’être beau et romantique pour devenir pathétique.
Leur vie est ponctuée de fêtes, de drogues, d’enterrements (d’amis, de membres de leur famille…). La seule voie de sortie semble être la mort, par le suicide ou la surdose. Il est vrai que la mort est omniprésente et traverse tout le livre. Par exemple, le tout premier chapitre commence par la mort d’un « frère ». Ils dissertent également sur les meilleurs moyens de mourir : par surdose ou au lit. D’où un sentiment d’urgence à vivre car ils sont en sursis. Cela contribue à la tonalité très sombre du livre, en plus de son aspect violent. Ce roman n’est-il pas aussi le récit d’un long suicide ?

Les accros aux drogues, quelles qu’elles soient, sont tous en proie à une dépendance qui leur donne l’impression que la mort est toute proche et qu’elle est inévitable, l’alternative étant d’arrêter de consommer, ce qui est très difficile, voire inenvisageable pour certains. Quand on a fait l’expérience de ce que la drogue peut procurer, il devient très difficile de s’en détacher, car on sait désormais que cet état second ou cette euphorie est toujours là, à portée de main. Pour un jeune garçon un peu naïf et paumé, la vie « normale » semble tellement banale et ennuyeuse qu’on préfère se dire qu’on va profiter pleinement de cette extase pendant quelques années jusqu’à 25 ans, plutôt que de vivoter jusqu’à 70 ans dans un ennui profond. J’ai dû moi aussi, à un moment donné, prendre cette décision. Les sensations fortes des drogues, l’excitation procurée par la vie dans la rue, on ne trouve pas tout ça dans une vie « normale », ça n’en fait pas partie, et on lâche prise, tout simplement. La décision de se dire qu’on tire un trait sur les drogues et qu’on va, à la place, se consacrer à autre chose et développer d’autres qualités, c’est tout le dilemme auquel font face Ivor et ses amis. Ils doivent accepter de sacrifier l’argent facile, les filles… et faire un choix, celui de la maturité.
Cet aspect sombre du livre est contrebalancé par l’humour, lui aussi très présent. Vous décrivez par exemple une scène violente où les quatre amis réclament de l’argent à des clients et les menacent avec des machettes ; puis ils s’arrêtent car la grand-mère de l’un d’eux l’appelle au téléphone et il doit lui répondre. Il termine la discussion en disant « je t’aime ». Voyez-vous l’humour comme une forme d’espoir, donc de vie ?
Oui, je pense que l’humour montre à quel point les personnages se sentent à l’aise face aux situations difficiles qu’ils peuvent rencontrer dans leur vie. Cela montre aussi comment ils y font face et comment ils s’en protègent, c’est pour eux une sorte de refuge. Il m’a semblé très important d’intégrer des doses d’humour dans le livre, car cela fait partie intégrante de leur culture : les blagues, ne rien prendre au sérieux, tout tourner en dérision. Il y a quelque temps, je m’entraînais à la salle avec un pote ; il se moquait des mecs qui pratiquaient la boxe et se marrait. L’entraîneur s’est alors approché de lui et lui a demandé : « Pourquoi tu te marres ? Si tu prends ça à la rigolade, c’est que tu ne t’entraînes pas assez dur. » Et mon ami a répondu : « Je me suis déjà fait poignarder, la boxe ne sert à rien. » Et j’en riais aussi à ce moment-là. La survie dans la rue, ce n’est pas une question d’entraînement, aussi intense soit-il. Au début, quand je me suis mis à écrire, il n’y avait aucun humour, tout était au premier degré. L’histoire était juste triste et sombre. Finalement, j’ai intégré du second degré et cela a radicalement changé le ton du livre. Et heureusement, sinon les lecteurs auraient refermé le bouquin à la page 50.
Il y a aussi beaucoup de poésie, notamment quand Ivor évoque sa grand-mère Baba avec nostalgie. Comme s’il s’agissait d’une respiration dans le récit, qui est haletant. Vous semblez vouloir toujours équilibrer violence et tendresse, l’un n’allant pas sans l’autre.
C’est un point de vue intéressant. Je pense en effet que la violence et la tendresse coexistent très souvent, ne serait-ce que parce qu’elles font partie de la nature humaine. C’est assez effrayant de voir que ces deux facettes opposées cohabitent en chacun de nous et que l’être humain est fait de tels contrastes. Je n’en avais même pas conscience au moment de l’écriture, je m’en suis rendu compte bien plus tard. Cela transparaît dans le livre, comme dans la scène que vous avez mentionnée avec la machette. C’est un symbole très parlant : ils se livrent à la violence la plus sauvage et puis, d’un coup, la tendresse surgit. Ce ne sont pas des psychopathes ou des tueurs sans pitié. Ce sont des garçons qui ont probablement autant de colère en eux que d’amour.
La langue que vous utilisez est particulière et déroutante : elle est faite d’argot, d’expressions de la rue, de mots arabes, croates… Elle est scandée comme du rap ou du slam. Pensiez-vous à cela quand vous écriviez ? Respectiez-vous une certaine musicalité, comme si vous aviez une musique en tête pendant la rédaction ?
Non, même si le rythme s’est amélioré au fur et à mesure que j’écrivais. Je n’avais pas réellement conscience de cette musicalité sur le moment…ou peut-être que si, tout compte fait. Avant d’écrire ce roman et de me lancer dans la littérature, j’ai composé de nombreux textes de rap. J’avais donc déjà l’habitude de penser sur un certain rythme et à partir de rimes. Je l’ai beaucoup pratiqué, cela s’est peut-être ressenti sur mon écriture.
Cette langue des jeunes de la rue forme un code, un moyen de reconnaissance, qui peut être inaccessible à un certain lectorat qui ne le possède pas, d’où une lecture perturbante. Aviez-vous cette frontière peut-être infranchissable à l’esprit et n’y a-t-il pas un risque d’être réduit à un « livre pour jeunes » ?
Peut-être, mais je pense que ce risque ne s’est pas réalisé. En tout cas, je suis très heureux de voir que des gens de tous âges lisent mon livre en Norvège. À l’occasion de mon passage à Paris, j’ai donné une conférence à la Maison de la Poésie. Les spectateurs venus m’écouter avaient entre 17 et 70 ans, c’était très varié et je trouve ça magnifique. Reprendre les codes linguistiques et le style de ces jeunes est essentiel car c’est la seule façon de comprendre leur univers. S’ils parlaient avec vous, ils n’utiliseraient probablement pas le même langage. C’est pour cela que j’avais besoin de cette langue particulière dans le livre.
À votre avis, la littérature contemporaine (norvégienne mais aussi plus globale) a-t-elle du mal à s’emparer des problématiques touchant les jeunes générations, celles qui ne se sentent pas représentées ou à leur place dans la société ?
La littérature, du moins en Norvège, est un domaine très ouvert. Quiconque écrit bien sera publié, peu importe qui vous êtes. Malheureusement, les jeunes écrivent peu. Beaucoup de filles de mon âge publient de la poésie, mais chez les garçons, c’est le désert. S’ils veulent que leur voix porte, ils devront eux aussi se mettre à écrire, sinon il ne faudra pas venir se plaindre. C’est d’ailleurs en partie pour cela que j’ai rédigé ce roman, je savais que personne d’autre ne raconterait cette histoire à notre place. Quelqu’un devait donc se lancer. Et j’ai réussi à me faire publier, ce qui prouve que tout est possible ! C’est le conseil que je donne aux jeunes : lancez-vous, vous pouvez y arriver aussi, et si c’est le cas, c’est formidable, vous pourrez être une source d’inspiration. Mais tout dépend d’eux et de leur volonté.
Les chapitres très courts (qui pourraient faire penser à des discussions sur Snapchat ou par texto) forment des tranches de vie mais prennent parfois aussi la forme d’aphorismes, de réflexions philosophiques. Était-ce important pour vous de trouver un équilibre entre la philosophie et la réalité du quotidien ?
En effet, en même temps que j’écrivais, je réfléchissais à des questions qu’on pourrait qualifier de philosophiques ou d’aphorismes. J’en ai d’ailleurs rédigé beaucoup après la parution du livre, jusqu’à aujourd’hui. Je m’intéresse davantage à la philosophie et à la théologie maintenant qu’à l’époque. Tout ça se trouvait en germe dans ce roman.
Quel a été le processus d’écriture ? L’avez-vous écrit d’un seul jet ou y a-t-il eu une réécriture, par exemple en ce qui concerne le style ?
Ce processus peut se répartir en trois étapes. La première, quand je débutais encore dans l’écriture, consistait à rédiger en norvégien standard, mais j’avais l’impression de stagner, de ne pas m’améliorer. Pour la deuxième, j’ai changé de style, je me suis tourné vers le langage des jeunes, plus direct, familier, et j’ai senti une nette amélioration. Je me suis beaucoup inspiré d’une excellente autrice norvégienne, Maria Navarro Skaranger, qui avait déjà eu recours à un style similaire dans ses livres. Et enfin, la troisième phase a consisté à un travail de réécriture et de peaufinage avec mon éditeur : nous avons passé environ six mois à réviser le texte et à faire des allers-retours. C’était un travail très long et minutieux.
On peut y voir des références à la culture urbaine ; on pense ainsi à des films comme Trainspotting, la trilogie Pusher, Orange mécanique… Est-ce quelque chose que vous aviez à l’esprit ?

Tout à fait. Je voulais inclure des clins d’œil que les gens pourraient reconnaître. Il y a la fois des références à la musique hip-hop contemporaine et à la littérature norvégienne plus traditionnelle. Je souhaitais que les jeunes mais aussi les lecteurs extérieurs à ce milieu puissent les repérer et se sentir en terrain connu.
Voyez-vous une filiation avec les récits de Bret Easton Ellis (Moins que zéro, les Lois de l’attraction…), sur des jeunes qui s’ennuient et qui se droguent pour passer le temps en regardant MTV, à la différence près que chez Ellis, les jeunes sont riches alors que chez vous, ils sont pauvres et issus de l’immigration ?
Je n’ai pas lu ses livres. D’après ce que vous me dites, il y a des points communs. Mais ce que je décris n’est pas propre à cette époque ni à Oslo. Les thèmes que j’aborde (la dépendance, son rapport à la jeunesse, etc.) sont très universels, presque intemporels. Mon roman n’en présente qu’une version parmi tant d’autres.
Votre livre est devenu un phénomène de société, cela vous procure-t-il une certaine responsabilité, par rapport à vos lecteurs, les jeunes en particulier ? Il peut y avoir une vertu pédagogique.
J’ai beaucoup arpenté la Norvège, je me suis rendu dans des bibliothèques, des écoles…, j’ai donné des conférences où j’ai longuement discuté avec les lecteurs. Le livre a aussi été étudié en cours. J’en suis très heureux. Mais je n’aspire pas à être enseignant ; mon expérience de la vie et mes connaissances sont, somme toute, assez limitées, étant donné mon âge. Je m’en tiens donc à l’écriture de romans, sans dicter aux gens comment ils doivent mener leur vie. Je laisse ça à d’autres. Je pense que l’une des choses les plus importantes que j’ai apprises au cours de ces échanges, c’est que j’en sais moins que je ne le pensais. Quand j’ai publié le livre, tout le monde m’a dit que j’étais génial et que j’avais accompli une grande réussite. Peut-être ont-ils raison. Mais j’ai réalisé ensuite que je devais prendre le temps de mûrir et d’apprendre, donc cela a été un processus éducatif pour moi aussi.
Compte tenu de votre jeune âge, on vous qualifie souvent de prodige littéraire. Est-ce quelque chose qui vous flatte ou qui vous pèse ?
Je ne vais pas mentir, ça me flatte, ce n’est pas du tout un fardeau. Publier son premier ouvrage et publier un livre quand on a déjà rencontré le succès, ce sont deux approches très différentes. Quand j’ai écrit celui-ci, j’étais très audacieux dans ma conception de l’édition. Aujourd’hui, je suis dans une situation tout autre, je suis plus patient et positif. Quand on parle de « prodige » ou d’autres qualificatifs de ce genre, j’en suis très reconnaissant et évidemment flatté mais je ne m’arrête pas à cela.
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Guillaume Narguet
L’image de couverture est extraite de la série norvégienne Gangs of Oslo
Original version
Oliver Lovrenski: ‘Adopting linguistic codes of the young people is essential to understand their universe’
Back in the Day is the work of a young Norwegian author, barely 19 years old, who caused a sensation in Norway upon its publication in 2023. Initially written on a mobile phone as thoughts came to him, this novel tells the story – largely based on real events – of four teenage friends from recent immigrant backgrounds, bound together in a close-knit community. They hang out in Oslo, caught up in drugs, flirting, fights between rival gangs, and all manner of illicit dealings that can lead to tragedy. But Ivor, Marco, Jonas and Arjan — characters one might imagine stepping out of a Nicolas Winding Refn film or a Bret Easton Ellis book, but in a disadvantaged version — are also, and above all, young people gifted with introspection, sensitivity and desires (to escape the familial and urban straitjacket that oppresses them, to start a family, to be decent people). But when you get off to a bad start in life, it’s always hard to pull yourself together. Back in the Day holds up a mirror to today’s youth that we don’t want to see and presents a reflection of their culture and codes, particularly linguistic ones. Written in a language made up of slang and foreign words, without punctuation or capital letters and in very short chapters to capture the flow, rhythm and quickness of their thoughts, the novel requires the reader to take some time to adjust; once this effort has been made, the reader will plunge with delight, dread, tenderness and sadness into this searing story by a promising young author. The author spoke about this during his visit to France, in an interview with À Rebours.
Back in the Day is your first book, which you wrote at the age of 19 on your mobile phone, as ideas came to mind. It is like a cry from the heart or an outburst of anger, with its raw language, violent descriptions and extremely dark narrative. What was the starting point for this book and why did you feel the need to write this story down?
Writing allows you to take a step back and reflect on yourself, your own journey and your life experiences, and to organise your thoughts. So I wrote about things I had experienced in my own youth. Eventually, I understood that I could write a book from this. Then, as I continued to write, I realised I could turn it into a book, and I set about writing a work of fiction. There were many reasons that encouraged me to go down this path; one of them was that I wanted to tell this story in my own words, but also to share it and ‘immortalise’ it. I also wanted to build something, earn a bit of money and achieve success. So I kept going and didn’t stop
As mentioned, this novel was written on a mobile phone. It is a series of very short chapters, some of which can be read on a smartphone screen. Why did you choose to publish it in the traditional medium of a book?
I don’t really know how else I would do it. This story was meant to be a book and nothing else. Publish it on social media? Perhaps, but I think the book remains one of the best mediums for conveying what you want to say. I published it and it’s been translated into sixteen languages, adapted for the stage in at least two countries, and there might even be a film made of it soon. And all that from a book! We wouldn’t have achieved the same with a music album, for example. So the book remains one of the best creative mediums. I like writing books because it doesn’t require anything else. If you want to release a music album, you need a producer, a studio, and so on. With a book, all you need is a phone, a computer, or a pen and paper. It’s an experience of freedom, without barriers.
The story tells the tale of a group of four young teenage friends from Oslo. All of them are recent immigrants. It is written in the first person, and the narrator is called Ivor (which sounds similar to Oliver), who is of Croatian origin, like you. Even though it is not an autobiography, how much of yourself and your personality did you put into this character and this story?
I think all authors put something of themselves into their characters. There are aspects of me in each of them and, in a way, I recognise them all in myself. Writing allows me to explore facets of my personality that I don’t really get the chance to express in my ordinary life, and I find that interesting. If there’s a little bit of me in the book, there are also many éléments in it which are not me. It’s a very complicated thing to define.
The novel is more of a portrait of Norwegian society today, particularly Oslo and its suburbs, of young people who feel excluded, and of immigration. Violence is omnipresent and the picture you paint is very bleak. Yet Scandinavian societies are often described as models of integration and inclusion. Do you think this is an illusion? Is it a feeling of failure that dominates?
I don’t have an opinion on immigration or integration. It’s not a field that I know well. The story speaks for itself, and people can make their own interpretations regarding these subjects.
The four young people share a close friendship and form a community with its own rites of passage, language and codes. Is Back in the Day primarily a book about friendship as the only weapon against a society that has abandoned them?
I think friendship is obviously very important because, to these boys, it means almost everything. This is a book about growing up, maturing and trying to become a good person – at least as far as Ivor and Marco, the two main characters, are concerned: they are very ambitious and highly motivated, and with personalities like theirs, such strong feelings cannot easily be stifled or suppressed. Either they use this energy in a constructive and positive way, or they use it in a destructive and negative way; in either case, they cannot simply set it aside and pretend it does not exist. This story narrates their attempt to become worthy men and ultimately their failure, because they do not go about it the right way: they choose the path of drugs and crime, either out of blindness or because they lack the patience to wait for their efforts to pay off. As for Jonas, it is different because his story is one of suffering. Their friendship is very important, but what they fail to understand is that to move forward, they must sacrifice it. At one point in their discussions, they tell themselves that they help each other and look out for one another, but that they are misunderstood by those around them. However, in my view, they are mistaken on this point: they are heading for their own ruin, and the loss of their identity, their environment, their friends, their status, their romantic relationships… I find it interesting that you mention rites of passage because, in a society that leaves young people (at least boys, with whom I identify) to their own devices, they discover these rites on their own: getting arrested by the police, getting stabbed, getting beaten up or getting into a fight – all of these are rites of passage, even if young people don’t use that term because they aren’t aware that’s what they are. It’s also worth noting that the absence of traditional religious points of reference creates a sort of vast void when it comes to commonly accepted values, meaning and rituals. Young people therefore try to find their own way.
It is also a book about family: the father figure is often absent, and when he does appear, he is violent: you describe Jonas’s father beating him. The mother figure is a victim who suffers and gives love but is quickly overwhelmed. Only the grandmother (Ivor’s or Jonas’) seems to be a pillar, without which everything collapses. Can the drift and the descent into hell of these young people also be explained by the dysfunctional nature of their families, which is why they choose another family, the one they form with their friends?
That’s a good question. As these young people grow up and mature, they become responsible for the choices they make, even though they often know deep down that they aren’t the right ones. But if we trace their history and life story, we see that this tendency to make the wrong choices comes largely from their dysfunctional family. Marco is a very angry young man who often finds himself involved in conflicts and fights. Would his life have been the same if he’d been brought up in a more structured family, with a father who was present? Probably not. Young people who hang around on the streets are, for the most part, motivated by two things: the close-knit community they form with their mates, and their male role models – often criminals or thugs – who have life experience. These two figures replace the father figure and form their true family of the heart. This is what drives them to fight. If you have a normal family, you don’t behave like that. Instead of seeking refuge in their biological family, they rebel against it and against everything it stands for. You will notice that practically all these troubled young people are constantly in conflict with their families
They too dream of starting a family and having children who will live a better life than they do, but this dream is shattered: no one commits to a relationship with drug addicts. This is also why their love and desire to escape a boring society (Ivir’s dreams to become a lawyer or a boxer) are doomed to failure. Are they the new romantics of the 21st century, hence the tragic aspect of the novel, as they lock themselves into a dangerous spiral where there is no escape: ‘they don’t understand that it’s the opposite, that we would have taken drugs anyway’?
That’s a good question. There’s a big difference between people of my generation and those who are, say, ten or fifteen years older. The latter are very pessimistic about issues such as the environment and war… That’s not the case for me, and it’s the same for most people my age. We don’t fear that the world is going to fall apart; instead, we tell ourselves: ‘Everything will be alright’. We are, in my view, a much more optimistic generation; I’d also say perhaps more romantic or more realistic, in a way. In any case, an optimistic realism. These guys in the story are 16 years old, they know nothing and aren’t aware of these issues. And I don’t know much more than they do, I’m only 22. So we’re not at all like the rebels of previous generations who wallowed in alcohol and drugs and became a sort of martyr, dreaming of tragic ends. I believe we are witnessing the return of a certain conservatism in this regard. This doesn’t apply to everyone, of course, but to enough people for me to say that there is a change in the way people behave and view the world.
They can also be seen as rebels without a cause, rising up against the pressure of society: education, the police, the justice system, child welfare services, etc.
Perhaps the characters in the book are a bit like that. It starts with the urge to give in to madness or the thrill of living. Then it evolves into something deeper, more marked by addiction and compulsion, and from which it is difficult to break free. We see this clearly in the world of crime: when they are young, gang leaders are tough guys whose image corresponds to a sort of romantic ideal; then they grow older: by the time they’re 50, 40, or even as early as 30, they’re plagued by psychological problems and addiction; they’re no longer respected, and all that quickly ceases to be beautiful and romantic, becoming pathetic instead.
Their lives are punctuated by parties, drugs, funerals (of friends, family members, etc.). The only way out seems to be death, either by suicide or overdose. It is true that death is omnipresent and runs through the entire book. For example, the very first chapter begins with the death of a ‘brother’. They also discuss the best ways to die: by overdose or in bed. So, there is a sense of urgency to live because their time is running out. This contributes to the very dark tone of the book, in addition to its violent aspect. Isn’t this novel also the story of a long suicide?
People addicted to drugs, whatever they may be, are all in the grip of a dependency that makes them feel as though death is imminent and inevitable; the alternative is to stop using, which is very difficult, if not unthinkable for some. Once you’ve experienced what drugs can do, it becomes very difficult to break free, because you now know that this altered state or euphoria is always there, within reach. When you’re a young, somewhat naive boy, ‘normal’ life seems so ordinary and boring that you’d rather tell yourself you’ll make the most of this ecstasy for a few years until you’re 25, rather than just scraping by until you’re 70 in boredom. I, too, had to make that decision at some point. The thrills of drugs, the excitement of life on the streets – you don’t find any of that in a ‘normal’ life; it’s not part of it, and you simply let go. The decision to tell yourself that you’re giving up drugs and that you’re going to devote yourself to something else instead and develop other qualities—that is the whole dilemma facing Ivor and his friends. They have to accept sacrificing easy money, girls… and make a choice: the choice of maturity.
This dark aspect of the book is counterbalanced by humour, which is also very present. For example, you describe a violent scene where the four friends demand money from customers and threaten them with machetes; then they stop because one of their grandmothers calls him on the phone and he has to answer. He ends the conversation by saying ‘I love you’. Do you see humour as a form of hope, and therefore of life?
Yes, I think humour shows just how comfortable the characters feel when faced with the difficult situations they might encounter in their lives. It also shows how they cope with them and how they protect themselves from them, as humour serves as a kind of refuge for them. I felt it was very important to include touches of humour in the book, as it’s an integral part of their culture: jokes, not taking anything too seriously, making fun of everything. A while back, I was training at the gym with a mate; he was making fun of the lads doing boxing and having a laugh. The coach then came up to him and asked: ‘Why are you laughing? If you’re taking this as a joke, it’s because you’re not training hard enough. ’ And my friend replied: ‘I’ve already been stabbed; boxing’s no use.’ And I was laughing too at the time. Survival on the streets isn’t about training, however intense it may be. At first, when I started writing, there was no humour. The story was just sad and dark. Eventually, I incorporated some irony and that radically changed the tone of the book. And thank goodness, otherwise readers would have put the book down by page 50.
There is also a lot of poetry, especially when Ivor talks nostalgically about his grandmother Baba. It’s as if it were a breath of fresh air in the story, which is otherwise breathless. You always seem to want to balance violence and tenderness, as one cannot exist without the other.
That’s an interesting point of view. I do indeed think that violence and tenderness very often coexist, if only because they are part of human nature. It’s quite frightening to see that these two opposing facets coexist within each of us and that human beings are made up of such contrasts. I wasn’t even aware of it at the time of writing; I only realized it later. It comes across in the book, as in the scene you mentioned with the machete. It’s a very telling symbol: they engage in the most savage violence and then, suddenly, tenderness emerges. They aren’t psychopaths or merciless killers. They’re boys who probably have as much anger inside them as they do love.
The language you use is unusual and confusing: it is made up of slang, street expressions, Arabic and Croatian words… It is like rap or slam poetry. Did you think about this when you were writing? Did you respect a certain musicality, as if you had music in your head while writing?
No, even though the rhythm improved as I went along. I wasn’t really aware of that musicality at the time… or perhaps I was, after all. Before writing this novel, I wrote a lot of rap lyrics. So I was already used to thinking in a certain rhythm and working with rhymes. I practised it a lot, and perhaps that came through in my writing.
This language of street youth forms a code, a means of recognition, which may be inaccessible to some readers who do not possess it. Were you aware of this barrier, and isn’t there a risk of being reduced to a ‘book for young people’?
Perhaps, but I don’t think that risk has materialised. In any case, I’m delighted to see that people of all ages are reading my book in Norway. During my visit to Paris, I gave a talk at the Maison de la Poésie. The audience who came to listen to me were from 17 to 70 years old; it was a very diverse group and I think that’s wonderful. Adopting the linguistic codes and style of these young people is essential because it’s the only way to understand their world. If they were speaking to you, they probably wouldn’t use the same language. That’s why I needed that particular language in the book.
In your opinion, does contemporary literature (Norwegian but also more general) struggle to address issues affecting younger generations, those who do not feel represented or included in society?
Literature, at least in Norway, is a very open field. Anyone who writes well will be published, no matter who you are. Unfortunately, young people don’t write much. Lots of girls my age publish poetry, but among the boys, it’s a wasteland. If they want their voices to be heard, they’ll have to start writing too; otherwise, they shouldn’t come complaining. That’s partly why I wrote this novel – I knew no one else would tell this story for us. So someone had to do it. And I managed to get published, which proves that anything is possible! That’s the advice I give to young people: go for it, you can do it too, and if you do, that’s brilliant – you can be a source of inspiration. But it all depends on them and their determination.
The very short chapters, which could make us think of text-based discussions on Snapchat for instance, form slices of life but sometimes also take the form of philosophical reflections or aphorisms. Was that important for you to balance between philosophy and reality from everyday life?
In fact, whilst I was writing, I was pondering questions that might be described as philosophical or aphoristic. I have, in fact, written many more of them since the book was published, right up to the present day. I am more interested in philosophy and theology now than I was back then. All of that was already there in embryonic form in this novel.
What was the writing process like? Did you write it in one go or was there a rewriting process, for example in terms of style?
This process can be divided into three stages. The first, when I was still new to writing, involved writing in standard Norwegian, but I felt as though I was stagnating, that I wasn’t improving. For the second stage, I changed my style, turning to the language of young people – more direct and informal – and I noticed an improvement. I drew a lot of inspiration from an excellent Norwegian author, Maria Navarro Skaranger, who had already used a similar style in her books. And finally, the third phase involved rewriting and fine-tuning the text with my editor: we spent about six months revising the text and going back and forth. It was a very long and meticulous process.
There are references to urban culture, reminiscent of films such as Trainspotting, the Pusher trilogy, A Clockwork Orange… Was this something you had in mind?
Absolutely. I wanted to include nods that people would recognise. There are references to both contemporary hip-hop music and more traditional Norwegian literature. I wanted young people, as well as readers outside that scene, to be able to spot them and feel at home.
Do you see a connection with Bret Easton Ellis’s stories (Less Than Zero, The Rules of Attraction…) about bored young people who take drugs to pass the time watching MTV, except that Ellis’s characters are rich, whereas yours are poor and from immigrant backgrounds?
I haven’t read his books. From what you’re telling me, there are some similarities. But what I’m describing isn’t specific to that era or to Oslo. The themes I explore (addiction, its relationship with youth, and so on) are very universal, almost timeless. My novel presents just one version among many.
Your book has become a social phenomenon. Does that give you a certain responsibility towards your readers, particularly young people? It could have an educational value.
I’ve travelled extensively throughout Norway, visiting libraries, schools; I’ve given talks where I’ve had long discussions with readers. The book has also been studied in classrooms. I’m very pleased about that. But I don’t aspire to be a teacher; my life experience and knowledge are, all things considered, rather limited, given my age. So I stick to writing novels, without telling people how they should live their lives. I leave that to others. I think one of the most important things I’ve learnt from these exchanges is that I know less than I thought I did. When I published the book, everyone told me I was brilliant and that I’d achieved a great success. Perhaps they’re right. But I then realised that I needed to take the time to mature and learn, so it’s been an educational process for me too.
Given your young age, you are often described as a literary prodigy. Is that something that flatters you or is it a burden?
I won’t lie, it’s flattering; it’s not a burden at all. Publishing your first book and publishing a book when you’ve already found success are two very different approaches. When I wrote this one, I was very bold in my approach to publishing. Today, I’m in a completely different situation; I’m more patient and positive. When people talk about ‘prodigy’ or other such labels, I’m very grateful and obviously flattered, but I don’t dwell on it.